Lecture / Ecriture
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Les Européens de Henry James

Henry James
  La Bête dans la jungle
  Le tour d’écrou
  Du roman considéré comme un des beaux-arts
  Le Banc de la désolation
  Washington Square
  Les Dépouilles de Poynton
  Le menteur
  Une Vie à Londres
  Les Bostoniennes
  L'élève
  Les Secrets de Jeffrey Aspern
  La Coupe d'or
  Les Européens
  Les Ambassadeurs
  Portrait de femme
  Daisy Miller
  Voyage en France
  Le Fantôme locataire
  L’autre maison
  Roderick Hudson

Ecrivain né à New York en 1843 dans une famille aisée.
Il a beaucoup voyagé et séjourné en Europe, spécialement en Grande Bretagne. Il demanda la nationalité britannique un an avant sa mort en 1916.
Il se lança très jeune dans une carrière littéraire (critiques, nouvelles, puis romans, récits de voyages et, bien plus tard, théâtre mais avec beaucoup moins de succès).
Il fut un écrivain très prolifique.

* Vous trouverez sur ce site la fiche de "Le Maître" de Colm Toibin, qui est une biographie romancée de Henry James, ainsi que celle de "L'auteur! L'auteur" de David Lodge.

Les Européens - Henry James

James, les débuts
Note :

   Il a paru en 1878, c’est l’un des premiers romans d’Henry James, alors âgé de trente-cinq ans.
   
   L’auteur met en place certaines des constantes de son œuvre: l’opposition entre Nouveau et Ancien monde, les problèmes d’argent et d’ascension sociale.
   
   Frère et sœur, Félix et Eugénie viennent d’arriver à Boston. Ils sont américain, mais, ayant toujours vécu en Europe, découvrent ce continent pour la première fois.
   Sans fortune, Eugénie a dû contracter un mariage «morganatique» en Allemagne. Cela signifie qu’elle a épousé un prince, n’ayant pas elle-même d’origine noble.
   Par ailleurs, on soupçonne aussi qu’elle n’est pas mariée légalement, puisque ledit prince veut la répudier. En tous cas, elle a fui cette situation sans issue.
   Félix, son jeune frère d’un heureux caractère (comme l’indique son prénom) se définit comme un aventurier; il a été comédien, chanteur, et maintenant dessinateur, et vit de petits jobs depuis toujours.
   Leurs situations précaires les ont amenés à se souvenir de leurs riches cousins américains, dont ils espèrent tirer quelque bonne fortune. Eugénie, déjà 33 ans, pourrait se remarier correctement…
   
    Les Wentworth vivent dans la banlieue.
   Nous sommes au dix-neuvième siècle et les banlieues rupines du Massachusetts sont fort agréables à Félix, un peu moins à Eugénie, qui depuis le début du récit se déplaît fort ici.
   Il n’est pas facile de se présenter chez des cousins que l’on n’a jamais vus, avec des arrières pensées intéressées, et de prétendre avoir seulement envie de les connaître, sans pouvoir réellement celer qu’on est économiquement faible comparé à eux.
    Les Wentworth sont une famille austère. Ils fréquentent l’église assidûment, n’ont guère d’imagination et vivent tristement une routine ennuyeuse. La jeune fille sur laquelle Félix a jeté son dévolu, est promise à un pasteur, plutôt coincé.
   
   Habiles, charmants, aptes aux intrigues, Eugénie et Félix s’invitent, se font héberger, courtisent et se font courtiser.
   Eugénie va se faire appeler «la Baronne de Münster», et composer un personnage mystérieux, plein de bizarreries. A l’opposé, Félix adopte une spontanéité déjà presque américaine, et annonce pour tout métier «amateur», mot qui va faire effet auprès des Wentworth.
   « "Je n’ai jamais étudié; je n’ai pas de formation. Je fais un peu de tout, mais rien de bien . je ne suis qu’un amateur."
   Cela faisait encore plus de plaisir à Gertrude de penser qu’il était un amateur que de penser qu’il était un artiste; le premier offrait à son imagination des associations encore plus subtiles… Mr Wentworth, lui, l’employait abondamment, car, bien qu’il ne lui fût à vrai dire pas très habituel, il le trouvait commode pour aider à situer Félix qui, jeune homme extrêmement intelligent, actif, apparemment honorable, et cependant sans profession définie, constituait un phénomène gênant.»

