Lecture / Ecriture
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Des femmes disparaissent de Christian Garcin

Christian Garcin
  Des femmes disparaissent
  Dès 12 ans: Aux bords du lac Baïkal
  Le Lausanne-Moscou-Pékin
  Entrer dans des maisons inconnues
  Ados: La perspective du condor
  Borges, de loin

Christian Garcin est un écrivain français né en 1959.

Des femmes disparaissent - Christian Garcin

♪Mademoiselle Zhang♫♪
Note :

   L' enquête de Zuo Luo, véritable Zorro chinois, nous mène de Guangzhou à Hokkaïdo, sur des terres que l'auteur a parcourues, avec une escapade à Manhattan où Zuo Luo, Zhu Wenguang pour l'état-civil, dispose du relais d'un sien cousin restaurateur à Chinatown. Ce Zuo Luo n'a ni cheval noir ni chapeau ni épée, ce serait trop voyant et inadapté à son activité. Mais quelle est-elle?
   
   En Chine subsistent des campagnes très pauvres, pas sur le littoral, mais dans l'intérieur. Ces familles rêvent de garçons; que faire s'il naît une fille? L'auteur cite en exergue Mo Yan: "Quand elle aura dix-huit ans, tu la vendras 10 000 yuans." La fille vendue vivra peut-être résignée voire heureuse malgré tout: alors ça n'intéresse pas Zuo Luo. Mais si elle est battue, maltraitée, méprisée, la fille s'adressera aux intermédiaires de notre Zorro disséminés à travers la Chine. Et Bec-de-Canard (qui ne boit que des bières mongoles parce qu'il originaire de Bouriatie) est de ceux-ci. Zuo Luo sait ruser et se servir de ses poings. Et il se débrouille pour libérer les femmes de leur tyran, les remettre à la famille, les placer en sécurité. La libération de Li Xuechen se passe bien parce que Bec-de-Canard a bien préparé le dossier. Mais il y aussi des cas où les truands locaux sont prêts à tout pour récupérer une femme, parfois sans savoir que la personne est décédée…
   
   "Wenguang décida d’abandonner ses tentatives de conciliation linguistique et se mit à le gifler à toute volée, alternativement, joue droite puis joue gauche, et retour. Le rat ne perdait pas une miette du spectacle. Il n’avait pas souvent l’occasion de s’amuser autant. Il grignotait une pelure de chou, dans la position d’un vieux sage accroupi et voûté. (…) Sesuko? Yatsunari Sesuko? Ça te dit quelque chose? C’est elle que tu cherches? souffla Wenguang à l’oreille du type qui, les cheveux souillés de vieille urine, les tempes incrustées de verre, les joues écarlates et la cheville brisée, pleurnichait à présent comme une vieille fille, la bouche déformée, hoquetant des sanglots longs comme des violons de deuil."

   
   
   Le roman, qui est donné pour la première traduction en français d'un jeune auteur pékinois, se trouve ainsi bâti autour des événements qui l'amènent à s'intéresser au sort et au passé de trois femmes dont il a un souvenir mélancolique: Yatsunari Sesuko, Zhang Leyun, Yang Cui Cui. Dans l'ombre, le fantôme d'un être vénéneux se dessine: le yakuza Tanaka Daijiro. L'enquête de Zuo Luo n'est pas narrée de façon linéaire; le fil du temps est brisé par des retours en arrière et par des contes enchâssés qui valent explication de certains faits tandis que les références musicales constituent une sorte de playlist facultative. Certaines répétitions font écho à l'intrusion nocturne de Zuo Luo dans un immeuble glauque. Cette astuce (par exemple pages 9 et 119) donne une tension différente de celle d'un récit habituel. Cette écriture très légère donne un véritable bonheur de lecture et je regrette de n'avoir pas connu plus tôt, etc…

critique par Mapero




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