Lecture / Ecriture
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Parfum de glace de Yôko Ogawa

Yôko Ogawa
  La piscine
  La grossesse
  La formule préférée du professeur
  Les abeilles
  Les paupières
  Tristes revanches
  La Bénédiction inattendue
  Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie + un thé qui ne refroidit pas
  La marche de Mina
  L'annulaire
  Une parfaite chambre de malade
  La mer
  Cristallisation secrète
  Amours en marge
  Les tendres plaintes
  La Petite Pièce Hexagonale
  Le musée du silence
  L'hôtel Iris
  Parfum de glace
  Manuscrit zéro
  Les lectures des otages
  Petits oiseaux
  La Jeune fille à l'ouvrage

Yōko Ogawa (小川洋子°) est une écrivaine japonaise née en 1962.
Elle a obtenu:
Le Prix Akutagawa pour "La Grossesse" en 1991
Le Prix Tanizaki
Le Prix Izumi
Le Prix Yomiuri
Le Prix Kaien pour son premier court roman, "La désagrégation du papillon"


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Parfum de glace - Yôko Ogawa

Mystère
Note :

   Une jeune femme, Ryoko, la narratrice, était en train de repasser une chemise quand un coup de téléphone affolé de l'employeuse de son compagnon, Hiroyuki, lui apprend la mort de ce dernier. Il était parfumeur et vient d'avaler volontairement un produit toxique. Le choc est d'autant plus violent pour tous qu'absolument rien ne laissait prévoir ce geste incompréhensible et rien ne l'explique non plus, même après coup. Les jours qui suivent vont faire rencontrer à Ryoko le frère d' Hiroyuki ce qui est une surprise, ce dernier lui ayant toujours dit qu'il n'avait plus aucune famille. Bientôt, elle rencontrera leur mère, alors que ses deux parents étaient censés être morts dans un accident de voiture. Puis, symboliquement, l'employeuse remet au frère le CV qu' Hiroyuki lui avait donné à son embauche et c'est l'occasion de découvrir à nouveau que rien n'y est vrai tout en étant encore différent de ce que croyait savoir la jeune femme...
   
   Ryoko, abasourdie, souffre beaucoup. Le deuil est encore plus difficile à faire dans ces conditions, d’autant que tout est inexplicable: ce suicide déjà, et puis tous ces mensonges car il ne s'agit pas d'un vulgaire cas de double ou triple vie: on ne voit pas du tout quel était l'intérêt du défunt à tromper ainsi son entourage. Les recherches qu'elle entreprend avec le frère, Akira, n'apportent aucun éclaircissement. Le défunt était un maniaque compulsif de l'ordre et des classements. Rien ne traîne, et tout ce qu'ils découvrent sont quelques formules chimiques de parfums, au mieux quelques phrases, comme des haïkus, évoquant sans doute des parfums elles aussi, comme "Réserve de livres hermétiquement fermée. Poussière dans la lumière."ou "Frasil sur étang gelé" (pour le titre).
   
   Pour tenter de surmonter cette épreuve, Ryoko rencontrera la famille de son compagnon, puis d'autres acteurs de son passé au fur et à mesure qu'elle les découvrira. Ses investigations l'amèneront longuement à Prague (qu'un étonnant hasard me fait beaucoup visiter dans mes lectures en ce moment). Elle tentera de comprendre ce qui a pu se passer dans la vie d' Hiroyuki, ce qu'a pu être cette vie d'ailleurs, depuis sa petite enfance. Les découvertes inattendues vont se succéder, mais quant à comprendre...
   
   C'est un livre bien mystérieux que nous offre là Yoko Ogawa. Passionnant, mais mystérieux. On ne peut pas dire que tout y soit expliqué et limpide comme cela doit l'être par exemple au terme d'un roman policier, loin de là, mais pourtant à la fin, je n'ai ressenti aucune frustration due à l'ignorance. Il semble que, si l'on n'a pas toutes les clés, on en sait du moins suffisamment pour accepter les choses comme elles sont, mystère compris. Peut-être est-ce cela le fond de ce roman. Le chemin parcouru par Ryoko au fil de ces longues recherches lui permet de survivre au cataclysme. La progression passe par l'enquête, le souvenir, mais aussi des passages oniriques. Certains mystères sont éclaircis, d'autres non, la vie se reconstitue et peut cahin-caha, reprendre son cours.
   
   Un beau roman.
    ↓

critique par Sibylline




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Réussir le deuil
Note :

   A chaque lecture d'Ogawa le même émerveillement devant la capacité à emporter le lecteur dans une complicité sensible. L'action est dans les têtes, comme souvent dans la vie, et cette auteur sait restituer par l'écrit tout ce qui s'y passe. C'est virtuose.
   
   D'abord la finesse des personnages. Justes, pas consensuels ni mièvres. Ryoko narre la disparition par suicide de son compagnon Hiroyuki. Subite, inattendue, cette mort violente n'est que l'entame d'une série de surprises. Tenez vous bien, elle apprend qu'il a un frère et une mère en vie alors qu'il était censé être seul, qu'il était un brillant surdoué dans différents domaines que je vous laisse découvrir alors qu'elle ne le connaissait qu'en parfumeur de talent...
   "Dès l'instant de notre rencontre, j'avais compris le décalage qui existait entre le monde où il était et celui où il n'était pas. » P 58

   
   Ensuite les situations. Accompagné d'Akira, le frère, ou en solo, Ryoko va sur le chemin de la réussite de l'impossible deuil. Lors de ce douloureux périple, beaucoup de souffrance augmentée par la découverte d'un passé bien mystérieux. Pourtant Ryoko n'a pas de colère en elle (un opus occidental d'un même travail de deuil serait intéressant). Elle absorbe ce qu'elle apprend sans chercher à tout comprendre. Certains moments sont compliqués à traverser et Ryoko passe par des phases mystiques à Prague.
   
   Si le deuil est difficile, Ryoko trouve l'apaisement et on peut l'imaginer le ressort nécessaire pour poursuivre sa vie, certainement parce qu'elle essaie de saisir ce qui a pu engendrer une telle issue. La relation à la mère, les capacités hors-norme, le regard des autres et la difficulté de se réaliser, le comportement maniaque d'Hiroyuki pourrait expliquer le geste. Mais de véritable explication il n'y aura pas et dans de telles circonstances, il me semble qu'Ogawa tape juste, on ne saura jamais ce qui pousse quelqu'un à une telle extrémité...
   
   Au final et comme à chacun de ses livres, je trouve l'écriture belle, les personnages attachants, l'œil perçant et la pensée clairvoyante...

critique par OB1




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