Lecture / Ecriture
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L'été de la vie de John Maxwell Coetzee

John Maxwell Coetzee
  Elisabeth Costello : Eight Lessons
  Michael K. , sa vie, son temps
  Disgrâce
  L'été de la vie
  En attendant les barbares
  L’âge de fer

John Maxwell Coetzee est un écrivain sud-africain de langue anglaise naturalisé australien. Il est né en 1940 au Cap. Il a reçu le Prix Nobel de Littérature en 2003.

L'été de la vie - John Maxwell Coetzee

Jours de Coetzee
Note :

    On sait que Coetzee est une des plus belles plumes qui soient, lauréat Nobel incontestable. Infiniment personnel voici un objet proche de l'autobiographie mais complètement original par sa construction. Après "Scènes de la vie d'un jeune garçon" et "Vers l'âge d'homme" voici le troisième volet de cette entreprise. En fait il y a fiction puisque l'auteur confie la tâche d'un portrait posthume à un universitaire qui accueille et met en forme cinq témoignages qui pourraient se révéler majeurs pour la compréhension de l'homme Coetzee. Tour à tour s'expriment Julia, ancienne maîtresse de John, Margot, sa cousine, Adriana, danseuse brésilienne et mère d'une jeune Maria Régina à qui il a donné des cours d'anglais, Martin, un ancien rival à l'université du Cap, et Sophie une ancienne liaison, collègue en faculté, toujours au Cap. Toutes ces entrevues se déroulent quarante ans après l'époque évoquée, 1972 environ, dans une Afrique du Sud très apartheid mais, plus surprenant, très éclatée avec une individualisation particulière de la région du Cap, sorte d'Afrique du Sud de l'Afrique du Sud.
   
    Bâti ainsi de façon audacieuse le récit peut paraître un peu décousu au premier témoignage puisque Coetzee est mort (dans ce livre) et qu'un tiers se charge d'établir des éléments biographiques. Mais on a vite fait de se passionner tant l'écriture, assez souvent parsemée de termes afrikaans, est troublante, et tant la personnalité de l'homme J. M. Coetzee est complexe. C'est vraiment un euphémisme de dire que l'écrivain n'y apparaît pas comme un héros, un chantre du progrès, un enseignant charismatique, ni même un voisin, ami ou amant agréable. Il semble que les cinq protagonistes aient tous souffert dans leurs rapports avec Coetzee, parfois un peu dérisoires, comiques, parfois désespérants. Ce livre, ne l'oublions pas, a été écrit par un Coetzee bien vivant, dont on peut penser qu'il s'est convoqué pour se mettre sinon en accusation, du moins en question. Je trouve la démarche intéressante bien que n'ayant pas lu les deux premiers livres de cette vaste autobiographie. Quant à "L'été de la vie" on dira de cette auto-enquête qu'elle est trouble, touffue, contradictoire, littérairement très élaborée mais surtout, surtout pas hagiographique. Ne liriez-vous que les auteurs sud-africains, vous auriez déjà un plaisir intense tant le terreau y est fertile.
   
    Rentrée littéraire 2010
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critique par Eeguab




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Autobiographie simili posthume
Note :

   Coetzee se met en scène mort. Un journaliste enquête et veut écrire une biographie partielle de l'auteur célèbre. Nous entendons alors cinq voix et quelques fragments de pensées posthumes du pseudo décédé. L'originalité de ce roman tient dans sa construction, à la fois l'imaginative idée de départ puis la variété des points de vue de l'intérieur. C'est original pour le fond, un auteur sans concession avec lui-même osant une peinture sans couleur de sa propre personne, et dans la forme, accumulations de points de vue et de style pour les exprimer. Bref une lecture étonnante.
   
   Par le prisme de cinq personnes ayant connu le prix Nobel de littérature avant sa réussite littéraire, apparaît un portrait en creux de celui qui écrit. Ces personnes analysent l'homme. Dans ce qu'ils disent, le jugement est-il fiable? Parlent-ils vraiment du Coetzee qui écrit? L'auteur nous met dans l'embarras de savoir ce qu'il a voulu exprimer. Quelle est la part de fiction, celle de réalité? Devant un livre d'une telle construction, nous ne savons presque plus lire. C'est un mélange raffiné d'autobiographie, de mémoires, d'essai ou de roman.
   
   Premier témoin : Julia qui dialogue avec M. Vincent le journaliste, une ex, femme à la recherche d'elle-même au travers d'une infidélité libératrice qu'elle a vécue avec l'anti héros de ce livre. Elle le dépeint sans grande marque d'affection, "ni riche, ni beau garçon, ni séduisant […] pas le moindre sex-appeal. On aurait dit qu'on l'avait traité au brumisateur pour en faire un être asexué, pour le châtrer." P 33. Bien que l'histoire d'amour ait existé, c'est une histoire sans épaisseur pour la témoin, avec quelques moments forts, une histoire par défaut d'une femme qui se cherchait. Raconte-t-elle un vrai Coetzee ou un Coetzee dont elle s'est servi?
   
   Deuxième témoin : Margot, cousine de John, corrige et réagit au récit à la troisième personne que lui soumet le journaliste. Elle raconte un week-end familial dans une région perdue d'Afrique du Sud, le Karoo, lors duquel elle et John se retrouvent, se remémorent un passé commun. C'est le point de vue familial. Un autre regard, bienveillant mais peu flatteur non plus et une scène de panne de voiture dont on se souvient... Là encore, le récit du journaliste annonce la couleur, des dialogues et des précisions ont été ajoutés à l'entretien original.
   
   Troisième témoin : Adrianna, d'origine brésilienne, veuve et mère d'une élève de John, femme qu'il aurait aimé alors que ce n'était pas réciproque. Par un dialogue avec le journaliste, elle raconte son refus de cette relation, Coetzee était un professeur dont elle se méfiait comme de beaucoup d'autres personnes. Une femme au final peu sympathique. Que penser alors de son témoignage?
   
   Quatrième témoin : Martin, un collègue universitaire, et c'est le rapport à l'Afrique du Sud et à l'enseignement qui est évoqué. Encore une fois, la peinture n'est pas avantageuse et l'enseignant que Coetzee était est décrit sans vocation et sans grand talent. C'est aussi l'occasion d'un dialogue qui questionne la justesse d'une biographie qui ne prend que cinq témoignages en considération.
   "Et les sources que vous avez retenues n'ont pas de comptes à régler, pas d'ambition personnelle de prononcer un jugement définitif sur Coetzee?"

   
   Dernier témoin : Sophie, une collègue et relation intime qui refusera dans son entretien de raconter le privé de sa rencontre avec l'auteur connu. La peinture se fait alors plus douce et moins sévère. L'enseignant est compétent et l'amant ne sera pas dénigré.
   
   Tout au long du livre, par certains dialogues, Coetzee nous prévient donc. Son livre est un mélange savant. Après notre mort, quels points de vue seront retenus pour se souvenir de nous? Complexité de la vie jusqu'à la disparition. Complexité de toute biographie.

critique par OB1




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