Lecture / Ecriture
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Les particules élémentaires de Michel Houellebecq

Michel Houellebecq
  Extension du domaine de la lutte
  La carte et le territoire
  Les particules élémentaires
  La possibilité d'une île
  Rester Vivant - La poursuite du bonheur
  Soumission
  Plateforme
  H. P. Lovecraft - Contre le monde, contre la vie

Michel Houellebecq est le nom de plume de Michel Thomas, écrivain français né en 1956 ou 58 à la Réunion.
Le prix Goncourt lui a été attribué en 2010 pour "La Carte et le Territoire".
Il a reçu le prix de la BnF 2015 pour l’ensemble de son œuvre



* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Les particules élémentaires - Michel Houellebecq

Un Balzac de notre siècle?
Note :

   Prix Novembre
   "Meilleur livre de l'année 1998" du magazine Lire

   
   Deux demi-frères, l’un chercheur en biologie (Michel) et l’autre agrégé de lettres (Bruno), poursuivent chacun leur propre quête. Michel ne vit que par son travail dans un univers casanier, Bruno essaie de «s’accomplir» sexuellement d’aventures en aventures. On passe par l’histoire des deux personnages qui se rencontrent parfois mais ont peu de choses en commun sinon de représenter à titre plus allégorique, l’histoire de l’homme occidental à la fin du XXème siècle.
   
   Houellebecq passe par des narrations oniriques sur les années 70 et la renaissance New Age et, parallèlement aux recherches de Michel, au discours scientifique sur la biochimie, au début du clonage du génome humain, l’origine de la vie: les particules élémentaires.
   
   Le roman est condamné à être une vision non pessimiste du monde mais plutôt d’en être l’acceptation. Les deux personnages féminins, les deux seules amours de Michel (Annabelle) et Bruno (Christiane) finissent tragiquement. Bruno quant à lui, finit à l’asile après être passé à deux doigts de la révocation pour des attouchements sur une de ses élèves.
   
   Michel continuera ses recherches en Irlande (où l’auteur vit actuellement), terre vierge aux cieux tourmentés et changeants, image du monde même. Le narrateur raconte ce livre tantôt comme un traité de sociologie, tantôt comme des souvenirs d’enfance, mais des souvenirs choisis, ceux qui influenceront le reste de la vie des deux demi-frères: Michel et les mathématiques, Bruno et ses premiers flirts. La narration se situe dans les années 2030 après une mutation de l’homme issue des recherches de Michel dans laquelle il est possible de programmer ses désirs et ses passions. C’est donc la deuxième génération humaine qui rend hommage à la première, c’est-à-dire la nôtre.
    Ce livre est dédié à l’homme.
   A l’époque où j’ai lu ce roman (Mai 2000), Houellebecq était un écrivain dont j’avais largement entendu parler par média interposés et qui venait de sortir un CD sous le titre "Présence humaine" (l’homme encore!) .J’avoue avoir eu des a priori sur ces écrivains «mode». Puis, après avoir lu une entrevue dans les Inrockuptibles, le personnage de Houellebecq m’avait paru d’emblée sympathique avec son discours sur le rock et son penchant pour Syd Barrett. J’avais donc décidé de lire ce que je pourrais de lui. Et je ne fus pas déçu. Je fus même rassuré: on peut être moderne et savoir encore faire des romans bien écrits traitant de sujets de notre époque, comme un Balzac de notre siècle. Son goût pour cet écrivain ne m’étonne d’ailleurs pas.
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critique par Mouton Noir




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Détaché de toute école de pensée
Note :

   Ce roman nous donne à suivre, de leur naissance à leur mort, Bruno et Michel qui sont deux demi-frères qui n'ont rien en commun si ce n'est leur mère et une enfance sans amour de leurs parents. Michel s'en tira mieux, élevé par une grand-mère qui le laissa à sa guise se livrer à son goût des sciences et de l'étude, son refuge, son seul centre d’intérêt depuis son jeune âge ; mais Bruno connut un enfer, livré aux pires sévices de ses congénères pendant toutes ses années de pensionnat. Une fois adultes et ayant réussi leurs études (littéraires pour l'un, scientifiques pour l'autre) ils continuent à se voir de loin en loin et le lecteur découvre leurs développements parallèles et si dissemblables. Bruno, qui peine tant à trouver l’amour, est un véritable obsédé sexuel. Toute sa vie est soumise à ses pulsions insatiables et ses frustrations, et ce malgré des dispositions naturelles assez médiocres. Michel qui lui, a immédiatement été aimé avec passion, n'a jamais pu accorder beaucoup d'importance à ce fait. Il continue à ne se soucier que de ses études et du développement de sa pensée. Peut-être l'auteur a-t-il voulu montrer qu'aucun de ce ces deux modes de vie opposés ne permettait d'atteindre le bonheur. Peut-être Bruno et Michel sont-ils les deux faces d'un même homme, complexe, contradictoire et au final malheureux. Leurs relations aux femmes sont différentes mais il est à noter qu'elles ont tout de même en commun de ne les voir dispenser que peu – ou pas- d'amour. Ce sont des hommes qui ne "donnent" pas. Sans méchanceté, la générosité leur est cependant totalement étrangère. Ce sont des hommes sans joie. Des hommes tristes sont sortis de ces enfances tristes. Je ne vais pas me livrer au moindre commentaire psychologique.
   
