Lecture / Ecriture
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L'énigme du fils de Kafka de Curt Leviant

Curt Leviant
  L'énigme du fils de Kafka

L'énigme du fils de Kafka - Curt Leviant

Conte littéraire juif
Note :

   Ce n'est pas pour rien que Curt Leviant, l'auteur, est un ancien professeur et traducteur du yiddish, car de culture juive, il va être largement question dans cette curieuse histoire à la limite de l'aventure et du fantastique. Nous allons passer quelques heures dans les synagogues et je me suis parfois heurtée à quelques termes que je ne comprenais pas et que j'ai dû aller rechercher dans Wikipedia car je n'ai découvert qu'en le terminant que l'ouvrage se concluait par un petit glossaire suffisant et fort bien fait. Trop bête...
   
   Mais ce n'est pas grave, vous aurez vous, l'avantage de le savoir tout de suite.
   
   Il n'y a pas que le cadre, l'histoire et les personnages qui soient juifs ici, il y a également l'humour et le récit affiche tout du long un ton enlevé et assez gai quelques soient les misères traversées. A vous de savoir si vous l'appréciez ou non. Toujours est-il que l'ambiance générale est aimable et souriante. Le héros, un jeune cinéaste de documentaires, est d'une politesse parfaite, d'une égalité d'humeur et d'un optimisme à toute épreuve. Cela nous repose des vieux détectives dépressifs. Ici, Leviant et son héros vont même jusqu’à soutenir la thèse que K serait un auteur comique (voyez la Métamorphose).
   
   L'histoire semble avoir du mal à commencer: il y a 7 débuts! Sept accès différents à la situation de départ. Mais cela démarre tout de même et à cette multiple entame répondra une multiple conclusion, avec sept éléments de fin et ce ne sera encore pas tout car des «Journaux» suivront et je vous conseille de bien vous garder d'en négliger la moindre page car si la plupart n'apporte rien de neuf, ce n'est pas le cas de toutes...
   
   Mais je m'aperçois que je ne vous ai encore rien dit de l'histoire! Alors Voilà: notre jeune cinéaste est un juif new-yorkais qui un jour, dans une synagogue, se passionne pour l'étonnante personnalité d'un juif émigré de Prague: Jiri. Un lien fort s'établit immédiatement entre eux d'autant qu'ils partagent une passion pour Kafka.
   A ce propos, petite digression, la couverture est le seul endroit de tout le roman où vous lirez ce nom en entier. Partout ailleurs, on ne trouvera plus que "K." allant même jusqu'à obtenir des termes comme "K.ïen". Au début, j'ai pensé que cette finesse servait peut-être à nous abuser et que ce n'était peut-être pas de Kafka que Leviant parlait, contrairement à ce qu'il faisait croire à son lecteur... mais il n'en est rien et c'est bien de Kafka qu'il est question d'un bout à 'autre, alors la raison de ce remplacement du nom? … Je l'ignore tout à fait.
   Mais reprenons. Le narrateur part à Prague dans le but de réaliser un documentaire sur Kafka. Il y retrouve toute la mythologie culturelle du lieu: le Golem entre autres qui occupe ici une place importante. Et tout ce qui, dans le Prague actuel est encore charnellement lié à l'auteur mythique. Le récit qu'il nous fait alors reprend ce que sera son documentaire, qu'il nous semble voir tout autant que nous participons à sa réalisation. Le tout ne va pas, bien sûr, sans rencontres amoureuses. Toutes plutôt charmantes. Mais qui était vraiment Kafka?? (ou K. veux-je dire)
   
   L'auteur se livre à de nombreuse facéties, comme de donner à presque tous ses personnages des noms commençant par K ou de se faire évoquer lui-même par son héros en une mise en abîme absurde.
   Bourré d'invraisemblances psychologiques ou factuelles, ce roman léger intéresse quand même à cause de sa valeur documentaire indéniable, tant en ce qui concerne l'auteur du Procès qu'en ce qui concerne le monde juif ancien et actuel de Prague. Il est un peu long, c'est un fait et pas toujours passionnant, mais il plonge son lecteur dans une sorte de bien être souriant qui fait accepter assez bien ce défaut. On se dit qu'il aurait pu faire 100 pages de moins (car c'est tout de même une brique), mais on s'en accommode avec un simple soupir. Le livre idéal à emporter si vous partez visiter Prague et quant à moi il m'a insufflé un désir violent d'y retourner alors que je n'y songeais pas et d'explorer le côté juif de la ville. Je rencontrerai peut-être le Golem... ou K.

critique par Sibylline




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