Lecture / Ecriture
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C'est égal de Agota Kristof

Agota Kristof
  Le grand cahier
  La preuve
  Le troisième mensonge
  C'est égal
  L'analphabète
  Hier

Agota Kristof est née en 1935 en Hongrie et décédée en 2011 en Suisse où elle s'était réfugiée depuis l'écrasement de la révolte de 1956.
Elle écrivait en français.

C'est égal - Agota Kristof

Plein de nouvelles, noires.
Note :

   Désespérance ? Noirceur ? Tristesse ? … J’hésite.
   
   25 nouvelles dans la veine de la trilogie qui a fait la réputation d’A. Kristof (Le grand cahier_La preuve_Le troisième mensonge). La veine ? C’est à dire le côté noir des choses, de la vie, des évènements. Chez A. Kristof le verre n’est pas à moitié plein, il est clair qu’il est à moitié vide ! Ce qui n’empêche pas l’intérêt pour la lecture de ce recueil, une bonne introduction à l’univers sombre de l’auteur.
   
   « Je n’ai pas envie de retourner chez moi à cause de mon évier bouché, je n’ai pas envie de marcher non plus, alors je m’arrête sur le trottoir, tournant le dos à un grand magasin, je regarde les gens entrer et sortir, et je pense que ceux qui sortent devraient rester dedans, et ceux qui entrent devraient rester dehors, ça économiserait pas mal de mouvement et de fatigue.
   Ce serait un bon conseil à leur donner, mais ils n’écouteraient pas. Donc, je ne dis rien, je ne bouge pas, je n’ai même pas froid ici, dans l’entrée, je profite de la chaleur qui sort du magasin à cause des portes constamment ouvertes, et je me sens presque aussi bien que tout à l’heure, assis dans ma chambre. »
    ↓

critique par Tistou




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Souffrance du déracinement
Note :

   "C'est égal" est un recueil de nouvelles publié en 2005, à une époque ou Agota Kristof, malade, n'écrivait plus. Elle y a réuni des textes écrits depuis 1956, date de son exil en Suisse qui sont parmi les plus intimes qu'elle ait écrit sur elle-même. Pourquoi ce titre? Elle l'explique dans une interview accordée au Nouvel Observateur :
   Titre du livre ou titre de sa vie? "J'aime bien cette formule. Ça veut dire : je m'en fous. Je suis née pessimiste. Même enfant, je ne comprenais pas pourquoi les gens rigolaient. Je critiquais mes parents quand je les voyais rire."

   
   Dans ces écrits, il y est question de la solitude, de la mort, et d'un sentiment récurrent, la souffrance liée au déracinement, à l'éloignement.
   
   "La maison" est une des nouvelles les plus représentatives de ce sentiment.
   "Quitter une maison pour une autre, c'est aussi triste que si l'on avait tué quelqu'un."

   Il y est question d'un vieil homme qui retourne dans la maison de son enfance après l'avoir quittée à l'âge de quinze ans : Mais en retournant vers son passé, il y rencontre le petit garçon qu'il a été et qui regarde l'avenir avec espoir :
   "L'avenir? dit l'homme. L'avenir, j'en viens. Il n'y a que des champs morts et boueux."

   Mais l'homme honteux du chagrin qu'il inflige au petit garçon ajoute :
   "-Tu sais, c'est peut-être seulement parce que moi, je suis parti.
   -Ah! bon, dit l'enfant rassuré. Moi, je ne partirai jamais."

   
   Dans "Les rues", le jeune homme musicien compose un hymne à sa ville qu'il a dû quitter :
   "le crescendo de la solitude au souvenir de ces rues abandonnées, trahies.
   La révolte d'un corps qui ne peut se reposer ailleurs, la révolte des pieds qui ne peuvent marcher ailleurs, le refus des yeux qui ne veulent voir rien d'autre."

   
   "Mon père" est une des nouvelles peut-être les plus poignantes : une petite fille va à l'enterrement de son père :
   "Nulle part mon père ne s'est promené avec moi la main dans la main."

   Un sentiment de nostalgie profonde imprègne tous ces textes, comme une meurtrissure qui ne guérira jamais. C'est ce qu'exprime l'écrivaine interrogée sur son exil en Suisse :
   "Je ne fuyais pas volontiers. Si j'avais su que je resterais toujours, je ne serais pas partie. Oui, je regrette ce choix." La phrase tombe, comme une feuille de papier dans la corbeille de la vie. "Atroce", dit-elle encore. Mais la liberté d'expression? "Je n'étais pas mieux ici."

   Et de commenter son arrivée à Neuchâtel, où son mari put obtenir une bourse de l'université et où elle réside toujours aujourd'hui :
    "Au début, on avait un tout petit appartement dans un village, et je travaillais dans une fabrique d'horlogerie. C'était pire qu'en Hongrie. Je n'avais même pas le temps d'écrire. Quelques poèmes, le soir, après les enfants et le ménage."
La Suisse, son pays de douleur.
   
   Anecdote lue dans la presse : Quant à la liberté d'expression, une enseignante, a été arrêtée en pleine classe pour avoir fait lire "Le cahier" à ses élèves, un des volumes de la trilogie "Les jumeaux" qui a valu à Agota Kristof sa notoriété mondiale.

critique par Claudialucia




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