   Il ne cache pas son passé aventurier « bohème , et pierre qui roule » sachant l’impact que ces mots peuvent avoir sur une jeune fille élevée avec des principes, mais qui s’ennuie est et prête à la romance. Eugénie elle aussi, tente de faire le siège d’un cousin, puis d’un autre…
   Les caractères que James prête à cette famille américaine (la naïveté, la générosité, l’ignorance des usages, le repli sur soi , le puritanisme) ne les empêchent pas de loger leurs cousins européens, et de les écouter en dépit de leur méfiance. De nos jours, la connaissance du vaste monde leur aurait moins fait défaut et leur sens de l’hospitalité eût été amoindri.
   
   Lorsque j’ai lu "Daisy Miller" ou "Les Ailes de la colombe", les portraits des américains tels que les voit Henry James m’ont paru vraisemblables, et ceux-là un peu moins!
   
   Le séjour d’Eugénie et Félix près de Boston, leurs marivaudages incessants, ne manquent pas d’intérêt. Il y a beaucoup de parties dialoguées, avec de courtes répliques, bien plus que je n’en ai relevées dans mes précédentes lectures de l’auteur. Des métaphores amusantes et inédites, et des situations cocasses le récit n’en manque pas, mais il n’est pas tout rose, loin de là!
   
    L’ensemble est une lecture agréable, sans être aussi intéressant que mes précédentes lectures de James.
   ↓

critique par Jehanne




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L'Ancien et le Nouveau Monde
Note :

   Parmi les romans qui végètent dans ma PAL depuis des années, il y a ceux qui gardent un peu d'espoir, ceux qui n'en ont pratiquement plus... "Les Européens" d'Henry James oscillait entre ces deux états, certain de mon envie de le lire mais de plus en plus affolé de voir les découvertes plus récentes s'accumuler et le faire progressivement disparaître au fond de ma bibliothèque. Mais c'était un roman que j'avais toujours follement envie de découvrir et j'attendais juste un moment de répit dans ma vie follement trépidante pour le savourer et l'apprécier à sa juste mesure. Les vacances de Noël et la perspective d'un long trajet ont été l'occasion rêvée pour ce tête à tête avec Henry James.
   
   Le récit s'ouvre avec l'arrivée de la baronne Münster et de son frère Félix en Amérique. Ayant épousé un prince contre l'avis des parents dudit mari, la baronne est sur le point d'être répudiée et vient chercher fortune auprès de cousins qu'elle n'a jamais vus. Elle entraîne dans son sillage son frère, qui lui a toujours été fidèle. Européens d'origine américaine par leur mère, tous deux ont beaucoup voyagé en Europe et incarnent le Vieux Monde dans tout ce qu'il a de plus flamboyant aux yeux des cousins américains qu'ils sont venus retrouver. Les deux personnages n'ont rien en commun pourtant : la baronne est une arriviste et une calculatrice, elle a appris dans les milieux mondains européens à jouer la comédie au quotidien afin d'arriver à ses fins. Elle est ainsi charmante, envoûtante même, en dépit d'un physique quelconque, mais l'on sent rapidement qu'il s'agit d'un personnage dangereux. Félix est bien différent, il a conservé l'âme d'un enfant, mené une vie bohème et s'émerveille de tout ; il apprécie sa sœur autant qu'il la craint.
   
   La rencontre entre les cousins est aussi celle de deux mondes aux systèmes de valeurs très différents. Au badinage et à l'exubérance superficielle des Européens s'oppose l'austérité et la morale rigoureuse des Américains. Pourtant les cousins vont accueillir à bras ouverts Félix et la baronne et les loger à titre gracieux dans la maison qui fait face à leur propriété. C'est l'occasion pour les deux Européens de se mêler à un petit cercle, la baronne entendant en profiter pour trouver un parti intéressant.
   
