Lecture / Ecriture
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Un balcon en forêt de Julien Gracq

Julien Gracq
  Le rivage des Syrtes
  Au château d’Argol
  En lisant, en écrivant
  Un balcon en forêt
  Un beau ténébreux
  Autour des sept collines
  Les terres du couchant
  La forme d'une ville
  Les eaux étroites
  Les Carnets du Grand Chemin

Julien Gracq est le nom de plume de Louis Poirier, écrivain français, né en 1910 et décédé en 2007.

Un balcon en forêt - Julien Gracq

Drôle de guerre
Note :

   C’est l’histoire d’une forêt et d’une drôle de guerre. La drôle de guerre - vous savez? – entre 1939 et 1940. La forêt, c’est dans les Ardennes françaises, à la frontière avec la Belgique.
   
   L’aspirant Grange est nommé responsable d’un blockhaus, un poste avancé, dans une forêt comme il en existe de bien belles dans les Ardennes. S’agissant de la «drôle de guerre», Grange est installé là, au cœur de la forêt, avec trois hommes sous ses ordres. Une vie va s’organiser, en marge du monde extérieur dont les échos ne parviennent qu’assourdis. Les Allemands ne se décident pas à attaquer. Et d’abord, il semble un fait communément admis qu’ils n’attaqueront pas à travers les Ardennes. Impensable.
   
   Depuis le «balcon», dans cette forêt, la vie prend un goût sylvestre. Rapidement Grange se retrouve avec deux maîtresses: une femme qui réside provisoirement dans le village le plus proche et avec qui une relation se noue et … la forêt. Une forêt omniprésente dans le texte de Gracq, un texte sylvestre donc. Ou au moins en partie.
   
   Julien Gracq en tout cas s’y prend comme personne pour nous donner à sentir, voir, toucher, ressentir cette forêt. Drôle de guerre mais drôle de vie aussi. Pour l’essentiel entre hommes au cœur d’un blockhaus, lui-même au cœur d’une forêt, avec des escapades au village, vers d’autres congénères humains… Bien évidemment, ce balcon ne restera pas idyllique éternellement. L’hiver passera mais, avec le printemps et les beaux jours, la menace se fera de plus en plus précise. Le village sera évacué – exit la maîtresse humaine – et le blockhaus deviendra tout à coup beaucoup plus menaçant, beaucoup moins «balcon». Car, on le sait nous, c’est bien par les Ardennes que l’armée allemande fera son offensive. Et Grange dans tout ça? Grange dans son blockhaus face aux gueules terrifiantes des blindés ennemis? Retour à la vie réelle passée la villégiature du balcon en forêt.
   
   Julien Gracq est à l’aise dans toutes ces différentes situations. C’est merveilleusement écrit, notamment sur la forêt, et sur les relations entre hommes aussi. Une œuvre très originale.
   
   “Du coté de la frontière, où le plateau peu à peu s'élevait, on voyait perler un à un et glisser quelques instants dans la nuit de petits points de lumière qui s'épanouissaient sans bruit et balayaient la crête des taillis d'un rayon rapide: les automobiles belges, qui roulaient dans la paix d'un autre monde au travers des clairières plus aérées où l'Ardenne peu à peu se morcelait. Entre ces deux franges que la nuit soudain alertait vaguement, le Toit (c'était le nom que donnait Grange à ce haut plateau de forêts suspendu au-dessus de la vallée), restait plongé dans une obscurité profonde. La laie s'allongeait à perte de vue comme une route fantôme, à demi phosphorescente entre les taillis sous son poudrage de gravier blanc. L'air était tiède et mou, chargé de senteurs de plantes; Il faisait bon marcher sur cette route sonore et crissante, avec au-dessus de sa tête cette traînée de ciel plus clair, vaguement vivante, qui semblait parfois s'éveiller du reflet des lueurs lointaines. ”

critique par Tistou




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