Lecture / Ecriture
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Jaime Bunda, agent secret de Pepetela

Pepetela
  Jaime Bunda, agent secret

Pseudonyme littéraire d'Artur Pestana né en Angola en 1941. Il écrit en portugais et il a obtenu le Prix Camões en 1997.

Jaime Bunda, agent secret - Pepetela

Un Polar angolais
Note :

   Comme pour atténuer l'enthousiasme ambiant pour le polar polaire, voici un polar angolais! L'auteur en est Pepetela. Ne riez pas! Bien sûr, c'est un pseudonyme. De son vrai nom Artur Pestana, ce natif de Benguela a déjà publié une pile de romans. Sa formation de sociologue n'est sans doute pas étrangère à la façon dont il dissèque dans cette parodie de polar la société angolaise d'aujourd'hui issue d'une génération de guerre civile et de régime marxiste.
   
   • Jaime Bunda, alias Popotin, a été admis comme stagiaire dans le service, par protection de son cousin le DO — le directeur opérationnel de la police des polices, le SIG qui dépend du Bunker, siège des services secrets. Depuis deux ans, Popotin n'y fait que de la figuration, son vaste postérieur et son bel appétit pour la cuisine locale provoquant quelques sourires. Et puis arrive le jour où on le charge de faire avancer l'enquête sur le viol et le meurtre d'une gamine de quatorze ans, Catarina Kiela, prise en stop par le conducteur d'une grosse voiture noire, le jour de l'Indépendance. Avec Jaime Bunda à la manœuvre, l'enquête sur ce crime va complètement piétiner, mais, contre toute attente, aboutir à la chute d'un réseau de dangereux trafiquants. Plus que dans l'intrigue policière, l'intérêt réside dans la description des personnages et des mœurs locales.
   
   • Jaime Bunda et ses collègues (Land Rover, Chipe-Chorizo, etc) sont sur la piste de plusieurs suspects. Saïd le trafiquant Libanais est entré illégalement dans le pays en compagnie de la séduisante Malika dont la carrière de danseuse orientale est en panne. Dès l'aéroport, ils ont été en contact avec T., une huile proche du pouvoir qui se présente aux nouveaux venus sous le nom d'Ezéquiel, surnommé "le pagre fumé" par Malika: c'est un trop gros poisson pour le jeune enquêteur! Ezéquiel a adopté Tozé le fils d'un combattant de la guerre d'indépendance. Saïd Benchérif, qui recherche une protection locale au cas où ses affaires tourneraient mal, a prévu de pousser Malika dans les bras d'Ezéquiel or c'est le jeune Tozé que Malika séduit en secret des autres. Tandis que les policiers surveillent aussi un commerçant sénégalais, Boubacar, Jaime Bunda et son chef le DO ont-ils raison de s'entêter à soupçonner Ezéquiel d'être responsable du trafic illégal et du viol?
   
   • Ces filatures, ajoutées aux déboires sentimentaux de Jaime Popotin, nous amènent à parcourir Luanda en tous sens: l'île, le port, les plages, les bidonvilles, aussi bien que la ville haute où siège le pouvoir. Tandis que la corruption règne, grande et petite, nous voyons des gamins qui ne sont pas scolarisés, des jeunes diplômés au chômage, des fils de famille revenus sans diplôme de séjours universitaires à l'étranger payés par des bourses qu'ils ne méritaient pas. Le trafic de diamants — la "kamanga" — enrichit trafiquants et généraux et les belles voitures noires aux vitres fumées prolifèrent sur une voirie défoncée. Le "kimbanda", sorcier ou devin, est consulté même par des gens haut placés. Le pouvoir des chefs traditionnels n'est pas encore oublié, tandis que les souvenirs plus récents du régime communiste, celui du MPLA, partent en lambeaux, même dans les bureaux de la police où l'on conserve la bonne habitude de surveiller la presse, quitte à prendre des pincettes pour en tourner les pages. Et nationalisme oblige, on cherche via Interpol à mettre sur le dos de l'étranger le complot déjoué par Jaime Bunda.
   
   • Une lecture à savourer, sans se prendre la tête dans le déroulement de l'intrigue. L'auteur et le narrateur n'hésitent d'ailleurs pas à adresser de temps à autre un clin d'œil au lecteur et à pratiquer l'autodérision. Ce roman est un hommage à la littérature policière, à commencer par Dashiel Hammett à qui Jaime Popotin ne perd pas une occasion de faire référence.

critique par Mapero




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