Lecture / Ecriture
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Passes Noires de Giosuè Calaciura

Giosuè Calaciura
  Passes Noires

Passes Noires - Giosuè Calaciura

Filles sans joie
Note :

   «Chère maman, je me porte bien, le travail est dur mais les collègues sont honnêtes…»
   
   En réalité, ce livre traite du thème de la prostitution, des vexations subies par les filles entrées clandestinement en Italie, des injustices et des brutalités infligées par les proxénètes. Premier roman de Giosuè Calaciura, "Passes noires" fut initialement publié en 2002 sous le titre "Sgobbo" — le boulot— puis traduit en 2005 pour Les Allusifs. Par la crudité du langage et la violence des scènes, le futur auteur de "Malacarne" brosse ici le tableau noir de la prostitution qu'accentue une narration pleine de tristesse exprimée par le témoignage de Fiona.
   
   La jeune Fiona est venue d'Afrique avec l'Amie chère, Cendrillon et la Boiteuse pour vendre son corps à vil prix sur les quais de Palerme et dans les chambres misérables du quartier des maisons d'Afrique. «En fin de journée, il me faisait déshabiller plus nue que quand ils me baisaient et il contrôlait si par hasard je n'avais pas mis des économies dans les revers de mes étoffes de pute imaginative, dans les élastiques des slips de nylon transparent…» Jour après jour, on voit passer la clientèle: militaires, pharmaciens, étudiants, marchands ambulants et prélats. Les uns cherchent à bénéficier de rabais, les autres de suppléments. Les professionnelles sous-payées et torturées ne chôment pas — même en période de procession de Rosalie la sainte patronne de Palerme, vénérée depuis la peste de 1624. «Et une nuit c'est Dieu qui se présenta pour nous baiser. Il avait une voiture avec chauffeur, et quand il baissa la vitre je sentis le parfum d'encens, les effluves de sacristie. D'un geste il nous fit monter toutes les deux sur le siège arrière, une d'un côté l'autre de l'autre…»
   
   Le style noir de Calaciura excelle à rendre compte du climat de tension, de violence subie: l'expression "fille de joie" n'a jamais paru si trompeuse qu'ici dans la bouche de Fiona.

critique par Mapero




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