Lecture / Ecriture
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Rupture de Simon Lelic

Simon Lelic
  Rupture

Rupture - Simon Lelic

Le polar de l'année 2010
Note :

   Dans un lycée anglais, un professeur poussé à bout par les persécutions dont il est victime de la part de ses élèves fait irruption dans une salle de réunion, sort un pistolet, tue trois élèves et un de ses collègues avant de se donner la mort. L'affaire est vite classée par la police, au grand soulagement du directeur qui ne veut pas effrayer les investisseurs au moment où son école va pouvoir accueillir des fonds privés. Une jeune inspectrice décide cependant de poursuivre l'enquête et découvre, en parallèle, un cas de suicide commis par un élève devenu le souffre-douleur de ses camarades. Elle va d'autant plus s'impliquer dans cette histoire qu'elle y trouve des échos de ce qu'elle-même subit au commissariat où elle est harcelée par un groupe de collègues.
   
    En lisant ce polar - remarquable aussi bien dans sa construction que dans la restitution de la langue orale car il est en grande partie constitué des témoignages bruts recueillis par la policière - on se félicite que Simon Lelic, bien aidé par l'état du système éducatif britannique, ait enfin remis à l'ordre du jour le milieu scolaire dans la littérature policière. C'est un terreau bien trop peu utilisé par les auteurs du genre malgré ses potentialités: violence, persécution, jalousie, racisme, bêtise, tous les ingrédients existent - à des degrés divers bien sûr - chez les élèves et, parfois, chez ceux qui sont chargés de les encadrer. Or, on n'avait pas eu de bonne histoire scolaire à se mettre sous la dent depuis le célèbre "Blackboard Jungle" ("Graine de violence") d'Evan Hunter, futur Ed McBain, porté à l'écran par Richard Brooks. En général, les auteurs américains, s'ils mettent en scène des élèves et des professeurs, préfèrent les histoires de campus universitaires et les Français n'ont rien produit de remarquable dans le genre depuis l'antique Pierre Véry.
   
   Simon Lelic, un nouveau venu, prouve la remarquable réactivité du Masque, toujours prêt à signer de nouveaux auteurs, ce qui l'amène parfois à se tromper mais aussi à dénicher des pépites. "Rupture" en est une, et de taille.
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critique par P.Didion




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Pas grand chose à espérer
Note :

   Dans un collège privé quartier de Sainsbury, un professeur d’histoire, Samuel Szajkowski, a tiré sur la foule des élèves et collègues lors d’une réunion globale et tué trois élèves et une professeur avant de retourner l’arme contre lui.
   Lucia, jeune inspectrice de police enquête pour savoir ce qui a pu causer un tel drame. La version officielle que Szajkoswki était psychopathe et qu’on l’ignorait semble bien commode et ne suffit pas comme explication.
   Le récit est constitué des réponses (et non-réponses) faites à Lucia par les différents témoins qu’elle interroge: le directeur de l’établissement, le prof de sport TJ, (qui tous deux détestaient le meurtrier –victime), les parents d’un des gamins décédé, petit chef d’un groupe de persécuteurs impunis et même apprécié des adultes, des enfants du collège, victimes de persécution, et, pour apporter des nuances, l’ex-amie de Szajkowski, sa sœur, d’autres témoins …
   Lucia se sent proche du meurtrier-victime, car au commissariat où elle travaille, un de ses collègues la harcèle sexuellement de la plus ignoble façon, et jusqu’à la violence, avec l’assentiment du patron, tandis que deux des autres inspecteurs ferment les yeux, le dernier tentant timidement de lui venir en aide…
   
   Une société de haine, racisme, abus de pouvoir, duplicités, ignorance, tout cela s’étale sous nos yeux, dans un style oral cru, maîtrisé, mais avec beaucoup de répétitions, comme si l’on voulait nous enfoncer quelque chose dans le crâne. Le narrateur réussit à créer un sentiment de fort malaise.
    Surtout si l'on est femme, on ressent très bien, presque physiquement, la situation intenable de Lucia, coincée dans son commissariat, aux prises avec des sales types qui se croient tout permis.
   
   C'est un homme qui a écrit le roman (né en 1976), et ses remerciements la fin du roman s'adressent principalement à des femmes.
   
   La plupart des témoins sont odieux, sinon bêtes, et l'on n'a pas grand chose à espérer d'une telle société.
    ↓

critique par Jehanne




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Le livre du harcèlement
Note :

    « Une fusillade a lieu dans un collège de Londres, tuant cinq personnes : trois élèves et un professeur, la cinquième victime étant le tireur, Samuel Szajkowski, professeur d'histoire dans l'établissement, qui a retourné l'arme contre lui. L'inspectrice Lucia May recueille les déclarations des témoins dans le but d'entériner la version du tueur devenu fou. Mais elle remarque très vite que le drame est beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît. Samuel Sjakowski semblait être harcelé par des élèves et par un collègue sans que personne n'intervienne. Lucia décide d'approfondir ses recherches et de continuer l'enquête "malgré la directive de sa hiérarchie : classer l'enquête au plus vite." » (4ème de couverture)
   
   Ce livre est un polar : il y a l'inspectrice Lucia May, les circonstances du drame qui génèrent une enquête, mais c'est plus qu'un simple polar, c'est aussi un véritable constat de l'état de délabrement de l'enseignement en Grande-Bretagne, du racisme, de l'individualisme de la société anglaise et du harcèlement dont les plus faibles sont les victimes : "Rupture est un cri de révolte qui dénonce avec originalité une crise de société tristement contemporaine" (4ème de couverture)
   
   Très habilement écrit, les chapitres alternent entre ceux qui mettent en avant les doutes, les interrogations et les décisions de Lucia May, elle-même en proie au harcèlement d'un collègue particulièrement odieux, et ceux qui relatent les dépositions des témoins. Ces chapitres rapportent les dires des témoins, bruts, sans interruption ; petit à petit, le lecteur comprend l'espèce de machination ou de silence énorme et assourdissant qui règne sur le collège et sur la société londonienne qui préfère cacher ce qui ne va pas plutôt que de le montrer.
   
   Énervant à plus d'un titre, parce qu'on a très envie d'entrer dans le livre et d'aller dire franchement à certains personnages ce qu'ils sont réellement, des pleutres, des monstres, de véritables beaufs machos, et pour certains des assassins passifs. Elle est gentille Lucia et on meurt d'envie d'aller l'aider lorsqu'elle flanche, et je ne dis pas cela parce que c'est une bombe puisque l'auteur ne la décrit que très peu ; c'est d'ailleurs le personnage important du livre qui est le moins décrit physiquement. Étonnant puisque l'histoire tourne autour d'elle, mais par contre, on en sait pas mal sur son caractère et ses tourments : une enquêtrice qui mériterait de revenir dans d'autres livres de Simon Lelic!
   
   Un bouquin très maîtrisé, qui fonde son suspense sur les relations humaines, et qui est écrit dans un style rapide : phrases courtes allant à l'essentiel (traduction : Christophe Mercier).
   
   Vous aimez les polars qui ont du fond? Ce livre est donc pour vous!

critique par Yv




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