Lecture / Ecriture
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Mère disparue de Joyce Carol Oates

Joyce Carol Oates
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  Johnny Blues
  Viol. Une histoire d’amour
  Les chutes
  La fille tatouée
  Je vous emmène
  Délicieuses pourritures
  Hantises
  Zombi
  Blonde
  Nous étions les Mulvaney
  Eux
  Fille noire, fille blanche
  La Fille du fossoyeur
  Reflets en eau trouble
  Mère disparue
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  Solstice
  Confessions d’un gang de filles
  Journal 1973 - 1982
  Vous ne me connaissez pas
  Les mystères de Winterthurn
  Les Femelles
  Petit oiseau du ciel
  Bellefleur
  Marya, une vie
  Le Musée du Dr Moses
  Mudwoman
  Le Mystérieux Mr Kidder
  Carthage
  Terres amères
  Sacrifice
  Paysage perdu
  Valet de pique
  Le triomphe du singe-araignée

Joyce Carol Oates est une poétesse et romancière américaine née le 16 juin 1938 à Lockport (État de New York).

Joyce Carol Oates a commencé à écrire dès l'âge de quatorze ans.

Elle enseigne la littérature à l'université de Princeton où elle vit avec son époux qui dirige une revue littéraire, la Ontario Review.

Depuis 1964, elle publie des romans, des essais, des nouvelles et de la poésie. Au total plus de soixante-dix titres. Elle a aussi écrit plusieurs romans policiers sous les pseudonymes de
Rosamond Smith et de Lauren Kelly. Elle s'intéresse aussi à la boxe.

Son roman "Blonde" inspiré de la vie de Marilyn Monroe est publié pratiquement dans le monde entier et lui a valu les éloges unanimes de la critique internationale. Elle a figuré deux fois parmi les finalistes du Prix Nobel de littérature."
(Wikipedia)

Mère disparue - Joyce Carol Oates

Deuil difficile
Note :

   Titre original: Missing Mom, 2005
    
   L’auteur a placé en exergue «En souvenir de Carolina Oates» (1916-2003) qui fut probablement la propre mère de l’auteur.
    
   La mère du récit Gwendolyn Eaton, (que l’on surnomme «Gwen» et aussi «Plume») organise son propre repas de fête des mère le 4 mai 2004, auquel sont conviées ses deux filles Nikki la narratrice, et Clare son aînée, accompagnée de son mari et de ses deux enfants. Il y a beaucoup d’autres invités, des vieilles tantes, un soupirant de Gwen, une amie de longue date, un révérend, et même un employé venu ce matin pour exterminer les fourmis rouges dans la maison.
   La maison de Gwen, c’est un peu la maison du Bon Dieu, elle cultive une quantité appréciable de relations diverses, nouées lors d’occupations variées: piscine, cours de loisirs créatifs, bénévolats divers, à la bibliothèque, à l’hôpital, à l’église car elle s’occupe de la réinsertion de délinquants avec l’aide du prêtre de la paroisse.
   Dans l’ensemble, des personnes que Nikki supporte difficilement. Sa sœur mariée, embourgeoisée, la vieille amie hypocondriaque, le prêtre assommant, le soupirant ridicule…
   Nikki a 31 ans, 25 de moins que sa mère; elle se considère comme une rebelle, mais cette différence consiste surtout à se vêtir en punk et à en adopter la coiffure, à entretenir une liaison avec un homme marié, à ne pas avoir d’enfant, à être journaliste pour une revue Underground pour laquelle elle interviewe des chanteurs de blues et rock. Rien de bien extraordinaire à nos yeux mais nous sommes dans la petite ville de Mont Ephraïm dans l’état de New-York, une petite bourgade pleine de préjugés d’un autre âge, comme on a déjà pu le constater dans «Nous étions les Mulvaney».
    
   C’était  la dernière fois que Nikki voyait sa mère; cette dernière va se faire assassiner une semaine plus tard, par un repris de justice dont elle s’occupait plus ou moins, à qui elle confiait de petits travaux. Nikki et sa sœur l’avaient déjà chassé, mais ni Gwen, ni le prêtre de la paroisse qui aidait aussi à sa réinsertion ne l’avaient perçu comme dangereux.
    
   L’action dure un an et consiste pour Nikki à vivre sans sa mère, à survivre au choc (c’est elle qui a trouvé le corps), à «faire le deuil» comme on dit souvent. Sauf que le récit s’achève sur es mots «Ainsi s’acheva la première année où ma mère me manqua», ce qui laisse prévoir un deuil interminable. Nikki n’ayant pas d’attaches familiales contrairement à sa sœur, et un emploi «à domicile»qui lui laisse du temps, c’est à elle que revient de s’occuper des affaires de sa mère, de s’en rapprocher, de réfléchir sur le passé de sa mère, sur sa relation avec elle.
   Elle s’installe dans la maison de sa mère, et s’adonne à certaines de ses activités, notamment apprendre ses recettes de cuisine, fréquenter ses relations, fouiller dans son passé: elle n’y trouvera rien de très surprenant, mais tout de même une sorte de réponse au fait que sa mère se soit montrée bien trop charitable et même imprudente... Comment a-t-elle pu ne pas vouloir s’apercevoir que l’individu était dangereux?
   Par- delà cette introspection bienvenue, on peut s’inquiéter que la mère disparue devienne de plus en plus omniprésente. Le fait que la mort de Gwen ait été particulièrement tragique, aide à ce renforcement de liens.
   L’inspecteur qui s’occupe de l’enquête lui promet «après le procès, votre vie recommencera».
   Ce n’est pas mon avis! Après le procès, Nikki se rapproche encore plus étroitement de sa mère, au point de partir avec son nouvel amant au lieu même où se propres parents allèrent en voyage de noces. Heureusement aucun mariage ne semble se profiler à l’horizon!
    