   Dans un cadre beaucoup moins citadin que celui auquel je m'attendais avant d'ouvrir ce livre (en réalité j'avais lu deux fois les premières pages qui évoquent un petit hôtel et un cimetière en ville, je m'étais donc fait une image différente du roman à partir de ces premières impressions), ce roman montre avec habileté les différences opposant les deux cercles et au final, James semble plutôt accorder sa préférence aux Américains, à quelques nuances près. Ils sont très puritains, un peu ternes, certes. Cependant, ils sont supérieurs à leurs cousins si inconstants et si égoïstes en raison de l'attention qu'ils portent à la finalité de leurs actions, qui démontre un réel bon fond et non une application bornée de leurs principes religieux, comme on aurait pu s'y attendre.
   
   Encore une lecture savoureuse qui me donne envie de lire à nouveau Henry James en 2013.
   ↓

critique par Lou




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Choc des cultures
Note :

   De cet auteur, j'ai tout d'abord lu et étudié "Ce que savait Maisie" et c'est par ce roman que je l'ai découvert puis aimé. Des deux autres lus par la suite: "les Bostoniennes" et "les Ambassadeurs", j'ai préféré le premier, plus vif et plus facile à suivre; enfin j'ai admiré sa fameuse nouvelle "Le Tour d'écrou", à mon grand étonnement, moi qui ai du mal à apprécier ce genre!
   
   J'étais donc sûre de tomber une fois de plus sous le charme du dernier récit que je viens de terminer, un peu jauni parce que trouvé à la bibliothèque avant que ces vieux livres de Poche ne disparaissent des rayons au profit des derniers volumes flambant neufs qui ont sûrement plus d'allure dans une salle à peine rénovée mais quel dommage cependant! C'est ainsi que les titres de XIXe siècle disparaissent presque complètement des salles de lecture.
   
   "Les Européens" donc! De quoi s'agit-il? D'un frère et d'une sœur, américains d'origine, mais ayant vécu en Angleterre, dans la première moitié du XIXe siècle, vers 1840, qui rendent visite à leurs cousins de Boston.
   
   Ceux-ci sont riches mais très puritains. Leur vie est morne, simple et ennuyeuse tandis que celle de leurs cousins leur semble étonnante, voire éblouissante pour certains, trop frivole pour d'autres. Félix, le frère, est un peintre un peu bohème, léger et toujours de bonne humeur. Il a suivi sa sœur, Eugénie, une baronne que son mari veut répudier et qui cherche une personne riche pour le remplacer mais c'est une mondaine et l'austérité de sa famille américaine ne lui convient guère.
   
   La vie des Américains, sera bouleversée, quant à elle, par ces nouveaux arrivants et quand la baronne Eugénie repartira pour l'Europe, de nouvelles unions, inattendues pour certaines, se seront formées. Rien ne sera plus pareil.
   
   C'est une lecture très agréable. J'ai beaucoup aimé le début, avec la connaissance de la famille américaine, le bon Mr. Wentworth et ses filles, Charlotte et Gertrude, si différentes l'une de l'autre et tous leurs amis. La fin m'a semblé un peu longue dès que j'ai commencé à deviner la suite des événements mais il me semble que je chipote là!
   
