Lecture / Ecriture
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La littérature française au présent de Dominique Viart

Dominique Viart
  La littérature française au présent

La littérature française au présent - Dominique Viart, Bruno Vercier

De 1980 à 2008
Note :

    Le Mot de l'éditeur :
   "Comment comprendre la littérature française en train de se faire, celle qui s'écrit aujourd'hui? Depuis les années 1980, quel héritage, quelles ruptures, quelles évolutions connaît-elle? Ne serait-elle pas en train de changer fortement? Comment la connaître? Comment la décrire sans se tromper, sans surévaluer un auteur dont le succès ne durera qu'une saison ou passer à côté d'un autre qui bâtit dans l'ombre l'œuvre de demain? Tel est le pari que relève cet ouvrage: décrire ces nouvelles générations d'écrivains et donner des repères dans ce qui fonde la littérature aujourd'hui.
   Dominique Viart est professeur de Littérature contemporaine à l'Université-Lille III.
   Bruno Vercier a enseigné la littérature à l'Université-Paris III Sorbonne Nouvelle."

   
   
   Ouais, la littérature française contemporaine!
   Pourquoi pas?
   Ce livre mi essai-mi documentaire, concerne la période de 1980 à nos jours, et se divise en deux parties.
   La première «le renouvellement des questions» étudie comment la littérature a survécu à ce que les auteurs appellent le «structuralisme» de la génération précédente.
   
   Ces auteurs qui privilégiaient les analyses formelles, proscrivaient l’autobiographie, la fiction, le personnage (L’être de papier… vous avez peut-être lu "L’ère du Soupçon" de Sarraute?) ont été les premiers à se tourner vers ce qu’ils avaient récusé, Roland Barthes par exemple avec son "Barthe par lui-même".
   
   La fiction se renouvelle en multipliant les «écritures de soi» depuis l’autofiction (un genre qui se déploie dans la dérision de l’autobiographie) jusqu’aux journaux et carnets intimes.
   
   Les auteurs se penchent sur diverses approches de l’écriture volontairement «plate» d’Annie Ernaux, à d’autres choix tels Marguerite Duras et "l’Amant", "le Grand incendie de Londres" de Roubaud, ou encore l’œuvre de Michel Leiris, ou "Enfance" de Sarraute.
   
   Les auteurs notent que l’écriture de soi privilégie comme autrefois le deuil comme expérience limite à mettre en mots, mais que de nombreux auteurs préfèrent dire la mort d’un enfant plutôt que la mort du père. «La mort de l’enfant fit référence, parce qu’elle possède le caractère déterminant du non-accompli.»
   
    Les meilleurs de ces écrivains sont ceux qui ne sombrent pas dans l’autodérision comme Doubrovsky.
   
   On examine ensuite les récits d’histoire particulièrement ceux qui se centrent sur les deux principales guerres mondiales du vingtième siècle. Les auteurs opposent l’écriture sèche et pudique de Modiano à la grande générosité textuelle et métaphorique de Claude Simon.
   
   A la suite des engagements politiques extrémistes des années 60 ou 70 ont succédé des processus d’engagement plus proches du réel: description de la vie en usine, de toute sorte d’existences difficiles, à la recherche d’une démarche raisonnée, proche de l’expérience humaine, sans héroïsme ni personnage d’exception. Sont particulièrement cités François Bon et Leslie Kaplan.
   
   Dans la seconde partie «Évolution des genres, le conflit des esthétiques» , ils prennent en compte les écrivains qui se veulent chroniqueurs de leur temps, avec le risque de devenir simplement médiatiques, de se laisser porter par une masse de symboles extérieurs tenant du cliché.
   
   Les auteurs montrent que le roman traditionnel survit tel quel avec son rayonnement romanesque et ses personnages (Le Clézio, D’Ormesson) et survit aussi sous d’autres formes, dépouillé de toute substance romanesque, des expériences qui peuvent s’avérer originales ou marquées par la dérision. Ici, sont étudiés les auteurs «Minuit». Les lecteurs du blog savent que j’en lis quelques uns (Marie N’Diaye JP Toussaint de temps à autre et Laurent Mauvigniers). Avec plusieurs autres j’ai séché désespérément… toutefois Vercier et Lecarme donnent envie d’essayer Chevillard.
   
   L’étude des écrivains cinéastes, et photographes ne manque pas d’intérêt, non plus que l’article consacré au roman policier, ni le chapitre sur la littérature de voyage.
   
   Les deux derniers chapitres sont consacrés à la poésie et au théâtre.
   
   Bref un inventaire assez complet qui donne envie de lire certains auteurs que je n’ai pas encore lus ( Modiano et Claude Simon déjà cités) ou encore René-Louis des Forêts, et même Amélie Nothomb que nos auteurs réussissent à rendre intéressante. Ils ne m’ont pas convaincus de relire Houellebec ou Angot dont je déplore la présence dans un ouvrage qui pourtant comporte de bonnes analyses.
   
   De bons écrivains volontairement oubliés? Il y en a bien sûr, notamment Nancy Huston, dont l’œuvre s’inscrit très exactement dans cette portion de temps (de 1980 à 2008) et dont les œuvres sont très concernées par les diverses sensibilités ambiantes. Elle a aussi écrit des essais.
   
   Autre auteur «oubliée» que j’aime beaucoup, Chantal Thomas, essayiste (si je n’ai pas chroniqué ses essais j’ai eu tort…) et romancière ("Les Adieux à la reine", dernièrement "le Testament d’olympe").

critique par Jehanne




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