Lecture / Ecriture
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Le bruit des trousseaux de Philippe Claudel

Philippe Claudel
  Meuse l'oubli
  Trois petites histoires de jouets
  La petite fille de Monsieur Linh
  J'abandonne
  Le bruit des trousseaux
  Les âmes grises
  Quelques-uns des cent regrets
  Le café de l’Excelsior
  Le rapport de Brodeck
  Le monde sans les enfants
  Les petites mécaniques
  L'enquête
  L'arbre du pays Toraja
  C comme Le rapport de Brodeck T 1&2

Philippe Claudel est un écrivain et réalisateur français, né le en 1962.

Le bruit des trousseaux - Philippe Claudel

Prof en prison
Note :

   Ce livre est construit comme se forge une expérience d’enseignant, par une succession de moments disparates vécus au fil des années avec des élèves hétérogènes se succédant. Il n’est pourtant pas question ici de récits sur l’enseignement en prison.
   
   “Le bruit des trousseaux” est un cumul de scènes isolées témoignant du quotidien ordinaire (mais terrifiant) du milieu carcéral. Petit à petit, l’auteur met en évidence que “la prison est un lieu d’innombrables lois non écrites, jamais discutées mais toujours appliquées.”
   
   La vie du groupe pénitentiaire qui n’a cependant rien d’une collectivité y est dépeinte comme un kaléidoscope.
   
   Pas de compassion, de jugement et même d’états d’âme. Seulement un ensemble de témoignages objectifs et surtout sensoriels.
   
   Des scènes détachées qui s’accumulent pesamment et mènent aussi le lecteur à cette saturation qui a conduit Philippe Claudel à abandonner ses fonctions de “prof” en prison après plus de dix ans, tout de même.
   ↓

critique par Véro




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La rude réalité …
Note :

   « Sur le trottoir, la première fois où je suis sorti de la prison, je n’ai pas pu marcher immédiatement. Je suis resté là, quelques minutes, immobile. Je me disais que si je le voulais, je pouvais aller à gauche, ou bien à droite, ou encore tout droit, et que personne n’y trouverait rien à redire. Je me disais aussi que, si je le voulais, je pouvais aller boire une bière, un Ricard, ou encore un cappuccino dans n’importe quel bistro, ou bien rentrer chez moi et prendre une douche, deux douches, trois douches, autant de douches qu'il me plairait. J’ai compris à ce moment que j’avais vécu jusqu’alors dans la jouissance d’une liberté dont j’ignorais l’étendue et les plus communes applications, voire l’exacte et quotidienne dimension.»
   
   C’est exactement cela. On ne saurait mieux dire.
   
   Philippe Claudel a été enseignant en prison et fait état des sentiments qui l’ont traversé lors de ses pérégrinations dans le milieu carcéral. Il ne s’agit pas d’un roman, il faut dire que Philippe Claudel ne maîtrise qu’un fragment de la situation. Il a passé des journées en prison, jamais de nuit ! Là est peut-être la barrière définitive qui effectivement sépare les visiteurs, intervenants divers de ceux qui sont … emprisonnés, privés de liberté.
   
   « Voilà, je crois que j’ai tout dit. Tout dit de ce que je savais, de ce que j’ai retenu. Ce peut être un témoignage ou, plus exactement, un faux témoignage, car il me manque quelque chose d’essentiel pour parler de la prison, c’est d’y avoir passé une nuit. »
   
   De petits coups de poing, de petits paragraphes, qui trouvent ou non leur cible et qui touchent quand elle la trouve. Du décousu sur onze ans d’intervention, à aller parler de littérature en prison. Des fragments, comme si la prison était elle-même un monde fragmenté … D’ailleurs elle l’est. C’est le monde du discontinu par excellence. De l’à-coup, de l’impondérable et du non-prévisible.
    ↓

critique par Tistou




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Activité pathogène
Note :

   Un homme, dans une prison. Il n’est pas enfermé, il donne des cours de littérature aux prisonniers. Cet homme, c’est Philippe Claudel qui narre son expérience de professeur en prison. Sous formes de courts passages (de quelques lignes à deux pages), il raconte les anecdotes, les impressions, les souvenirs qu’il a de cette période, révolue au moment de l’écriture.
   
   Sur la forme, cela m’a beaucoup fait pensé à "Journal du dehors" d’Annie Ernaux. Sur le fond, il y a une différence, qui est le cadre restreint que se donne Claudel: il ne parle que de la prison et de ce qui s’y passe. Au maximum s'aventure-t-il dans le troquet en face de la porte. Il parle de la situation des détenus, des histoires de ces individus qu’il voit de temps à autre, jusqu’à leur prochain transfert, subitement, parfois au milieu d’un cours.
   
   La première partie de ce petit ouvrage est une description du milieu carcéral vu par un intervenant extérieur. La surprise face à la découverte de ce monde si particulier, la vie en groupe imposée, une intimité perdue, l'invasion subie de la télévision. Puis, peu à peu, le narrateur s’immisce dans la description et apparaît de plus en plus proche de ce qu’il vit. L’ouvrage gagne en intensité au fil des pages, par l’implication progressive de l’auteur dans l’écriture. Implication dans la narration qui traduit la difficulté croissante à prendre ses distances avec cette activité.
   
   Le lecteur y sent la détresse d’un individu face à un monde inconnu et parfois hostile. Détresse qui peut aller jusqu’au refus de donner son cours pour rester dans sa voiture, à la porte de la prison. Ou comment une activité peut avoir des conséquences visibles sur la santé d’un individu.
   
   En moins de cent pages, Philippe Claudel parvient donc à rendre l’ambiance de ce lieu, qui a été à la fois source d’enrichissement personnel et apprentissage de la peur. Lieu qu’il finit par quitter définitivement, pour ne pas souffrir plus longtemps…

critique par Yohan




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