Lecture / Ecriture
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Ma vie balagan de Marceline Loridan-Ivens

Marceline Loridan-Ivens
  Ma vie balagan
  Et tu n'es pas revenu

Ma vie balagan - Marceline Loridan-Ivens

La petite prairie aux bouleaux
Note :

   "Ce matin, j'ai soixante-dix-huit ans. Huit et sept font quinze. J'ai quinze ans, l'âge du traumatisme. On a toujours l'âge de son traumatisme. Je me sens à la fois, non pas vieille, mais mûre, avec des flambées de jeunesse. J'ai toujours le goût de la vie".
   
   Balagan en hébreu veut dire le bordel, la cata, un peu à l'image de la vie de Marceline Loridan-Ivens, née Rozenberg. Ce livre n'est pas un journal, ni un catalogue de souvenirs bien rangés, mais plutôt une suite de réflexions en désordre, hantée par son passage au camp d'Auschwitz.
   
   J'ai eu l'occasion de rencontrer Marceline Loridan-Ivens à la sortie de son film "la petite prairie aux bouleaux"* et j'avais été frappée par sa forte personnalité, son dynamisme, son enthousiasme, qualités que j'ai retrouvées dans son livre, teintées toutefois d'une souffrance très profondément ancrée.
   
   Elle le dit fréquemment, elle n'est jamais sortie du camp, les cauchemars sont toujours là, pas un jour sans qu'elle y pense à un moment ou un autre, il suffit d'une odeur, d'un geste et elle se rappelle... Il a fallu qu'elle arrive dans sa vieillesse pour saisir à quel point la culture "mitteleuropa" qui a été entièrement détruite par les nazis lui manque. Elle vient de là, sa famille était originaire de Pologne. Marceline a été arrêtée et déportée en même temps que son père, qui lui ne reviendra pas, blessure jamais refermée.
   
   A sa sortie du camp, elle a perdu tout repère, ne peut rien raconter à personne, surtout pas à sa famille et se retrouve comme un chien fou à Saint-Germain-des-Prés, où elle se marie une première fois et commence à s'intéresser au cinéma. Elle est de tous les engagements de l'époque, la guerre d'Algérie, le parti communiste, l'avortement, sans toutefois vraiment intégrer un groupe, elle a besoin de rester libre. Sa vie prend réellement un sens lorsqu'elle rencontre son grand amour, Joris Ivens, un cinéaste de 30 ans plus âgé qu'elle. Elle tournera avec lui sur le 17e parallèle, en pleine guerre du Vietnam, elle ira plusieurs fois en Chine.
   
   Voilà une lecture pas toujours facile, mais nécessaire et enrichissante, sur le parcours personnel d'une femme, malmenée par l'histoire, comme tant d'autres hélas, mais qui n'a jamais baissé les bras. Par ailleurs, la parole de femmes comme elle, ayant vécu le pire, vaut bien des discours et mérite d'être écoutée.
   
   "Joris me manque. Je suis trop vieille pour pouvoir poser ma tête sur une épaule, j'aimerais tellement la poser sur la sienne, ou sur celle de mon père, oui, sur l'épaule de mon père. J'ai peur. J'en ai assez de ces cauchemars de petite fille perdue dans le monde, le monde indifférent, oppressant, violent. La violence subie par le jeune Ilan torturé à mort par le "gang de barbares" me terrifie. Est-ce prémonitoire? Qui pourrait le dire? Il en est, parmi mes proches, qui trouvent les juifs paranoïaques. L'étaient-ils en 1930? Sommes-nous en 1930?".

   
   
   * "La petite prairie aux bouleaux", le film de Marceline Loridan-Ivens est sorti en 2003 et raconte son retour au camp d'Auschwitz. L'interprète principale est Anouk Aimée.

critique par Aifelle




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