Lecture / Ecriture
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Le jaguar sur les toits de François Arango

François Arango
  Le jaguar sur les toits

Le jaguar sur les toits - François Arango

Pour Huitzilopochtli?
Note :

   1996, Mexico, un homme d'affaires mexicain, responsable d'un laboratoire pharmaceutique disparaît. Quelques jours plus tard, sa famille reçoit son cœur dans un paquet, probablement arraché de sa poitrine selon un vieux rite aztèque. Alexandre Gardel, journaliste français est détaché par son journal pour suivre cette affaire. Il faut préciser qu'il est l'auteur d'un livre: Racines mythologiques et religieuses des crimes rituels, ce qui fait de lui un spécialiste de ce genre de crimes. Il fera équipe avec le chef de la crim' de la ville, vieux flic bourru, Rodolfo Suarez, et une jeune femme anthropologiste, Catarina Marin. Sur fond de révolte des Indiens, de la corruption des élites mexicaines, de la recherche de la jeunesse éternelle, quelques autres morts viendront émailler l'enquête et la relancer.
   
   Thriller très atypique. Loin d'une construction-type d'un thriller états-unien. Tout d'abord, François Arango part très vite avec la restitution du cœur de la victime à sa famille. Ensuite, il prend le temps de placer le décor: le Mexique, les légendes, traditions aztèques, la révoltes des Indiens extrêmement pauvres et qui agonisent. Tout au long du livre, viennent s'intercaler des paragraphes entiers qui nous racontent tout cela, ce qui fait qu'on est totalement plongé au cœur de ce pays, avec ses habitants. Un contexte magistralement décrit.
   
   Ensuite, l'histoire proprement dite est menée assez vite, mais point trop pour qu'on puisse en comprendre toutes les subtilités. Heureusement d'ailleurs, parce que l'intrigue est fouillée et plutôt maîtrisée: entre pillage des coutumes indiennes, bio-piraterie, trafic de médicaments et bien sûr gros sous, toujours dans les parages.
   
   Enfin, les personnages, l'auteur ne s'arrête pas trop sur les détails croustillants: on sent bien, dès le début que Catarina et Alexandre vont avoir une relation beaucoup plus que professionnelle, mais cela se fait presque naturellement, sans que François Arango ne soit pesant sur le sujet. Par allusions, plus que par phrases directes, on sait le moment où les deux protagonistes passent aux choses sérieuses, physiques, pour être plus direct. Parents, soyez rassurés, pas de sexe dans ce livre!
   
   De même, à part une ou deux descriptions de cadavres ou de mutilations -mais très supportables-, l'hémoglobine ne coule pas à flots continus. Tout le talent de l'auteur est de créer du suspense sans décrire de situations insoutenables. A nous d'imaginer les scènes avec nos propres images, ce qui, de mon avis, est bien plus efficace.
   
   J'ai cependant une petite réserve: la dernière partie n'est à mes yeux pas indispensable. Ces 30 dernières pages expliquent précisément les causes, conséquences et raisons de l'intrigue, avec force détails médicaux, chimiques, hormonaux. Somme toute, ce n'est pas bien grave, parce qu'à ce niveau du livre, l'enquête est bouclée, on a bien compris de quoi il retournait. C'est une espèce d'épilogue redondant que l'on peut passer vite sans rien perdre du bouquin.
   
   Très bon bouquin, bien écrit: les descriptions des personnages sont assez fameuses, par exemple celle de Suarez: "Le petit homme en civil à demi assis sur l'arête de son bureau portait son ventre comme une majesté et un pantalon pratiquement remonté jusqu'au sternum. Une cravate à pois barrait sa chemise avec autant d'incongruité qu'un bandeau Miss Amérique latine. Surtout, un nez vermillon séparait sa fine moustache de son front, un tout petit front planté de cheveux drus et calamistrés. Au milieu, un sourcil broussailleux reliait les deux tempes d'un seul trait. L'exemplaire unique, pensa Gardel, à mi-chemin entre l'homme des cavernes et le sybarite recuit par le mezcal." (p.78) Alors, ça ne fait pas envie de faire sa connaissance? Au moins de l'auteur qui réussit à placer dans une seule phrase "calamistrés" et "sybarite". Chapeau!
   
   Premier roman de François Arango, qui "dans le civil" est chef de service de réanimation dans un hôpital parisien.

critique par Yv




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