Lecture / Ecriture
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Concours de beauté masculine aux cimes maudites de Ismaïl Kadaré

Ismaïl Kadaré
  Le crépuscule des dieux de la steppe
  La niche de la honte
  Invitation à un concert officiel
  Clair de lune
  Un climat de folie, suivi de La morgue et Jours de beuverie
  Qui a ramené Doruntine?
  Le dossier H
  Le concert
  La pyramide
  Eschyle ou l'éternel perdant
  La grande muraille suivi de Le firman aveugle
  L'Ombre
  La fille d'Agamemnon
  Le Successeur
  L'envol du migrateur
  Printemps albanais
  Froides fleurs d'avril
  Vie, jeu et mort de Lul Mazrek
  L'année noire / Le cortège de la noce s'est figé dans la glace
  Le général de l'armée morte
  Concours de beauté masculine aux cimes maudites
  Le dîner de trop

AUTEUR DES MOIS D’OCTOBRE & NOVEMBRE 2008


Ismaïl Kadaré est né en 1936, dans le sud de l'Albanie. Après des études de lettres à la faculté de Tirana puis à l'institut Gorki de Moscou, il se consacre à l’écriture.

Il publie des romans, du théâtre, de la poésie et des essais et tient une revue littéraire (Les Lettres albanaises). Son œuvre est très abondante (il a fallu 12 volumes à Fayard pour éditer ses œuvres complètes!).


Il fait partie des rares Albanais qui avaient le droit de voyager à l’étranger, mais refusera longtemps de s’exiler, estimant qu’il était de son devoir de participer à la vie culturelle de son pays. Ce parti pris lui est également reproché et l’on peut penser qu’il a pesé dans le fait qu’ I. Kadaré n’ait toujours pas reçu le Prix Nobel et ne le recevra peut-être jamais.


Ce n’est qu’en 1990, après l’échec des tentatives de réformes du printemps 89, qu’il se résolut à s’enfuir pour la France.
Actuellement, il vit entre la France et l’Albanie.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Concours de beauté masculine aux cimes maudites - Ismaïl Kadaré

Des nouvelles de l'Albanie
Note :

   D’Ismaïl Kadaré, j’avais envie de lire "Le palais des rêves", mais c’est un recueil de nouvelles nommé "Concours de beauté masculine" que je trouvai à la bibliothèque. Ce titre intriguant eut pour premier effet de m’attirer des confidences masculines à l’arrêt de bus, m’empêchant le temps du trajet de découvrir le fin mot de la nouvelle.
   
   L’effet d’étrangeté se poursuivit à mesure que j’avançais dans l’œuvre, car Kadaré y met en scène l’Albanie des années 30 dans une atmosphère de conte noir. On apprend en effet qu’un concours de beauté masculine va avoir lieu dans un village des montagnes. D’abord suspecte (la police secrète s’interroge sur la possible élection d’un chef clandestin de rebelles), la rumeur se confirme, attirant les mondains de la capitale, les journalistes et Gasper Cara, un jeune homme aux mœurs réprouvées par le régime. Les candidats, distingués par un œillet rouge, sont surveillés par tous, sans que l’on sache exactement comment est composé le jury. Pour ce concours, on a permis aux prisonniers des tours de claustration (évitant que ne se perpétuent les crimes de sang commis au fil des générations par les familles ennemies – et aussi que le régime soit contesté) de quitter leur cachot, et c’est ainsi qu’au milieu des solides campagnards se présentent des hommes au teint très blanc et à la démarche hésitante. D’emblée on sait que le vainqueur sera l’objet de toutes les convoitises et de toutes les haines…
   
   Ce «concours» est suivi de deux autres nouvelles: l’une rapporte l’enquête d’un journaliste de la capitale sur la fièvre qui gagne épisodiquement une petite ville et la pousse à rechercher des passages souterrains dans ses caves, passages qui pourraient bien n’être que l’image des aspirations refoulées des citadins. L’autre raconte les méfaits d’un homme dont le rêve est de devenir le sujet d’un chant. Comme les héros homériques, il tue, il enlève une femme pour se faire un nom mais il n’obtiendra ce qu’il cherche qu’une fois rendu à l’anonymat par la mort.
   
   Finalement, je ne me suis sans doute pas promenée si loin du palais des rêves tant l’atmosphère de ces fables a l’étrangeté des visions oniriques; le temps y est comme suspendu, les récits plongent dans les mythes les plus anciens et le folklore des Balkans, tout en révélant les failles de l’Albanie du XXe siècle, impitoyablement surveillée par une bureaucratie absurde et encore régie par l’archaïque loi de la vendetta. Drôles et amers, ces récits sont à découvrir.

critique par Rose




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