Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La nonne et le brigand de Frédérique Deghelt

Frédérique Deghelt
  La grand-mère de Jade
  La vie d'une autre
  La nonne et le brigand
  Libertango

La nonne et le brigand - Frédérique Deghelt

Mais l'amour a bien des mystères...
Note :

   Dans la vie de Lysandre il y a deux rencontres, un amour fou qui bouleverse tout et un cahier couvert d'une petite écriture ronde, celle de sœur Madeleine, une nonne dont la vie va entrer, de curieuse manière, en résonance avec la sienne.
   
   Le nouveau roman de Frédérique Deghelt, je l'attendais avec impatience, et aussi la peur de la déception après la lecture lumineuse de "La grand-mère de Jade ". Or, une fois de plus, la magie de sa plume a fait effet. On plonge presque en apnée dans non pas un, mais deux amours fous, dont les récits alternent, s'enchevêtrent petit à petit intimement. On apprivoise Lysandre et cette passion pour Pierre qui détruit toutes ses convictions, tous ses repères. On entre comme elle, avec curiosité et attente dans l'histoire improbable de sœur Madeleine et d’Angel. On découvre Tomas, vieux monsieur plein de secrets. Au gré des pages, on partage l'émerveillement de l'amour, la souffrance dont parle si bien Frédérique Deghelt avec sa plume sensible, délicate et sensuelle, qu'elle parle d'amour, d'un lieu, d'une caresse comme d'une ville ou d'un chemin parcouru au début d'une journée.
   
    "La nonne et le brigand" est une superbe exploration du sentiment amoureux et de la manière dont il rend intensément vivant, à la fois sourd au monde et plus ouvert, souffrance qui détruit, révèle à soi, mais qui n'est jamais malédiction, ni blasphème comme le laisse entendre la tragique histoire de Padilla racontée par Victor Hugo cité en exergue:
   "Il était laid; des traits austères,
   La main plus rude que le gant;
   Mais l'amour a bien des mystères,
   Et la nonne aima le brigand."

   
   Hasards de la vie sans doute, ce texte est entré en résonance avec celui de Christiane Singer, Une passion: entre ciel et chair, entendu alors que je venais tout juste de commencer ma lecture au théâtre Lucernaire.
   
   Je n'ai pas envie d'en dire plus. C'est un texte à ressentir, à savourer, et à conserver précieusement avec toutes ses pages cornées.
    ↓

critique par Chiffonnette




* * *



Amour...S
Note :

   Deux histoires d'amour se répondent dans ce roman, à des époques différentes et bien sûr elles finiront par se recouper et livrer tous leurs secrets. Mais nous n'en sommes pas encore là.
   
   Pour commencer il y a d'abord Lysange, chercheuse au CNRS, spécialiste des populations allemandes qui ont émigré en Amérique du Sud. Ses grands enfants vivent maintenant à New-York et elle partage toujours la vie de son mari, John, un anglais placide et tolérant, qui la laisse vivre discrètement ses aventures passagères avec d'autres hommes.
   
   Elle vient de rencontrer Pierre, photographe de guerre, et avec celui-là c'est différent. C'est l'amour fou, la passion torride, qui va l'entraîner beaucoup plus loin que d'habitude au point de la déstabiliser complètement.
   
   C'est à ce moment là qu'un vieil homme, Tomas, la contacte pour lui faire une étrange proposition. Il est seul au monde, il a lu ses livres et suggère de mettre à sa disposition sa maison dans les dunes, au Cap Ferret. Ce sera le prétexte pour fuir la passion dévorante de Pierre en s'éloignant de Paris. Dans cette maison, elle va trouver le journal d'une jeune sœur, partie en mission au Brésil des décennies auparavant. Madeleine, la religieuse candide et innocente, raconte dans son cahier l'amour d'un homme qui surgit dans sa vie sous les traits d'Angel, son accompagnateur dans cette mission.
   
   Voilà un roman qui m'a tour à tour agacée, captivée, enchantée, emportée, et encore énervée... Tout d'abord l'écriture est superbe, aussi sensuelle que la passion de Lysange pour Pierre. Si la manière de couper les cheveux en quatre de Lysange m'a vite lassée et pour finir exaspérée, j'ai adoré retrouver le récit de Sœur Madeleine. Lysange est emprisonnée dans les filets d'un homme dominateur et manipulateur, elle peut se poser toutes les questions qu'elle veut, elle lui est soumise pieds et poings liés. Sœur Madeleine, dans sa grande candeur est plus têtue et plus volontaire, ce qui ne l'empêchera pas de vivre pleinement ce qui se présente à elle. Et puis le cadre de cette aventure est la forêt amazonienne, ses dangers, sa beauté, sa cruauté, c'est splendide. Le personnage d'Angel est nettement plus troublant que le Pierre de Lysange. Et puis, Tomas le vieil homme si attachant, il en cache des choses que nous aimerions bien savoir...
   
   "Je repasse comme un film nos emportements, nos caresses, nos baisers. J'y cherche la faille; peut-être dans ce mouvement du corps qui trahit les ombres de l'âme, mais je ne trouve rien. Je réalise que les mauvais moments que l'on vit avec un être chéri peuvent effacer complètement les emportements, les rires et délires, les palpitations, les évanouissements dans le plaisir. Mais comment fait-on pour que l'inverse devienne possible? Pour que la haine, le désespoir, la peine, les ordures accumulées disparaissent dans un baiser ou une étreinte. Je sens poindre l'ironie. Ce que je désire a un nom. L'ardoise magique."

   
   Au final, le plaisir l'emporte largement sur les agacements. C'est une première lecture de l'auteur pour moi, "la vie d'une autre" va sûrement remonter de plusieurs crans dans ma PAL.
   
   (J'ai aimé que l'auteur mentionne en fin de roman les musiques qui en ont accompagné l'écriture)

critique par Aifelle




* * *