Lecture / Ecriture
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Tar Baby de Toni Morrison

Toni Morrison
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Toni Morrison, de son vrai nom Chloe Anthony Wofford, est née en 1931, à Lorain (Ohio), dans une famille ouvrière.
Elle fait des études de littérature et une thèse sur William Faulkner.
Elle a longtemps été éditrice chez Random House, enseigne à l'Université de Princeton et a remporté le prix Nobel de littérature en 1993, ce qui fit d'elle le premier écrivain noir a obtenir ce prix.
Elle est morte le 5 août 2019.

Tar Baby - Toni Morrison

Conflits en tous genres
Note :

   Le titre : Tar baby «bébé goudron» est une façon de désigner les noirs pas plus amène que «nigger».
    
   Un homme en fuite, dénommé étrangement «Fils» s’introduit clandestinement sur l’île des Chevaliers dans les Antilles, ayant suivi deux femmes. Il rôde autour de la demeure de Valerian Street, 70 ans riche retraité qui passe ses journées dans une serre à écouter de la musique.
   Les deux femmes s’avèrent être son épouse Margaret, qu’il a épousée très jeune et qui ne s’est jamais adaptée à son existence paraît-il facile, et Jadine une jeune femme métisse nièce des employés de maison qui sert à Margaret de demoiselle de compagnie en attendant de rejoindre la France où elle travaille comme mannequin.
   Tous attendent Noël et l’arrivée du fils des propriétaires Michael, qui a semble-t-il connu une enfance perturbée au milieu de cette engeance.
   Mais c’est l’étranger, («fils», un surnom qu’il endure depuis toujours) qui sera l’invité-surprise, et va faire exploser le fragile équilibre de la maison, provoquant chez chacun une remise en question. Les employés de maison vont se sentir spoliés et après s’en être pris à l’étranger, vont se dresser contre leurs maîtres. Un autre couple de noirs infériorisés par les domestiques précédemment cités, et méprisés de tous, vont se rebeller à leur manière; Jadine et l’étranger sont attirés l’un par l’autre, mais ils ne viennent pas non plus du même monde, quoique tous deux afro-américains, et leur union va se révéler problématique.
   
   Un roman très riche qui traite de l’affrontement de milieux sociaux opposés, aussi bien chez les noirs que chez les blancs, dont le rapprochement induit querelles et identification pour certains d’entre eux à d’anciennes révoltes d’esclaves noirs. La lucidité du texte est de montrer que les noirs se dressent les uns contre les autres, aussi bien que contre les blancs. La discorde révélée par l’apparition de l’étranger, ne cesse de provoquer des dissensions, des vengeances, que rien ne viendra apaiser.
   
   Un récit vraiment réaliste et un roman social éclairé. J’ai remarqué aussi la façon qu’a l’auteur de faire parler les éléments naturels, en ce qu’ils participent de mythes fondateurs; au départ dans cette île, des colons saccagèrent la nature, et s’affrontèrent aux populations indigènes.
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critique par Jehanne




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Quatrième réductrice
Note :

   La quatrième de couverture résume ainsi le roman de Toni Morrison : Tar Baby :
    "À la fin des années 70, dans l'Isle des Chevaliers aux Caraïbes, un milliardaire vit en bonne intelligence avec ses deux domestiques noirs et leur nièce, Jadine, une jeune mannequin épanouie et intégrée dans le monde des Blancs. L'arrivée d'un va-nu-pieds, Fils, incarnation d'un ange noir, bouleverse cet ordonnancement factice. Condamnée par le mensonge des apparences, Jadine va apprendre à renouer avec son héritage identitaire. À travers une histoire d'amour impossible, Toni Morrison dénonce une société oublieuse de ses racines et ouvre la voie à une mémoire collective qui comble autant qu'elle déchire. "
   
    Le résumé de la quatrième de couverture ne paraît s'intéresser qu'à une facette de l'intrigue et qu'au couple noir. Or les autres personnages du roman et le drame que l'on pressent et qui se joue entre eux me paraît important aussi. C'est pourquoi je présente ici le roman à ma manière :
   
