Lecture / Ecriture
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Journaux de Stefan Zweig

Stefan Zweig
  Le joueur d'échecs
  Amok
  Wondrak
  Marie-Antoinette
  Vingt-quatre heures de la vie d'une femme
  Lettre d’une inconnue
  Le voyage dans le passé
  La Confusion des sentiments
  Brûlant secret
  Un soupçon légitime
  Conscience contre violence
  Le Monde d’hier
  Journaux
  Clarissa
  Un mariage à Lyon
  La peur
  Erasme
  Les très riches heures de l’humanité
  Destruction d'un cœur
  Nietzsche
  Le Chandelier enterré
  Romain Rolland / Stefan Zweig : Correspondance 1910-1919

Stefan Zweig est un écrivain, dramaturge, journaliste et biographe autrichien né en 1881 à Vienne en Autriche-Hongrie, il s'est suicidé avec son épouse en 1942, au Brésil.

Journaux - Stefan Zweig

Une vie
Note :

   C'est parce que je lisais les nouvelles de Stefan Zweig sans déplaisir, mais sans parvenir non plus à me laisser vraiment séduire que j'ai décidé de lire ses journaux intimes de 1912 à 1940. J'espérais ainsi le connaître mieux, le comprendre mieux et mieux l'apprécier. Cet ouvrage regroupe 11 journaux, carnets et notes car S. Zweig a, à partir de 1912, tenu son journal de façon irrégulière, avec des interruptions longues ou brèves.
   
   Les premiers journaux ne sont à mon goût pas les plus intéressants. On y voit un Zweig coureur de femmes qui accumule les "épisodes" sans y mettre rien de son cœur ce qui ne peut qu'étonner chez un tel peintre de l'âme, et regrette régulièrement de "n'avoir pas assez travaillé". Puis viennent les premiers journaux de guerre. Au début, S. Zweig ne peut s'empêcher d'être pro allemand et belliciste. Cela n'est pas sans intérêt documentaire pour quelqu'un qui, comme moi, a toujours entendu raconter ces évènements depuis l'autre bord. Il se réjouit des victoires allemandes, se désole des revers et espère une réussite rapide. Il vitupère l'Italie qui se tourne contre eux et se fâche fort contre Emile Verhaeren qu'il admirait tant avant guerre, celui-ci souffrant du même syndrome inversé. Heureusement, Romain Rolland, le vrai Honnête Homme de ces années noires sait, par son influence, aider à s'élever au-dessus de la mêlée et à garder la tête hors du bourbier du bellicisme. Ralliant à ses idées Zweig dont les poussées nationalistes allèrent en s'atténuant pour finir par disparaître tout à fait.
   "Et tout ça pour «la Patrie», comme si une femme et quatre enfants ne constituaient pas plus une patrie que toutes les frontières et les langues du monde! Ah, ils sont rares ceux qui comprennent cela, combien la plupart sont déformés par l'éducation!"
   En dehors de cette évolution de sa vision des choses, les premiers journaux de guerre offrent surtout une succession de dates, victoires, défaites et mouvements de troupes qui ne m'a pas franchement passionnée. A noter toutefois le saisissant contraste entre un front de boucherie infernale et un "arrière" préoccupé de ses plaisirs et distractions. On notait le même abîme en France.
   De tout cela, la conclusion lui apparaît:
   "Curieux, comme nous tombons d'accord dans tous nos jugements (Dehmel, Rolland): avec certains esprits d'élite, je n'ai plus jamais de différend. Apparemment, quand on a atteint une certaine hauteur morale, tous perçoivent la même évidence." (259)
   
   J'avais lu il y a peu Thomas Bernhard exprimer longuement tout le mal qu'il pensait de ses compatriotes autrichiens, j'ai eu la surprise et l'amusement de voir Zweig exprimer un peu les mêmes sentiments sur ce sujet.
   "Tous les Autrichiens deviennent des Allemands ces jours-ci, on se sent frustré et l'on est ébahi d'appartenir à ce peuple indolent." (93)
   
   "Toute la crétinerie de notre administration, cet éternel archaïsme de notre censure prend, à la lumière de cette absurdité, un relief terrible." (101)
   
   "Premier signe de l'état d'esprit autrichien: la perte de temps érigée au rang de système." (120)
   
   "Nous sommes le seul pays européen sans parlement, nous vivons pratiquement en état d'esclavage sans qu'on aperçoive quelque part trace de rébellion." (140)

   Les Autrichiens ne s'aiment pas, semble-t-il... ou alors ils ont un problème avec leurs écrivains.
   
   Puis, la guerre se termine et ses journaux se mettent à parler de son travail et de ses rencontres, et donc, à devenir plus intéressants. Mais hélas, nous y verrons bientôt réapparaitre le spectre de la guerre alors que Zweig est installé en Angleterre. On assiste à la poussée difficilement imaginable aujourd'hui de haine de l'Allemand qui transformait en brimades perpétuelles la vie des Allemands même réfugiés en Grande Bretagne. (Il faut se rendre compte qu'à l'époque, si vous aviez un teckel, vous ne pouviez plus vous permettre de le promener dans la rue car les gens crachaient dessus quand ils ne lui donnaient pas des coups de pied, le teckel étant une race allemande... ) On retournait au point zéro de la pensée et Stefan Zweig ne se sentait pas capable de l'affronter à nouveau. Depuis longtemps déjà , l'évocation, pour ses personnages ou autres, de la possibilité de la sortie-suicide par poison se multiplie dans ses écrits...

critique par Sibylline




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