Lecture / Ecriture
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Quelques mousquetaires de Hervé Le Tellier

Hervé Le Tellier
  Encyclopaedia Inutilis
  Quelques mousquetaires
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Hervé Le Tellier est un écrivain français né en 1957.

Quelques mousquetaires - Hervé Le Tellier

D'un auteur prolifique
Note :

   "Quelques mousquetaires" est un recueil de nouvelles, qui nous emmène des étagères d'une bibliothèque qui a du mal à compter au salon d'Erasme, en passant par divers détours dans l'univers concentrationnaire. Un joli regroupement de textes, aux tailles, styles et sujets variables, mais qui mérite de s'y plonger.
   
   "Quelques mousquetaires" est le nom de la première nouvelle. Par l'évocation des soldats de Louis XIII, le lecteur est immédiatement embarqué chez Dumas, et c'est effectivement dans les livres que nous emmène ce premier texte. Malheureusement, le propriétaire de la bibliothèque est perdu: tous les romans comprenant des chiffres ont été modifiés, chaque nombre gagnant une unité. On découvre ainsi "les quatre mousquetaires" (la vérité l'emporte enfin! Enfin, presque, car ils sont bien entendu cinq, dans cette nouvelle version), "1985" de Orwell ou "Vol 748 pour Sydney". Ce dérangement chiffré est le début d'une longue maladie de l'auteur, dont on ressent ici l'amour pour les jeux littéraires, tout membre de l'Oulipo qu'il est.
   
   Hormis cette première nouvelle légère, mais pas tant que ça, le reste du recueil est plus sombre. "Le géranium", "Mon frère David" et "Mouvement blanc" sont toutes liées, de près ou de loin, au milieu des camps de concentration. Que ce soit par des souvenirs, comme ce géranium aperçu à Belzec qui devient involontairement un instrument d'assouvissement de la vengeance, ou par des rencontres inattendues, Hervé Le Tellier dépeint l'enfermement et le traumatisme causé par celui-ci. Dans "Mon frère David", ce sont deux jumeaux qui tentent de survivre dans cet enfer. L'intrigue de "Mouvement blanc" est centrée autour d'un jeu d'échecs, qui permettra à un ancien champion de découvrir, par le jeu d'un adversaire qu'il ne voit pas, que son partenaire est un ancien champion qu'il a bien connu. Et de savoir, lorsque le jeu n'est plus cohérent, qu'un malheur est arrivé à son ami. Impossible, avec cette nouvelle, de ne pas penser à Zweig et son formidable "Joueur d'échecs".
   
   L'auteur a néanmoins la bonne idée d'alterner ces trois nouvelles avec d'autres sujets. Dans "L'orage en août", il raconte la rencontre entre Erasme et ses disciples humanistes, Faust, qui a pactisé avec de Diable, et Luther, venu incognito, qui tente d'échapper aux catholiques. Nouvelle aux tonalités fantastiques, dans un décor moyenâgeux et rustique évoquant Bruegel ou Marguerite Yourcenar de "L’œuvre au Noir", elle embarque le lecteur dans une discussion endiablée sur la religion et le rôle de l'inquisition. L'avant-dernière nouvelle, "Le cadeau", la plus courte et la plus malicieuse, est également une jolie évocation du deuil et de la séparation.
   
   Un joli recueil, qui permet une entrée en douceur dans la conséquente bibliographie de l'auteur, dont le dernier roman, "Assez parlé d'amour", m'intrigue pas mal...

critique par Yohan




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