   Contemporains de l'auteur à quelques années près, leurs traversées de l'existence sont l'occasion de l'observation de ce vingtième siècle qui vit vraiment un tournant dans l'histoire de la pensée humaine, et pour commencer, l'écroulement de tout le système de valeurs des siècles précédents. M. Houellebecq poussera même cette évolution à sa conséquence la plus extrême, ce qui n'est pas le moindre charme de l'ouvrage lui-même écrit et publié dans les dernières années de millénaire. Mais avant d'en arriver là, il aura su bien nous résumer les décennies précédentes, et son regard sur cette époque que nous connaissons tous n'est ni anodin ni dénué d’intérêt. Il aborde tous les points importants : amour, famille, couple, religion, politique etc. d'un avis absolument détaché de toute école de pensée et qui ne peut de ce fait, qu'intéresser, qu'on lui donne raison ou que l'on pense qu'il s'égare.
   
   Entrelardé de quelques notices explicatives qui ne dépareraient pas Wikipedia, une bonne notice de montage ou un prospectus touristique, le récit n'en est pas moins mené de main de maître par un M. Houellebecq qui n'a jamais renoncé depuis à cette façon d'écrire – ce que pour ma part, je n'ai pas trop de mal à accepter. A lire (si la crudité ne vous choque pas car évidemment, on ne peut pas raconter la vie d'un obsédé sexuel en des termes adaptés à la bibliothèque rose).
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critique par Sibylline




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Vide existentiel
Note :

   Il est des romans comme des films ou des tableaux. Certains, encensés par l’ensemble de la critique, ne me touchent absolument pas. Pas la moindre palpitation doucement ressentie. Pas le plus petit intérêt, même en cherchant bien entre les lignes. Je ne vais pas prétendre détenir la vérité car, en matière d’art, il est bien connu que "tous les goûts sont dans la nature humaine".
   Je vais donc faire profil bas et reconnaitre que, si 2001 l’Odyssée de l’Espace ressemble à un vide sidéral pour mon entendement, si la Recherche du Temps Perdu n’est que sublimes phrases mises bout à bout les unes des autres et ne constituant pas un roman mais une compilation hétéroclite, tout cela est dû à mon manque de culture.
   Bref, je n’ai pas assez lu.
   J’avais, bien évidemment, mis le nez dans ces Particules désenchantées lors de sa publication. Vingt ans se sont presque écoulés depuis, ce qui peut froisser un certain amour propre : oui, chacun vieillit. De l’encre a passé sous les chapitres. Des lignes, des paragraphes entiers, une malle entière de bouquins ont fait défiler leurs pages devant mes yeux, atteignant mon cerveau et, parfois, mon cœur.
   Et si je relisais "Voyage au Bout de la Nuit" qui ne m’avait pas touché? Et si je commençais par le Houellebecq pour me mettre dans l’ambiance?
   C’est raté.
   
   Comme souvent, les romans de fin de siècle pâtissent d’un pessimisme ambiant. Ici, ce n’est pas de la noirceur, c’est carrément l’opacité des grands fonds.
   Pas une seule lueur d’espoir. Noir c’est noir. Comment alors entrer en résonance avec ses particules? A qui s’identifier?
   Ca y est! Je sais. Kubrick, Céline, Houellebecq s’adressent à notre raison. Hugo, Chaplin à notre cœur.
   Ce n’est pas la peine de revenir sur l’intrigue (inexistante) de ce roman. Tout le monde connait. Deux demi frères suivent un parcours qui les mènent à une déchéance programmée.
   Bruno, enfant martyrisé dans un collège par la sauvagerie d’animaux humains que la nature ne peut produire seule, deviendra un obsédé sexuel doublé d’un raciste à vomir qui donne le prétexte à Houellebecq de glisser quelques pages à la limite de la pornographie sans objet (la pornographie n’a, de toute manière, d’autre but qu’elle-même). Un peu comme ces cadres qui cachaient leur Penthouse dans les pages du monde.
   Michel, chercheur en génétique, apparemment plus équilibré, finira par découvrir le futur de l’humanité : le clonage.
   Ainsi se résume notre société selon la pensée Houellebecquienne : nous sommes tous des obsédés sexuels (ou autre) qui finiront par se reproduire sans l’aide du sexe.
   Résumer le propos par cette double fin programmée : la dérive obsessionnelle et le clonage serait réducteur. Car il y a la maladie aussi (Houellebecq ne fait aucune référence à la pollution qui asphyxie lentement la planète, seule responsable, selon moi, avec un certain obscurantisme typiquement humain qui se traduit dans la religion comme dans la haine de l’autre (sa méconnaissance) du déclin de nos civilisations. Houellebecq se moque bien de l’écologie). Seulement, l’auteur a décidé que les victimes de cancers seraient celles par qui le monde aurait pu être sauvé, j’entends les femmes.
   
   Si l’on fait exception de la glose scientifique à peine plus lourde à digérer qu’une mixture choucroute/couscous/cassoulet dont je ne résiste pas à vous abreuver de quelques lignes parfaitement indigestes :
   Soit il fallait renoncer au concept de particule élémentaire possédant, en l’absence de toute observation, des propriétés intrinsèques : on se retrouvait alors devant un vide ontologique profond - à moins d’adopter un positivisme radical, et de se contenter de développer le formalisme mathématique prédictif des observables en renonçant définitivement à l’idée de réalité sous-jacente."

    Si on passe outre ces scènes érotico-pornographiques sans objet. Si on tolère cette sorte de donneur de leçons purement philosophiques dont sont empreintes les pages restantes, alors je dois reconnaitre qu’il y a là, un vrai talent d’écriture. Noyé sous d’abominables fanfreluches existentielles censées certainement tirer le lecteur vers le haut mais pratiquement l’enfonçant dans les méandres de sa pauvre condition mortelle… Non, voilà que je me mets à écrire du Houellebecq. Au secours!

critique par Walter Hartright




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