Lecture / Ecriture
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L'hôtel Iris de Yôko Ogawa

Yôko Ogawa
  La piscine
  La grossesse
  La formule préférée du professeur
  Les abeilles
  Les paupières
  Tristes revanches
  La Bénédiction inattendue
  Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie + un thé qui ne refroidit pas
  La marche de Mina
  L'annulaire
  Une parfaite chambre de malade
  La mer
  Cristallisation secrète
  Amours en marge
  Les tendres plaintes
  La Petite Pièce Hexagonale
  Le musée du silence
  L'hôtel Iris
  Parfum de glace
  Manuscrit zéro
  Les lectures des otages
  Petits oiseaux
  La Jeune fille à l'ouvrage

Yōko Ogawa (小川洋子°) est une écrivaine japonaise née en 1962.
Elle a obtenu:
Le Prix Akutagawa pour "La Grossesse" en 1991
Le Prix Tanizaki
Le Prix Izumi
Le Prix Yomiuri
Le Prix Kaien pour son premier court roman, "La désagrégation du papillon"


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

L'hôtel Iris - Yôko Ogawa

Le sado-masochisme sous le microscope d'Ogawa
Note :

   La narratrice, Mari, a 17 ans. Elle est belle. Sous la coupe d'une mère très autoritaire, elle passe sa vie au guichet du petit hôtel minable que cette dernière tient dans une station balnéaire. Elles font "tourner" l’hôtel seules avec l'aide d'une femme de ménage un peu kleptomane. L'hôtel est mal placé et les affaires ne sont guère florissantes. Tout est économie et restrictions dans l'esprit de la mère. Le père de Mari, ivrogne invétéré a été tué une nuit dans une rixe sans que l'on sache vraiment comment les choses se sont passées ce qui les prive même du moindre dédommagement.
   
   Le récit, fait par Mari, débute par un bref scandale à l’hôtel: une prostituée fuit en l'insultant et en l'accusant de pratiques anormales, la chambre d'un client, un vieil homme ne payant guère de mine. Mari, au guichet, est inexplicablement fascinée par cet homme et surtout «sa voix qui donne des ordres». Le revoyant lors d'une de ses rares sorties en ville, elle entreprend de le suivre, sans savoir pourquoi elle agit ainsi. Évidemment, il s'en aperçoit.
   
   Une enfance où l'affection de ses parents étaient inséparable des gestes brutaux de son père alcoolique et des soins brusques de sa mère dont elle subit encore les coiffages-tourments, a fait de Mari une masochiste qui s'ignore encore. Sa relation avec le vieil homme va lui faire découvrir ce pan de sa personnalité. De l'enfance de l'homme on ne saura rien mais sous les dehors étriqués du vieillard miteux qu'il est devenu boue une rage sadique qu'il ne maîtrise que difficilement lorsqu'elle perce sa modeste apparence habituelle et qu'il va libérer de plus en plus dans ses relations avec Mari.
   
   C'est l'histoire de cet érotisme destructeur que Yoko Ogawa entreprend de peindre avec une étonnante maîtrise et justesse. Ainsi, cette modeste soumission de l'homme dès que l'on quitte le cadre de sa maison pour retourner à "vraie vie" et le fait qu'entre eux, bien qu’il soit évident qu'ils sont dans l'inacceptable et qu'ils vont à coup sûr vers le drame, il y a bel et bien une passion amoureuse réciproque. Ainsi également cette Mari qui, hors de ce lien n'est pas une femme soumise et sait fort bien par exemple se défendre contre les tentatives de chantage de la femme de ménage. Et pourtant l'auteur a su donner toute sa crédibilité et même son exactitude -on le sent- à cette passion érotique si difficilement compréhensible pour qui ne la partage pas. On voit, mi-horrifié, mi-compréhensif cette relation se développer. Tout a l'air juste et vraisemblable. Et l'écriture parfaite de Y. Ogawa nous porte à son gré d'un extrême à l'autre. C'est remarquablement fait.
   
   Attention, ce roman souvent cru et très explicite, n'est pas à mettre entre toutes les mains...
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critique par Sibylline




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L’araignée et la mouche
Note :

   Yôko Ogawa, née en 1962, fait partie de cette génération d’écrivains japonais qui sont en train de bousculer la littérature nippone.
   
   C’est du rapport de la victime à son bourreau, de la perversité à l’état pur qu’il est question dans cet étonnant roman. Comme souvent dans la littérature japonaise, la violence physique et psychologique sont décrites dans toute leur crudité. C’est une constante visiblement de la culture japonaise.
   
