Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Picasso de Gertrude Stein

Gertrude Stein
  L'Autobiographie d'Alice B. Toklas
  Picasso

Picasso - Gertrude Stein

Portrait officiel
Note :

   «Le monde avait changé, il était forcé d’accepter Picasso»
   
   Cette courte biographie de Picasso par Gertrude Stein fait partie des indispensables pour tous ceux qui s’intéressent au cubisme ou/et à Picasso.
    Cet ouvrage a deux personnages principaux: Picasso et l’auteur. La modestie ne fait pas partie des nombreuses (n’en doutons pas) qualités de Melle Stein et dès la troisième phrase de cet ouvrage, après deux déclarations catégoriques (et néanmoins intéressantes) sur la peinture de son époque, dès la troisième phrase de cet ouvrage donc, elle nous place le maître dans son salon. Car elle ne participa pas peu à le faire connaître et elle tient à ce que cela se sache. Ceci dit, pourquoi pas? Ce n’est pas comme de se vanter d’une fortune que l’on n’a pas gagnée soi-même, il y avait de quoi être fière et je ne rechigne pas à lui en accorder le bénéfice.
   
   Gertrude Stein avait un caractère bien affirmé que l’on appréciait ou non, mais elle avait aussi un Salon par où sont passés les principales personnalités du monde de l’art du début du 20ème siècle. Ce monde la passionnait et son goût de la nouveauté la porta tout naturellement à soutenir et promouvoir les artistes les plus novateurs et, mieux encore, lui permit de comprendre leur travail. En plus de composer avec sagacité ses propres collections, elle faisait rencontrer artistes et galeristes ou mécènes, et artistes entre eux. On ne peut nier qu’elle jouât un rôle important et qu’elle fut bien au courant de la façon dont l’art de son époque avait évolué. Une amitié de 40 ans l’unit au peintre et elle participa largement à l’établissement de sa réputation et même de son mythe. C’est pour toutes ces raisons que la lecture de cet ouvrage est, comme je le disais, indispensable.
   
   Elle nous présente Picasso dès son arrivée à Paris et nous fait suivre les périodes successives qu’il traversa jusqu’en 1937 où elle met abruptement un terme à son récit :  «Ici est la fin de cette histoire, pas la fin de son histoire; mais la fin de cette histoire de son histoire.»
   
   Mais autant, tout au long de cet ouvrage elle trace avec précision son parcours artistique, autant elle ne jette pas le moindre regard sur la vie privée au sens le plus large, dont elle n’ignorait pourtant rien. Elle ne nous révèle rien non plus des dessous de ce monde dont elle savait tout. Elle ne s’intéresse qu’à sa peinture dans sa version officielle. Je trouve que cette impasse sur tout ce qui est en dehors du mythe Picasso qu'elle aidait ainsi à renforcer est un défaut notable du livre. En lisant cet ouvrage d'une de ses proches, j'espérais une approche plus authentique et plus humaine du maître.
   
   Elle a l’occasion de parler du portrait qu’il fit d’elle (qui se trouve maintenant à New York*) et qui, bien qu’il ait été si difficile à mener à terme (ce qui est connu mais qu’elle ne mentionne même pas), les satisfaisait tous deux alors même qu’il plongeait leur entourage dans la perplexité.
   
   Cette biographie d’un de ses inventeurs est pour G. Stein l’occasion de faire état de ses réflexions sur le cubisme, et elles sont intéressantes. Elle affiche une compréhension certaine de ce qui se passait alors en peinture. Elle admira, et sans doute en majeure partie comprit, tout ce que fit Picasso.  «La peinture, il était né sachant tout d’elle.»
   
   L’écriture de ce texte, par contre, m’a parue sans grâce ni élégance, ne dépassant pas le niveau d’un simple outil de communication, avec des "sautes" du temps de la narration (passé-présent) parfois étonnantes. Mais, même si je le regrette, c'était là un choix volontaire de G. Stein. Par contre, le style de litanies et de répétitions que l'ancêtre de Marguerite Duras crut parfois bon d'utiliser nous est ici épargné.
   
   
   Pour finir, par le cubisme :
   "… rendre les choses vues, non pas comme on les connait, mais comme elles sont quand on les voit sans les regarder avec réflexion. " (30)
   
   "… exprimer l’être humain dans la composition à laquelle il était arrivé, les traits vus séparément existaient séparément, et en même temps c’était tout un tableau. " (45)

   
   
   
   * Il ne faut pas oublier que Gertrude Stein était américaine et qu'elle favorisa largement la vente des œuvres de Picasso outre Atlantique. Grâce à elle, alors même que l'on peinait encore à les vendre en France, de solides collections commençaient à se créer à New York.

critique par Sibylline




* * *