Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Lorenzaccio de Alfred de Musset

Alfred de Musset
  Emmeline - Croisilles
  Lorenzaccio
  Le chandelier
  On ne badine pas avec l'amour

Alfred de Musset est un poète et dramaturge français né en 1810 et décédé en 1857.

Lorenzaccio - Alfred de Musset

Injouable ? Alors, lisez-la !
Note :

   Le théâtre est un art vivant, et rien ne vaut la scène pour découvrir toute la richesse des œuvres du genre. Mais lorsque l'auteur a décidé d'écrire des pièces de théâtre en faisant tout, ou presque, pour qu'elles ne soient pas jouées, le spectateur est fort marri, et doit donc se rabattre sur le livre pour découvrir l'intégralité de l'œuvre. Musset s'est spécialisé dans les pièces de salon (ou théâtre dans un fauteuil), trop complexes à monter au début du XIXeme siècle, car comprenant trop de tableaux différents, ou trop de personnages. "Lorenzaccio" est l'archétype de ce type de pièce, et si elle est parfois jouée, elle ne l'est que de manière tronquée, car l'ensemble dure près de six heures, avec de nombreux changements de décors (à chaque scène, en fait). Mais venons-en au texte, et à l'intrigue.
   
   Florence est dominée, au début du XVe Siècle, par les Médicis. Alexandre est au pouvoir, mais des familles rivales, comme les Strozzi ou les Pazzi, souhaitent renverser le régime pour instaurer la République. Le Duc est un homme à femme et un adepte de la débauche, sexuelle ou de boisson. Souvent accompagné dans ses orgies par Lorenzaccio, son cousin éloigné en qui il a une confiance aveugle, il ne voit pas que la ville gronde et que son pire ennemi est à ses côtés. Mais la mort du Duc est malheureusement inutile, car les républicains, pleutres, refusent de prendre le pouvoir par la force. Les Médicis conservent le trône, et le sacrifice de Lorenzo est inutile.
   
   "Lorenzaccio" est ce qu'on appelle une pièce dense. L'unité de lieu, d'action et de temps est bien révolue, puisque chaque scène transporte le spectateur d'un lieu à un autre: la rue, le palais du Duc, la chambre de Lorenzo ou les rues de Venise. Pour les actions, il y a bien entendu l'assassinat du Duc par Lorenzaccio, qui se fait passer pour sa tante, mais on suit également les désarrois de la famille Strozzi, dont la fille Louise meurt empoisonnée (sur scène, mais où est donc passée la bienséance?) et dont le fils aîné tente de mener les bannis contre les Médicis. Et il y a les intrigues de la famille Cibo, avec la marquise qui a une liaison avec le Duc, et le cardinal, son beau-frère, qui tente de faire jouer ses réseaux.
   
   Pièce dense, difficile à monter, et qui est bourrée de références. Musset n'a pas lésiné sur les connotations mythologiques, sur les citations d'auteurs latins ou italiens (comme Pétrarque), qu'il aimait sûrement personnellement. Ce rapport constant au passé, dans une pièce elle-même historique, est saisissant. Pièce historique, car elle se passe à Florence au temps des Médicis, mais qu'il ne faut pas prendre pour argent comptant: les travestissements de la réalité sont nombreux, certains involontaires, d'autres conscients et apportant une dimension dramatique supplémentaire (comme la mort de la mère de Lorenzaccio, qui ne se remet pas du fait que le Duc ait jeté son dévolu sur sa sœur).
   
   Ecrite en 1834, en pleine période romantique, "Lorenzaccio" est une exaltation de l'engagement, mais d'un engagement qui doit aller au bout de ses convictions. C'est parce que les républicains, et Philippe Strozzi au premier chef, refusent de prendre les armes que Lorenzaccio agit vainement. Seul, il ne peut rien. Ensemble, ils auraient pu faire tomber les Médicis. C'est en tous cas l'un des éléments principaux que je retiens de cette lecture de l'œuvre de théâtre la plus ambitieuse de Musset. A découvrir ou re-découvrir!

critique par Yohan




* * *