   Un soir, l’hôtel Iris, modeste établissement balnéaire japonais voit son calme troublé par des injures proférées par une prostituée. Un vieil homme semble avoir tenté de lui porter les plus extrêmes outrages. Il ne dit rien pour sa défense et ne prononce qu’une seule phrase sur un ton qui émeut au plus profond d’elle-même Mani, la jeune fille de dix-sept ans de la femme qui tient l’hôtel.
   
   Par hasard, Mani va rencontrer quelque temps plus tard le vieil homme. Elle découvrira qu’il est traducteur russe et qu’il vit à l’écart sur une île quasi déserte. Séduite par une voix à laquelle elle ne sait résister, elle va accepter une correspondance de plus en plus appuyée, puis rendre visite au vieil homme.
   
   Ce dernier a trouvé en Mani sa proie, son objet sexuel, le réceptacle de ses fantasmes et d’une violence qu’il a du mal à maîtriser. Il n’aura plus qu’à cueillir un fruit mûr, qu’à se repaître des jus défendus, certain de l’autorité qu’il exerce sur ce qui va devenir un objet adoré et maltraité.
   
   Presque rien des pratiques brutales et dégradantes du vieil excentrique ne nous sera épargné, sans pour autant que le roman ne tombe jamais dans un côté vulgaire, voire vomitif.
   
   Bien au contraire, Yôko Ogawa, use d’une langue dépouillée et sait nous captiver face à ce spectacle étonnant et répétitif qui met en jeu un dominant pervers et une victime consentante qui n’a pas même conscience du caractère insultant et dégradant des pratiques qu’elle subit. On assiste hébété à chacune des scènes et dévore d’une seule traite un roman qui vous happe, comme le vieil homme a su happer un corps jeune, malléable, docile et naïf.
   
   C’est cette forme d’ensorcellement qui est fascinante et extraordinairement rendue par l’auteur. Pourquoi courir vers un abîme à chaque fois plus profond? Quelle est la limite entre la souffrance et la jouissance et en quoi la violence et la dégradation sont-ils d’indispensables carburants à des amours coupables?
   
   Il y a un spectacle de l’araignée et de la mouche dans ce duo sordide et la mouche, étourdie de fulgurances, saoule et consentante contribue à rendre les liens et le piège de la toile toujours plus serrés.
   
   Bien sûr, tout se terminera assez mal, la mort du bourreau ou de sa victime ne pouvant être que l’étape ultime d’une relation perverse qui ne connaît aucune limite.
   
   A lire absolument bien qu’à ne pas laisser en d’innocentes mains.
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critique par Cetalir




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Attirance
Note :

   Une grosse voix autoritaire et sûre d’elle aimante Mari vers un homme qui ne devrait pas être pour elle. Car il est âgé, qu’il est l’homme par qui est venu un scandale, qu’il n’est que mystère…
   
   Elle, c’est une jeunesse de 17 ans, belle, travaillant pour sa mère dans un hôtel. Elle étouffe sous les ordres et la surveillance constante d’une mère. Elle manque d’un père. Elle subit la kleptomanie d’une employée. D’où la recherche salvatrice d’une porte de sortie. Mais pourquoi suivre un homme qui ne lui est pas destiné, pourquoi se risquer…
   
   Le pouvoir de raconter d’Ogawa est merveilleux. Qu’elle nous raconte cette relation «particulière» entre ce vieux traducteur et cette jeune Mari, et qu’elle dise crûment les raisons du corps, qu’elle ajoute un élément supplémentaire à l’histoire comme cette arrivée de poissons morts en quantité impressionnante sur le bord de plage, qu’elle fasse intervenir un personnage muet qui ne communique qu’en utilisant un petit carnet, rien n’est en trop, tout participe de l’ambiance qui nous capte, nous intègre à sa partition.
   
   Le court roman que voilà est un tableau finement touché, de la pointe du pinceau. Les détails interpellent. On cherche la signification derrière chaque choix. Car ils ont été réfléchis. Sans avoir de réponses directes, on est amené à se poser des questions sur les raisons qui peuvent pousser une jeune femme dans les bras d’un homme tel que celui-là. Ou encore, sur celles qui transforment une mère aimante en mère étouffante qui essaie vainement de contenir sa fille (de la même manière qu’elle lui contient les cheveux). Ou aussi, sur celles qui rendent un homme si solitaire (que cache-t-il comme blessures?). Sans parler du personnage du jeune homme muet ou de l’employée kleptomane…
   
   En peu de mots, avec Ogawa, tout un monde d’humains et de possibles s’ouvre. Un vrai régal.

critique par OB1




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