   Le roman comprend cinq parties divisées chacune en plusieurs chapitres titrés au moyen de bribes de phrases ou simples répliques, questions, mouvements d’humeur, exclamations… tout comme la narration qui est pleine de vivacité, à fleur de peau, manifestations de langage familier, dialogues enlevés, avec des passages plus classiques. Bien des scènes sont extrêmement vivantes et bien rendues. La découverte du corps par Nikki est un passage remarquable; toutes les scènes avec le vieux chat de sa mère, l’amie farfelue et hypocondriaques, les essais de cuisine sont fort bons.
   Mais j’ai passé des pages! Parce que les problèmes sentimentaux de Nikki, qui tiennent beaucoup de place sont extrêmement ennuyeux. On est peut-être déçu aussi que les principaux personnages (Nikki et feu sa mère) n’aient pas changé à la fin du roman.
   ↓

critique par Jehanne




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Manque d'émotion
Note :

   Joyce Carol Oates a écrit ce roman "Mère disparue" en pensant à sa mère décédée en 2003, si j'en juge par la dédicace du livre... Il ne s'agit pas, cependant, d'une autobiographie mais d'une œuvre entièrement fictionnelle puisque l'écrivain imagine comment l'héroïne de son roman, Nikki, après une soirée de fête des mères ratée, retrouve sa mère morte quelques jours plus tard, sauvagement assassinée. Le livre n'est pas non plus un roman policier. Le lieutenant Ross Stabane retrouve tout de suite le meurtrier et clôt l'enquête.
   
   Et pourtant, il y a enquête! Celle que Nikki va mener auprès des amis de sa mère, "l'hypocondriaque" Alice Proxmire,"le distingué" Gilbert Wexley, "la sévère" tante Tabitha, pour apprendre qui était véritablement Gwen Eaton que ses amis avaient surnommée "Plume" et qui cherchait désespérément à rendre les gens heureux autour d'elle faute de pouvoir l'être vraiment elle-même. Au cours de cette recherche la personnalité de Nikki va évoluer ainsi que ses sentiments.
   Au début de "Mère disparue", Carol Joyce Oates s'adresse directement à chacun d'entre nous en ces termes : "Je raconte ici comment ma mère me manque. Un jour, d'une façon qui ne sera qu'à vous, ce sera aussi votre histoire." J'ai pensé, à la lecture de ces lignes, que ce livre allait beaucoup me toucher ... et puis non! Il se lit, pourtant, avec intérêt.
   
   En effet, il présente les qualités que j'ai rencontrées au cours de mes lectures de Joyce Carol Oates. Celle-ci excelle dans la peinture des relations humaines et de ses ambiguïtés, des rancœurs, et des blessures qui ne peuvent se refermer. Les rapports, par exemple entre les deux sœurs, Nikki et Clare Eaton, la jalousie qu'elles éprouvent l'une envers l'autre, l'attrait-répulsion voire le manque d'amour et d'affinités sont décrits avec beaucoup de finesse, de même que ceux plutôt équivoques entre Nikki et son beau-frère, Rob Chisholm.
   
   J'aime beaucoup aussi, comment sans avoir l'air d'y toucher, l'écrivain sait faire comprendre la hiérarchie des rapports sociaux, le sentiment de supériorité éprouvé par une certaine bourgeoisie envers les classes dites inférieures, les non-dits au sein d'une même famille. Par exemple la condescendance feutrée manifestée à la si "gentille" et si "petite" Plume qui fut dans les années 60 "une pom pom girl fadement mignonne", comme des "milliers- des millions?- d'autres jeunes filles instantanément reconnaissables pour des américains de la classe moyenne par tout non-américain".
   
   Peu à peu se dessine aussi le portrait du père mort des années auparavant et c'est là, une fois encore, une des grandes forces de l'écrivain, celle de faire découvrir de manière allusive la relation entre Gwen et son mari, de faire revivre par petites touches impressionnistes cet homme silencieux, coléreux, imbu de lui-même, représentant l'autorité, et qu'il valait mieux ne pas taquiner, le père impatient et exaspéré par ses enfants, le mari amoureux de sa femme mais méprisant la famille modeste de celle-ci, les Kovach.
   
   Par contre j'ai moins aimé le personnage de Nikki qui, contrairement à Ariah dans "Les Chutes", est finalement peu intéressante. Superficielle, égocentrique, préoccupée uniquement de son pouvoir sur les hommes, et de son apparence, elle est sensée changer après la terrible épreuve qu'elle a vécue. Or, son évolution me paraît peu convaincante et profonde. Joyce Oates m'a paru plus inspiré à d'autres moments, pour d'autres personnages.
   
   Enfin, et c'est ce qui explique une relative déception à la lecture de ce livre, l'auteur nous avait annoncé un roman sur le manque et je m'attendais à une réflexion sur la mort, sur le vide, sur les rapports mère-fille, sur l'amour maternel et filial ... Bien sûr, il est question de tout cela dans ce roman mais le fait d'avoir imaginé ce meurtre donne un côté anecdotique au récit. C'est pourquoi j'ai ressenti un manque de profondeur comme si ce n'était pas et ne pouvait pas être mon histoire. Peut-être est-ce pour cela que je n'ai pas été vraiment touchée par ce roman?

critique par Claudialucia




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