Lecture / Ecriture
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La bataille de Patrick Rambaud

Patrick Rambaud
  L'idiot du village : Fantaisie romanesque
  Chronique du règne de Nicolas 1er
  Troisième chronique du règne de Nicolas Ier
  La bataille
  Deuxième chronique du règne de Nicolas Ier
  Quatrième chronique du règne de Nicolas Ier
  Cinquième chronique du règne de Nicolas Ier
  Tombeau de Nicolas Ier et avènement de François IV
  Le Maître

Patrick Rambaud, né à Paris le 21 avril 19461 est un écrivain français né en 1946.
Il a obtenu, en 1997, le Prix Goncourt ainsi que le Grand prix du roman de l'Académie française pour "La Bataille".
Il a été élu membre de l'Académie Goncourt en 2008

La bataille - Patrick Rambaud

Quelle bataille? Mais Essling, bien sûr!!
Note :

   Voici un Prix Goncourt (1997) particulièrement mérité.
   
   Ecrit dans une langue solide, riche, héritière d’une belle tradition classique et romantique, ce roman subjugue immédiatement. Particulièrement si, comme moi, vous êtes amateur d’histoire et encore plus (ce qui est mon cas), passionné par l’épopée Napoléonienne.
   
   Nous voici aux portes de Vienne en 1809. L’armée impériale, épuisée par la défaite espagnole, affamée par le blocus anglais, occupe la capitale de l’empire austro-hongrois. Une armée qui a perdu de son lustre, habillée souvent des dépouilles des soldats ennemis tombés sous les boulets ou les baïonnettes. Une armée formée pour l’essentiel de jeunes soldats qui doutent et manquent d’expérience.
   Mais une armée tenue solidement par l’Empereur qui la fait vibrer par ce même magnétisme qui est le propre des grands hommes militaires et politiques. Un empereur qui a su s’entourer d’hommes de confiance qu’il a faits généraux ou maréchaux de France et qui lui doivent richesse, gloire, fortune, maîtresses…
   Cependant, l’archiduc d’Autriche entend prendre une revanche après la bataille d’Austerlitz. C’est à Essling, aux portes de Vienne, qu’une bataille essentielle va se jouer. Une bataille d’une férocité sans pareille qui laissera morts plus de quarante mille hommes au bout de deux jours d’une intensité démentielle. Une bataille qui en annoncera une autre, un mois plus tard, à Wagram.
   
   Avec un luxe de détails historiques incroyable, une précision absolue, Patrick Rambaud nous plonge au cœur des évènements. Nous sommes tour à tour cuirassiers, hommes d’infanterie, artilleurs ou grenadiers. Nous vivons et mourrons en héros, déchiquetés par les boulets, éventrés lors de corps à corps où tous les coups sont permis surtout quand les munitions manquent.
   
   L’une des grandes réussites de ce roman est de nous montrer les doutes qui s’emparent du commandement militaire à la tête d’une armée qui n’a plus le lustre d’antan. Doutes augmentés par la supériorité numérique de l’ennemi, par sa capacité à retarder l’acheminement des renforts attendus de l’armée d’Italie.
   Mais la dévotion, le sens du sacrifice, la volonté de se comporter en héros feront la différence face à l’Archiduc qui hésite sur la conduite à tenir et qui est ébranlé par une armée impériale qui se bat jusqu’à son dernier souffle et qui lui inflige des pertes incalculables.
   L’Empereur finira par l’emporter de justesse, sans nette victoire, au bord lui-même de l’implosion, acculé avec les restes d’une armée affamée, mutilée et ravagée dans une île au milieu du Danube.
   
   Grâce au mélange superbement équilibré de personnages historiques dont beaucoup y laisseront la vie et de quelques personnages de fiction très représentatifs des hommes de base de cette armée en fin de règne, Patrick Rambaud réussit un tour de force remarquable.
   Tout amateur de belles lettres et/ou de romans historiques se doit de lire ce roman complété de notes historiques très documentées.
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critique par Cetalir




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Balzac ou Rambaud
Note :

   Balzac s'était promis d'écrire cette bataille napoléonienne, ses trop nombreux projets l'en ont empêché:
   "Là j'entreprends de vous initier à toutes les horreurs, à toutes les beautés d'un champ de bataille; ma bataille, c'est Essling. Essling avec toutes ses conséquences. Il faut que, dans son fauteuil, un homme froid voie la campagne, les accidents de terrain, les masses d'hommes, les événements stratégiques, le Danube,... ; vous lirez à travers la fumée, et, le livre fermé, vous devez avoir tout vu intuitivement et vous rappeler la bataille comme si vous y aviez assisté."

   Ce que promettait Honoré, reconnaissons que Patrick Rambaud l'a totalement réussi.
   
   Au départ peu intéressé par les romans historiques, encore moins par les expéditions guerrières impériales de Bonaparte, ce livre n'avait aucune chance de me satisfaire. Néanmoins j'étais curieux de ce qu'étaient ces batailles-là, avec des chevaux, des sabres et des boulets. L'auteur s'appuie sur une multitude de sources historiques (décrites en appendice du roman) pour dresser le vaste tableau de cette empoignade de trente heures. Il fait revivre devant nos yeux Napoléon et ses généraux, grognards et uhlans, uniformes, couleurs et horreurs, mais aussi quelques célébrités telles que l'étonnant peintre et alors colonel Louis François Lejeune, ainsi que le tiède soldat Henri Beyle, pas encore Stendhal. La part de fiction semble limitée; je cite Rambaud dans ses notes :
   "Un roman historique, c'est la mise en scène de faits réels. Pour cela, à côté des maréchaux et de l'Empereur, j'ai dû placer des personnages imaginaires; ces derniers participent au rythme et aident à la reconstitution. J'ai inventé le moins possible, mais il fallait souvent partir d'une indication ou d'une phrase pour développer une scène entière.
   Un historien, disait Alexandre Dumas, défend son point de vue et choisit les héros qui servent sa démonstration. Il ajoutait que seul le romancier est impartial : il ne juge pas, il montre."
   

   La bataille d'Essling (45.000 morts) est le match nul qui a précédé de presque deux mois la victoire française de Wagram sur les Autrichiens. Napoléon y a été contraint de se replier suite aux difficultés pour amener des renforts par les ponts jetés sur le Danube.
   
   Le roman a obtenu en 1987 le Prix Goncourt et le Grand Prix du roman de l'Académie française. Un beau travail de reconstitution.

critique par Christw




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