Lecture / Ecriture
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Pays perdu de Pierre Jourde

Pierre Jourde
  La Littérature sans estomac
  La cantatrice avariée
  Pays perdu
  La présence
  Le Tibet sans peine
  La première pierre
  Winter is coming
  Le Maréchal absolu

Pierre Jourde est un écrivain et critique français né en 1955. Il enseigne la littérature à Valence (université Grenoble III).

Pays perdu - Pierre Jourde

Profonde France
Note :

   «Pays perdu» est une œuvre originale, entre biographie, sociologie et fiction rurale. Le pays perdu existe. Pierre Jourde le connait bien et il a manifestement souhaité lui rendre hommage par le biais de cette œuvre. L’enfer, dit-on, est pavé de bonnes intentions. Celles de Pierre Jourde l’ont, semble-t-il, effectivement conduit en enfer puisqu’après la publication de «Pays perdu», s’en retournant au dit pays, il a failli se faire lyncher par des habitants qui considéraient que, j’imagine, Pierre Jourde s’était moqué d’eux.
   
   Ce pays perdu est plutôt du côté du Centre de la France, ou tout au moins dans un Massif couramment qualifié de Central. Ce n’est pas que rural, c’est aussi montagnard. Circonstance plutôt aggravante en terme de développement, de dynamisme, de vie même, simplement. Il y en a combien de ces villages dont la vie s’effiloche inexorablement et dont le futur s’écrit définitivement au passé?
   
   Le roman commence avec l’arrivée de deux frères, qui manifestement ont eu l’occasion de vivre au village (vacances) et qui refont la route en voiture, l’un d’entre eux héritant d’un Joseph, lointain cousin qui lui lègue sa masure. Une masure, oui, mais une masure où, peut-être, on imagine que des biens pourraient être cachés.
   
   Pierre Jourde ne nous épargne rien de la difficulté d’accès (et on s’étonne que les villages se désertifient!). Puis c’est l’arrivée et, comme une revue d’effectif, les retrouvailles avec ceux d’ici, qui survivent encore, vaille que vaille. Atmosphère sombre – d’hiver froid – nihilisme sociétal, ou quasi, mais la langue de Pierre Jourde fait merveille pour nous toucher sur le présent et le devenir de ce village (on n’ose parler de futur!) et de ceux qui y vivent. Comment ceux-ci ont-ils pu si mal interpréter la démarche?
   C’est dommage. Mais reste «Pays perdu».
    ↓

critique par Tistou




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Pas contents? On se demande pourquoi
Note :

   Arriver à L., petit village du nord Cantal, ça se mérite. Et encore quand il n'y a pas trop de neige. Préférer la belle saison, quoi.
   
   Mais la neige, quand même...
   "Je me souviens du bonheur de ces reliefs effacés, enveloppés dans une substance égale, éblouissante, engourdissant les sensations, avalant même les sons. Plus de prés, de bosquets, de haies, de murs, de chemins, d'herbe, de taupinières, une continuité douce, des ondulations moelleuses laissant seulement la trace des choses qu'on s'étonnait presque d'avoir connues sous une forme moins parfaite. Moins encore que des traces, une allusion, une esquisse de courbe, rien. "

   
   Pour régler une affaire de famille, le narrateur (Jourde) et son frère se rendent dans le petit village d'où est originaire leur père, apprenant à leur arrivée le décès d'une jeune fille du village. Les obsèques auront lieu le lendemain. Défilé des voisins et de la famille, des habitants des villages environnants dans la maison des parents, occasion de portraiturer ces figures hautes en couleur ou exemplaires. Jourde ne fait pas dans la dentelle, et quelques pages d'anthologie sont consacrées aux bouses de vache... (j'adore, car en plus c'est du vécu et je confirme la ténacité et l'ambivalence de la chose. En revanche j'ai eu du mal avec les descriptions de crasse chez certains...)
   
   Je ne suis pas originaire de ce coin là, mais ma foi, le monde paysan à l'ancienne, que de souvenirs...
   "Le vieux célibataire a l'hospitalité cordiale et généreuse. Il sait ce qu'il doit au monde. La simplicité de ses manières, simplicité dont il se réclame en vous forçant à boire un autre plein verre et à accepter un fromage ou une douzaine d’œufs, n'est que l'apparence conventionnelle d'un attachement intégriste aux rituels complexes de la civilité paysanne. La conversation se tient assis sur des bancs, de part et d'autre de la table. Le verre rempli à ras bords doit durer. Son contenu marque le développement de la première phase, son remplissage permettra une relance."

   
   Une unité d'espace (les villages proches) et de temps (deux jours) pour une plongée dans ce monde rural incroyable. L'auteur évoquera aussi son père et le secret de ses origines. Mais là n'est point le sujet, on ne s'attarde pas.
   
   Ce récit/roman n'a pas eu l'heur de plaire aux villageois, qui ont agressé l'auteur lors d'un de ses passages en 2005, des noms d'oiseaux ont fusé, un procès s'en est ensuivi, et le dernier opus de Pierre Jourde, "La première pierre", revient sur cette histoire. Il me tarde de le lire!

critique par Keisha




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