    Valérian Street, riche hommes d'affaires, a décidé de prendre sa retraite dans l'Isle des Chevaliers, dans les Caraïbes. Voilà qui ne convient pas à son épouse, Margaret, beaucoup plus jeune que lui, qui s'ennuie à en mourir dans ce lieu où il n'y a rien à faire loin de sa ville d'origine, Philadelphie. Entre les époux, ont lieu des joutes oratoires cruelles, où Valerian semble abuser de son pouvoir et de la faiblesse de son épouse, une mésentente sournoise s'installe entre eux. Ce huis-clos entre le couple est orchestré par deux serviteurs noirs, Sydney et Ondine, qui sont au service du milliardaire depuis si longtemps qu'ils ont pris une incontestable autorité sur leur maître. Jadine, leur nièce à qui Street a généreusement payé des études, a échappé à sa condition sociale; elle partage la table des maîtres et l'amitié de Margaret. Mais pourquoi Ondine paraît-elle haïr Margaret? Pourquoi le fils des Street ne vient-il plus les voir depuis longtemps? Pourtant, Margaret est certaine que, cette année, il viendra partager leur repas de Noël.
    C'est dans ce contexte tendu qu'un homme, noir, recherché par la police, s'introduit dans la propriété des Street et s'y cache. Il présente de nombreuses identités mais son nom véritable est : Fils.
   
    Vous aurez compris à cette double présentation que le roman de Toni Morrisson est riche et complexe, il n'y a pas un seul fil directeur, un seul angle d'approche mais plusieurs! Il y a en fait trois couples principaux (sans compter un couple de serviteurs, Thérèse et Gédéon, qui vivent dans l'île et en sont les représentants) qui ont chacun leur histoire et que Toni Morrisson prend à un moment de crise qui va être révélatrice.
   
    Pour les vieux couples, Margaret et Valérian et Ondine et Sydney, la situation est ancienne, les non-dits entre mari et femme mais aussi entre maîtres et serviteurs se sont accumulés. L'écrivain sait jouer avec art de cette situation explosive, suscitant notre malaise devant ces griefs non formulés, ces soupçons, ces rancunes étouffées. Elle éveille notre curiosité sur les personnages : qui a tort, qui a raison? Que comprendre d'eux?
   
    Pour le jeune couple, Jadine et Fils, c'est le début d'une histoire d'amour entre Jadine et lui, entre celle qui a coupé ses racines et celui qui y est resté attaché. Quand on se nomme Fils ce n'est pas pour rien, on reste le fils de quelqu'un ou de quelque chose.
   
    La tension portée à son paroxysme éclatera lors du repas de Noël où en invitant ses serviteurs à sa table, Valerian va abolir les barrières et les faire céder dans une scène d'une violence verbale extraordinaire. Un moment très fort du roman!
   
    Le livre explore aussi le thème du racisme sous toutes ces formes. Valerian emploie un homme peine dont il ne se donne pas la peine d'apprendre le nom. De toutes façons les domestiques portent tous un nom générique, Mary pour les femmes ou Journalier pour les hommes comme pour mieux nier leur personnalité. Si une domestique est renvoyée, personne ne s'aperçoit que celle qui la "remplace" n'est pas la même personne!
   
    Morrison dénonce toutes les préjugés de race, les stéréotypes. Quand Margaret trouve Fils, caché dans sa penderie, elle croit qu'il veut la violer parce qu'un noir ne peut avoir qu'une idée en tête face à une blanche! Or Fils, affamé, n'a qu'une envie, trouver à manger! Non seulement il n'a rien d'un violeur mais en plus, il préfère la noire et séduisante Jadine à la blanche et mûre Margaret! Inconcevable pour Margaret! Ce qui amuse Jadine qui remarque ironiquement que toutes les deux sont en concurrence pour un viol éventuel! Mais les noirs aussi pratiquent le racisme social. Sydney partage les préjugés de Margaret sur les noirs voleurs et violeurs, et il pense que les noirs de Philadephie comme lui sont supérieurs aux noirs autochtones. Ceux-ci, d'ailleurs, leur rendent bien leur mépris!
   
    Le titre "Tar Baby" résume bien ce thème majeur puisque c'est le nom que les blancs donnent aux petites filles noires (Tar : goudron). Tar Baby, bien sûr, c'est Jadine qui en faisant des études et en étant mannequin monte en grade dans la société. D'où un impossible amour avec Fils qui refuse de jouer le jeu social et de renoncer à ses origines. Notons, cependant, que pour réussir pleinement en tant que Modèle, Jadine doit repartir en France où les préjugés racistes sont moins virulents.

critique par Claudialucia




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