   P.66, l'arrivée des Européens dans la famille américaine
   
    « L'arrivée de Félix et de sa sœur était pour eux une satisfaction, mais singulièrement dénuée de joie et de légèreté. C'était une extension de leurs devoirs, de l'exercice de leurs plus authentiques vertus; mais ni Mr Wentworth, ni Charlotte, ni Mr. Brand qui était parmi ces excellentes gens, un grand inspirateur de réflexions morales et de bonnes résolutions ne considérait l'événement comme une extension des agréments de leur existence. Ce point de vue était celui de la seule Gertrude Wentworth, fille assez originale mais dont l'originalité ne s'était pas manifestée dans toute son ampleur avant d'en avoir trouvé l'occasion dans la présence de ces étrangers, peut-être trop charmants. »
    ↓

critique par Mango




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Quatre mariages et un enterrement
Note :

   Plus encore que Roderick Hudson voilà une façon simple et légère d’entrer dans le monde de Henry James..
   James a trente-cinq ans lorsqu’il écrit Les Européens. De ce roman va naitre sa renommée, même si la réception fut plus positive en Angleterre qu’aux Etats-Unis.
   
   Félix et Eugenia viennent d’arriver à Boston. Ils sont frère et sœur, américains mais ont toujours vécu en Europe.
   
   On pressent que la visite qu’ils font à leurs cousins d’Amérique est un rien entachée d’intentions intéressées dues à une situation très précaire.
   
   Félix est un beau jeune homme à l’heureux caractère et sans occupation aucune, Eugénia quant à elle a contracté un mariage avec un prince allemand, mariage proche de sa dissolution.
   
   Leurs cousins américains les Wentworth sont une famille austère mais pleine de générosité qui les accueille avec quelques réserves surtout Mr Wenworth, homme froid avec une maison à son image
   "pas de splendeurs, pas de dorures, pas de régiment de domestiques."

   
   Ses deux filles elles sont un peu éblouies par ces cousins si exotiques, Gertrude, sur laquelle Félix jette très vite son dévolu, est promise au pasteur Brand. Elle est celle qui est le plus attirée par ces nouveaux venus
   "Elle n’avait rien connu d’aussi délicieux depuis la lecture de Nicholas Nickleby"

   
   Robert Acton cousin et ami de la famille se laisse lui aussi prendre dans les filets de ces européens, seule résiste sa sœur Lizzie archétype de la jeune fille américaine, hardie et innocente à la fois, si on veut lui trouver une parenté il faut la chercher chez Edith Wharton et le personnage de May Welland dans le Temps de l’innocence.
   
   Mona Ozouf dit que ce roman est une "palette de couleurs tendres" c’est vrai mais le ton est constamment ironique. Satire légère et pleine d’humour qui entérine l’opposition entre Nouveau et Ancien monde, entre un monde puritain et bien pensant et celui du plaisir des sens et de l’esprit.
   
   L’ atmosphère du roman est crée par petites touches "le décor bucolique, la campagne environnante" les sentences religieuses accrochées ici et là, les fiacres collectifs qui surprennent nos européens.
   Les Wentworth représentent une société prude et moralisatrice. Le décor d’une maison, les parures féminines relèvent pour eux du mensonge, des apparences et donc du péché.
   Plusieurs scènes mettent en opposition la froideur et la rigueur morale à l’insouciance et la frivolité européennes, le roman est une passerelle jetée entre ces deux mondes que tout oppose.
   Félix est jovial, léger, un rien inconséquent
    "Je n’ai jamais étudié; je n’ai pas de formation. Je fais un peu de tout, mais rien de bien . je ne suis qu’un amateur"
   

   Les scènes sont parfois cocasses, les comparaisons très ironiques, Eugenia a une conversation que le pasteur n’hésite pas à rapprocher de Mme de Staël et de Mme de Récamier et dans sa bouche c’est loin d'être d’un compliment.
   
   C’est un roman délicieux mais ne nous y trompons pas le James plus noir, plus caustique n’est jamais loin. Ne dit-il pas d’Eugenia.
    "Rien de ce que disait la baronne n’était tout à fait faux. Mais peut-être convient-il d’ajouter en toute justice que rien de ce qu’elle disait n’était tout à fait vrai"
   
Quant à Gertrude voilà comment elle voit sa famille et son entourage.
   "Il doit y avoir mille façons d’être lugubre et parfois je me dis que nous les utilisons toutes"
   

   Donc palette tendre mais ce sera la dernière fois dans l’œuvre de James qu'un roman se termine par des mariages.

critique par Dominique




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