Lecture / Ecriture
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La possibilité d'une île de Michel Houellebecq

Michel Houellebecq
  Extension du domaine de la lutte
  La carte et le territoire
  Les particules élémentaires
  La possibilité d'une île
  Rester Vivant - La poursuite du bonheur
  Soumission
  Plateforme
  H. P. Lovecraft - Contre le monde, contre la vie

Michel Houellebecq est le nom de plume de Michel Thomas, écrivain français né en 1956 ou 58 à la Réunion.
Le prix Goncourt lui a été attribué en 2010 pour "La Carte et le Territoire".
Il a reçu le prix de la BnF 2015 pour l’ensemble de son œuvre



* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

La possibilité d'une île - Michel Houellebecq

La fin des religions
Note :

   Daniel 24 puis Daniel 25, deux millénaires après notre ère, commentent le "récit de vie" de leur ancêtre, Daniel 1 qui vit à notre époque. Daniel 24 devient Daniel 25, très simplement, la méthode de clonage permettant de vivre éternellement, d'où les numéros. Ce sont des néo-humains. Les commentaires sont brefs mais éclairent d'un autre point de vue la vie de Daniel 1 qui est le récit plus long, la "diégèse" par laquelle tout a commencé.
   
   Daniel 1 est un comique célèbre et riche profitant au départ de la société de consommation: belles voitures, maison sur la côte Espagnole puis il rencontre les elohimites, sorte de secte - Elohim- qu'on prend encore pour de joyeux illuminés qui préconisent la vie éternelle par un prélèvement d'ADN et dont le "prophète" profite du discours de libération sexuelle pour sauter sur tout ce qui bouge. Dès lors, et après un stage en tant que VIP dans l'île de Lanzarotte, chère à Houellebecq, Daniel se sent attiré par les élohimites. Approchant la cinquantaine, il se sent diminué et a conscience que la société et ses plaisirs ne sont faits que pour les jeunes. De plus se amours contrariées avec la belle Esther le poussent au repli, seul avec son chien Fox.
   
   A travers ces récits, Houellebecq donne une vision à mon sens assez juste de la fin des croyances et plus exactement des religions monothéistes. On sent l'auteur renseigné sur les évolutions en biologie, les phénomènes de société, notamment ce jeunisme, qui relèguent, une fois un certain âge, les vieux après que les enfants les ont copieusement exploités. Car l'enfant, dans la deuxième phase de la politique élohimite est proscrit et le narrateur se plaît ainsi à narrer une campagne publicitaire anti-procréation. Le mouvement de Daniel1 vers sa vie éternelle est suivi dans le futur de celui de Marie 23 vers les humains -appelés alors "sauvages", vivant dans les ruines de l'ancien monde un peu à la manière des primitifs -puis de celui de Daniel 25 vers le monde sensible revisitant les moments clés de la vie Daniel 1 car les néo-humains ne communiquent que par ordinateur comme le msn de nos jours et chaque fois, le narrateur donne un numéro d'IP, ce qui est assez troublant. Leur langage est composé de poèmes plus au moins élaborés renvoyant encore au romantisme prégnant de Daniel 1. Les néo-humains ne souffrent pas au sens humain du terme mais la quête finale de Daniel 25 montre son envie non seulement de comprendre les humains mais aussi d'en éprouver leurs sensations. Quelque part, les personnages se rejoignent dans un futur indéfini.
   
   Ce qui est fascinant chez Houellebecq, c'est son cynisme au regard des "valeurs actuelles". Pour lui les religions vivent leur dernière heure, l'Islam est fondamentalement machiste. Le titres des sketches du comique Daniel 1 (on y fait une allusion à Desproges) sont en ce sens éloquents et d'une infinie provocation: "parachutons des mini-jupes sur la Palestine"; "On préfère les partouzeuses Palestiniennes" etc. Le style adopte ce ton mi-narratif mi-explicatif que lui seul sait utiliser et, si le discours n'est pas toujours très optimiste, l'ouvrage est un grand roman qui traite bien de notre époque. Houellebecq, au contraire de ses confrères écrivains, a une vision du monde qu'on peut ne pas partager mais c'est un des rares à aussi bien rendre compte du présent et de l'avenir proche.
   
   
   Prix Interallié 2005

critique par Mouton Noir




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