Lecture / Ecriture
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Quand le requin dort de Milena Agus

Milena Agus
  Mal de pierres
  Battement d'ailes
  Mon voisin
  Quand le requin dort
  Prends garde
  Sens dessus dessous
  Terres promises

Milena Agus est une romancière italienne née à Gênes en 1955.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Quand le requin dort - Milena Agus

Vive les "Happy end"!
Note :

    Voici un livre dont la fin est heureuse et rien que pour cette fin, j’aime ce récit.
   
    Quand le requin dort , on peut enfin espérer sortir en haute mer, peut être… ou presque!
   
    Sauf que c’est difficile! Sauf que nous sommes en Sardaigne, dans une famille sarde depuis le Paléolithique supérieur, la famille Sevilla-Mendoza et en Sardaigne on est plutôt tourné vers l’intérieur, l’intérieur de soi et l’intérieur de l’île et ce n’est pas facile de se comprendre dans cette famille où il y a ceux qui se taisent et ceux qui parlent trop, où on souffre et où on s’entraide, mais mal, alors on se quitte trop souvent et parfois de manière radicale.
    Ici, seule la mer est au bout du chemin. Il n’y a pas d’autre issue et c’est tout sauf un chemin sûr et facile. La mer fait peur, elle rend malade, elle porte au loin ceux que l’on aime, elle isole, elle menace plus qu’elle n’apaise, elle peut rendre fou parfois!
   En exergue, l’auteur a placé ce passage de Pinocchio où l’enfant marionnette prend la main de son père pour essayer de s’enfuir ensemble du ventre de la baleine quand celle-ci s’endort:
    «Venez avec moi, dit l’enfant, et n’ayez pas peur!»
   
   La narratrice est une jeune fille de dix-huit ans à la fin de l’histoire qui observe avec inquiétude sa famille, s’étonnant que personne n’y soit vraiment heureux. Chacun en effet cherche à se sauver des dangers de l’existence par des actes impulsifs, trop libres ou trop figés, toujours excessifs. Ils s’aiment mais se font mal, ils espèrent et se déçoivent, ils s’acceptent, s’entraident mais se sentent incapables de réaliser leur propre bonheur et celui des autres membres de la famille. Celui-ci ne peut venir que de l’extérieur, des étrangers à la famille, à l’île même! Il faut sortir loin "quand le requin dort"!
   
   J’ai beaucoup apprécié la façon d'écrire de Milena Agus dont j’avais déjà aimé "Mal de pierres". C’est un livre mince pour une histoire familiale lourde, violente, avec des évocations audacieuses, scandaleuses, choquantes et d’autres plus douces, apaisées, légères selon les personnages évoqués. Les chapitres sont courts, les phrases efficaces. Ni digressions, ni romantisme, ni amertume, ni moralisme, l’essentiel, uniquement... les tâtonnements, les errances et les chocs reçus sur le chemin de la vie rêvée, celui de l’amour authentique et stable, enfin!
   « Mais moi, je dis que Dieu le veut »

    Dernière phrase: un des rêves au moins s’est réalisé!
   
   
    Titre original: Mentre dorme il pescecane
    ↓

critique par Mango




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Sardaigne, encore...
Note :

   Et oui, Sardaigne, encore... Milena Agus revendique et vit pleinement cette insularité. Attachée à son île, elle écrit en Sardaigne pour nous parler de Sardaigne, au-delà de l’histoire de la famille Sevilla-Mendoza.
   
   Comme dans "Mal de pierres", la narratrice est la jeune fille de la famille, une famille déglinguée dont elle va nous raconter des bouts, des travers, comme composant un patchwork. Le père qui n’assume ni son rôle de mari ni son rôle de père, pensant davantage à voyager, pour aller porter secours aux démunis, dit-il. La mère qui a mal supporté la situation et à qui il est arrivé malheur. La grand-mère, encore là pour tenter d’assurer le quotidien, la tête plus vraiment là. Le frère, qui n’assure pas davantage que le père mais lui c’est vers le piano que penchent ses inclinations. Et la grand-tante, qui quelque part fait penser à l’héroïne principale de "Mal de pierres", incapable de s’attacher un homme plus de trois jours, trois heures...
   
   « En réalité, nous ne sommes pas la famille Sevilla-Mendoza. Nous sommes sardes, j’en suis sûre, depuis le Paléolithique supérieur. C’est mon père qui nous appelle comme ça, ce sont les deux noms de famille les plus courants là-bas. Il a beaucoup voyagé, et l’Amérique c’est son mythe, mais pas celle du Nord, riche et prospère, celle du Sud, pauvre et déshéritée. Quand il était jeune, il disait qu’il y retournerait, seul ou avec la femme qu’il épouserait, qui partagerait son idéal et l’aventure de vouloir sauver le monde. Il n’a jamais demandé à maman de partir là-bas
    avec lui. Partout où il fallait aider, il y est allé. Mais jamais avec elle, elle a bien trop peur des dangers et elle est toujours à bout de forces. Chez nous, chacun court après quelque chose:
    maman la beauté, papa l’Amérique du Sud, mon frère la perfection, ma tante un fiancé.
   Et moi j’écris des histoires, parce que quand le monde ne me plaît pas, je me transporte dans le mien et je suis bien.
   Dans ce monde-ci, il y a plein de choses qui ne me plaisent pas. Je dirais même que je le trouve moche, et je préfère décidément le mien. »

   
   
   Une société bien compliquée, allez-vous étonner après cela que le comportement amoureux de la narratrice évolue dans le registre masochiste?!
   
   Mais tout n’est pas bouché, foutu. Il y a une fin, en forme d’espoir...

critique par Tistou




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