Lecture / Ecriture
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Danbé de Marie Desplechin

Marie Desplechin
  Dès 10 ans: Verte
  Dragons
  Les yeux d'or
  Dès 10 ans: Pome
  Ados: Jamais contente - Le journal d'Aurore
  Danbé
  Dès 09 ans: Babyfaces
  Sans moi
  Dès 10 ans: Mauve
  D comme: Le Journal d'Aurore T1
  La vie sauve

Marie Desplechin est une journaliste et écrivaine française née en 1959.

Danbé - Marie Desplechin, Aya Cissoko

Coopération Aya Cissoko - Marie Desplechin
Note :

   Aya grandit heureuse jusqu'au drame qui déchire sa famille. L’incendie criminel, la mort de son père, de sa petite sœur sont le point de départ d'une série d'épreuves et de deuils qu'affrontent ceux qui restent. Avec pour faire face, le danbé, la dignité en malinké, règle de vie et de conduite de Massiré, la mère d'Aya, qui inculque à ces enfants cette discipline. Affronter les épreuves, les surmonter, c'est ce que fera Aya, encore et encore.
    
   Je l'avoue d'entrée de jeu, en général les témoignages ne sont pas ma tasse de thé. Vous comprendrez donc que j'ai retenu une grimace en voyant arriver dans ma boîte au lettre ce petit ouvrage, fruit d'un collaboration entre Aya Cissoko et Marie Desplechin. Mais si je ne connaissais alors pas Aya Cissoko, il y avait au moins Marie Desplechin dont j'apprécie en général beaucoup la plume... Au moins une bonne raison d'attaquer le livre qui était entre mes mains, ce que j'ai fait sans trop de réticence à défaut d'enthousiasme. Or donc, le destin est farceur comme diraient certains puisque c'est au final un coup de cœur, et pas un petit. A côté duquel je serais passée.
   
   "Danbé" est un récit intelligent, plein de vie, porté par la plume de Marie Desplechin, qui n'occulte rien du plus dur, mais transmet la voix d'Aya Cissoko, une voix toujours digne et humble et qui jamais ne se pose en exemple, malgré un parcours qui force le respect et l'admiration non pas parce qu'il est celui d'une jeune femme «d'origine immigrée» comme on dit si bien de nos jours, mais parce que c'est celui de quelqu'un passé par des drames et des épreuves qui en auraient laissé plus d'un sur le carreau.
   
   Alors oui, c'est effectivement le témoignage de la vie d'un enfants «français d'origine». Aya Cissoko raconte les immeubles surpeuplés, vétustes, la violence, le racisme. L'ordinaire, révoltant, qui précise l'origine des «presque» français, et celui qui tue par sa bêtise. Elle raconte aussi la solidarité, l'amitié, les moments de bonheur, les rencontres qui changent une vie. Le poids des communautés, des traditions qui perdurent. "Danbé", c'est une petite porte qui s'ouvre vers le Mali et ceux qui venus de là-bas, vivent en France. C'est une porte qui s'ouvre aussi vers le Paris populaire, métissé. C'est surtout, entre anecdotes et vie quotidienne, l'occasion de réflexions sur l'immigration à travers l'histoire des parents d'Aya, sur ce que signifie être un «français d'origine», sur la manière dont se forge une culture métissée, entre celle des ancêtres et celle de lieu où l'on vit. Comme celle que se crée Massiré, sa mère, qui se révolte contre la tradition tout en élevant ses enfants dans le danbé et reconquiert doucement sa place dans le groupe. Une mère dure, mais qui donne à sa fille la liberté nécessaire pour tracer son propre chemin. Ne serait-ce qu'en lui permettant de boxer malgré les reproches des voisins et de la famille. Sans édulcorer ses relations parfois difficiles avec elle, Aya Cissoko trace de sa mère un portrait à la fois terrifiant et superbe. L'histoire d'Aya Cissoko est forte, d'autant plus forte qu'elle n'édulcore rien de ses échecs, de ses luttes contre les autres et contre elle-même, et rien de ses victoires, dont les moindre ne sont pas de se relever toujours, d'affronter les difficultés, les drames, le regard des autres et les préjugés.
   
   On n'oublie jamais, au fil des pages, que la voix qui se fait entendre est celle d'une jeune femme bien vivante, qui continue à tracer sa route. "Danbé" est bien un témoignage, mais un grand et beau témoignage, d'une admirable tenue littéraire. C'est un récit fort, honnête, touchant, dense et complexe sous son apparente simplicité qui mérite bien son titre.
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critique par Chiffonnette




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Un peu trop journalistique
Note :

   Un livre et deux noms accolés sur la couverture, voilà qui n’est pas banal mais pas nouveau non plus. Des livres écrits à plusieurs, certains sont célèbres à commencer par le journal des Tharaud, celui à quatre mains des sœurs Groult, Benoîte et Flora, certains romans des frères Poivre d’Arvor mais ici est-ce une biographie ou une autobiographie? Rien n’est précisé si ce n’est très vaguement en quatrième de couverture :
   (Ce petit livre) "est mon au revoir à ceux que je laisse sur le quai. Il est mon au revoir à mon enfance de petite fille."

   
    La narratrice est l’héroïne. C’est Aya Cissoko qui raconte sa vie depuis sa naissance en France de parents maliens jusqu’à son titre de championne du monde de boxe anglaise.
   
   Quel est alors le rôle de Marie Desplechin, la romancière aux quarante livres? N’a-t-elle fait que prêter sa plume ou est-elle plus que le nègre habituel dont on ne connaît pas le nom généralement? J’aurais aimé un minimum d’explications à ce sujet dans le corps même du récit.
   
   Celui-ci est d’ailleurs agréable à lire dans la mesure où l’accent est mis sur les temps forts de la vie de la jeune Aya : ses parents, sa famille malienne, ses frères et sœurs, les drames de sa vie, la pauvreté, le quartier, les études, les amis, les petits métiers et la boxe jusqu’à la victoire suprême et ensuite l’accident qui met fin à sa carrière de boxeuse, en somme les hauts et les bas d’une vie marquée avant tout par le danbé, la dignité.
   
   La figure et la vie de Aya Cissouko m’ont été sympathiques, certains passages m'ont émue mais j’ai trouvé le style et le récit trop sobres, trop froids, trop rapides, un simple témoignage un peu trop sec. Je n’ai pas eu le temps de m’attacher au personnage. Ce n’était que le survol d’une vie en pointillés, avec de grands espaces vides entre les moments évoqués. L’héroïne en sort grandie mais à la manière d’un mythe moderne : celui de la jeune émigrée défavorisée hissée au rang de championne du monde grâce au sport et à sa volonté.
   
   J’ai aimé ce livre mais je n’ai pas envie de le relire. C'était comme un article de journal qui serait juste un peu plus développé que d’habitude.

critique par Mango




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