Lecture / Ecriture
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Un minuscule inventaire de Jean-Philippe Blondel

Jean-Philippe Blondel
  Un minuscule inventaire
  1979
  Le passage du gué
  Juke Box
  Accès direct à la plage
  This is not a love song
  Le baby-sitter
  G229
  Et rester vivant
  06h41
  Un hiver à Paris
  La mise à nu
  Dancers
  La grande escapade

Jean-Philippe Blondel (né en 1964) est un écrivain français. Il enseigne également l'anglais en lycée.

Un minuscule inventaire - Jean-Philippe Blondel

Objets de la mémoire
Note :

   À nouveau l’auteur nous entraîne dans ce qui pourrait paraître un recueil de nouvelles qu’il aurait tout bonnement liées par un thème, ici la mémoire des objets. Mais pour peu que le lecteur connaisse ses précédents romans, il sait que Jean-Philippe Blondel ne se contente pas d’un simple raccord de textes. Encore une fois, la construction de ce roman repose sur une subtile association qui en fait une réelle unité au final.
   
   Suite à son divorce, Antoine, le personnage principal, veut se construire une nouvelle vie. Comme son passé lui pèse par ses multiples fêlures, il espère s’en débarrasser en vendant les objets de sa mémoire. Ainsi, participe-t-il à un vide-grenier où ses différents articles semblent se “réveiller” juste au moment où ils changent de mains livrant ainsi une parcelle de sa vie et de ses émotions.
   
   “Pourtant, il faut bien me rendre à l’évidence - les objets - mes objets - refusent de m’adresser la parole. Ils restent là, muets et vaguement dédaigneux, ils haussent les sourcils, détournent leurs anses, se recroquevillent sous leurs pochettes. Ils se renfrognent. Ce n’est qu’au moment du départ qu’ils se réveillent. Lorsque de nouvelles mains viennent les toucher et qu’ils connaissent de nouvelles extases, alors, soudain, ils se tournent vers moi avec des yeux affolés, coincés entre plaisir et frayeur, ils veulent tout à coup communiquer, murmurer, hurler, faire entendre leur voix. Ils me racontent notre histoire ensemble, ils disent, voilà, c’est fini…”
   
   Ce minuscule inventaire des moments-clés de sa vie liés à ces divers objets bascule ensuite bien naturellement du côté de leurs nouvelles mains pour compléter le puzzle.
   
   Un très bon moment de lecture, bien agréable, fidèle aux précédents livres de l’auteur.
    ↓

critique par Véro




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Vive les vide greniers !
Note :

   En lisant le journal local, Antoine, qui est en instance de séparation -sa femme vient de le quitter pour un dentiste- tombe sur l'annonce d'un vide grenier dans un quartier qu'il connaît bien pour y avoir vécu. C'est l'occasion pour lui de faire le vide et de se "débarrasser" des objets qui l'encombrent et dont il ne se sert plus.
   
   Mais chaque objet, parmi lesquels un livre, des boucles d'oreille, une écharpe, une petite couverture en laine jaune, un cadre, un stylo et un hamac, lui rappelle un souvenir, des moments de sa vie. Chaque objet raconte une histoire, l'histoire de celui qui s'en débarrasse en le vendant mais aussi celle de celui qui l'achète.
   
   L'occasion pour Antoine, de nous raconter sa vie, sa rencontre avec Anne, ses relations avec ses deux enfants, son adolescence, son amitié avec Fabrice, ses histoires d'amour passées ou manquées. Et de pouvoir faire le deuil de celles-ci.
   
   Décidément, j'aime l'univers de Jean-Philippe Blondel tout d'abord je crois parce qu'il est de ma génération et que "le freak c'est chic" c'est aussi toute ma jeunesse. Ensuite parce que je me sens proche de sa sensibilité, et que ses pages évoquent pour moi aussi quelque chose, notamment "la tablette que l'on tire" dans le train près de la fenêtre à l'époque où les compartiments n'étaient pas encore complètement remplacés par des trains corails, ou ce souvenir du métro parisien quai de la râpée "qui débouche soudain à l'air libre et monte sur la Seine".
   
   Une interrogation sur les relations familiales et filiales, un regard très intéressant et pertinent sur la condition de père divorcé et la peur de ne plus être aimé par ses enfants qui vont vivre le quotidien loin de soi , des histoires d'amour à la fois simples et compliquées, une façon de dire les choses simplement, honnêtement, de dévoiler ce que beaucoup pensent au fond de leur coeur, de briser le masque qui habite chacun de nous, une bonne connaissance enfin des enfants petits -les nuits sans sommeil, la fatigue accumulée, les maladies infantiles- et de cette période difficile et fragile qu'est l'adolescence.
   Encore une fois un livre intelligent qui parle et me parle et que je vous recommande vivement, d'autant qu'il est sorti en poche.
    ↓

critique par Clochette




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La charge émotive des objets
Note :

   
   Antoine, 42 ans, vient de se séparer de sa femme, qui a conservé la garde des enfants, Mathilde et Léo. Devant cette remise en question, Antoine décide de prendre les choses en main: il va se débarrasser de tous les objets qui encombrent son passé lors de la brocante (par chez moi, on ne dit pas vide-grenier). Mais voir ces objets le quitter ne le laisse pas insensible, et les souvenirs lui reviennent par bouffées. Mais chacun trouve un nouvel acquéreur, avec qui il vivra une nouvelle vie…
   
   L’inventaire dont il est question dans le titre est celui de cet homme, professeur d’anglais qui ne sait plus trop quelle direction doit prendre sa vie. Croyant faire le ménage dans sa vie, il réalise que son passé lui colle plus à la peau qu’il ne l’imaginait. Les boucles d’oreille, achetées lors du dernier voyage organisé avec ses amis du lycée, ou le livre qui indirectement à l’origine de sa rencontre avec Annick, la libraire chez il fut embauché et dont il s'est épris, le plongent dans un passé quasi oublié mais qui l’émeut toujours. La couverture jaune rappelle des souvenirs moins heureux, comme ce cadre rouge en bois peint qui évoque le poids de la famille et le départ de son épouse. Les souvenirs liés au hamac m’ont moins touchés. Le stylo plume à fines dorures le renvoie à son statut de père (ou presque).
   
   Au moment où le lecteur ressent une forme de systématicité dans le procédé romanesque, Blondel a la bonne idée de changer son point de vue. Les objets vendus sont maintenant non plus vus par le vendeur, mais par l’acquéreur. Les conditions d’achat, souvent très éloignées de l’objet lui-même, sont racontées au lecteur, qui se plonge avec plaisir dans cette nouvelle relation, beaucoup plus sentimentale que matérielle.
   
   Quatrième roman de Jean-Philippe Blondel, "Un minuscule inventaire" permet à l’auteur de raconter par le biais d’objets l’histoire d’Antoine, quadragénaire perdu dans cette vie qu’il a acceptée presque sur un coup de tête, pour suivre Anne, son épouse. Plutôt que de narrer uniquement l’histoire de ce personnage, les objets ouvrent des portes sur les gens qui l’entourent, et permettent de manière détournée d’encore mieux connaître Antoine.
   
   "Un minuscule inventaire" est donc un roman tout à fait intéressant, qui est je trouve une bonne introduction au merveilleux roman suivant de Blondel, "Passage du gué".

critique par Yohan




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