Lecture / Ecriture
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Le voyage vertical de Enrique Vila-Matas

Enrique Vila-Matas
  La lecture assassine
  Imposture
  Abrégé d'histoire de littérature portative
  Une maison pour toujours
  Suicides exemplaires
  Étrange façon de vivre
  Le voyage vertical
  Bartleby et compagnie
  Le mal de Montano
  Paris ne finit jamais
  Docteur Pasavento
  Dublinesca
  Explorateurs de l'abîme
  Perdre des théories

AUTEUR DES MOIS DE DECEMBRE 2010 & JANVIER 2011

Enrique Vila-Matas est né en 1948 à Barcelone. Après des débuts dès 18 ans pour lesquels il écrit dans une revue de cinéma, et après son service militaire, il vient passer 2 ans à Paris (26-28 ans) et se lie aux milieux littéraires de la capitale. De retour dans sa ville natale, il reprend ses activités de chroniqueur pour des journaux tout en développant son activité de romancier.

Principaux prix:
Prix Herralde de Novela en 2002
Prix Médicis étranger 2003 pour Le mal de Montano
Prix Fundación Lara et prix de la Real Academia Española 2005 pour Doctor Pasavento
etc.

Le voyage vertical - Enrique Vila-Matas

«La défaite n’est jamais qu’une défaite»
Note :

   Titre original: El viaje vertical (2000)
   
   
   Cet extrait, apparemment tiré d’un poème de William Carlos Williams, «La descente», constitue un très court chapitre à lui tout seul, un très court chapitre intitulé «La défaite n’est jamais qu’une défaite»:
   « La descente séduit/comme séduit la montée./La défaite n’est jamais qu’une défaite, parce que/le monde qu’elle ouvre est toujours une contrée/auparavant/insoupçonnée.»

   L’occasion pour Enrique Vila-Matas de rester sibyllin, comme toujours. Sibyllin et ambigu, jouant toujours sur plusieurs tableaux à la fois. «Le voyage vertical». C’est quoi? Le déplacement progressif de Federico Mayol de Barcelone vers Porto puis progressivement plein sud; Lisbonne puis Madère? Le retour en arrière dans le temps, descente vertigineuse vers une enfance, une éducation, une acquisition de la culture à laquelle il n’a pas eu droit, avènement brutal de Franco oblige? C’est un voyage final vers sa déchéance, ou sa fin?
   
   Vila-Matas aime bien ouvrir des pistes, ou faire semblant, et ne pas les poursuivre, surtout ne pas les refermer. D’où cette perpétuelle impression de maquis impénétrable, de foutoir pas organisé, qui perturbe dans le cadre d’une nouvelle, qui perturbe moins dans celui d’un roman où la longueur oblige Vila-Matas à revenir sur ses brisées ou tout au moins à les évoquer à nouveau et donc nous permet de nous y retrouver un peu plus.
   
   Federico Mayol, parlementaire catalan en fin d’activité, responsable autodidacte d’une société d’assurances en retraite, se voit interpeller par sa femme au lendemain de ses noces d’or, d’une manière définitive et tout à fait inhabituelle: elle lui demande de partir, de la laisser pour lui laisser une chance de découvrir qui elle est vraiment, soumise et bridée qu’elle a été toute sa vie et explosant d’un coup. Évidemment Federico Mayol, à la tombée de la nuit de sa vie ne s’attendait pas à cela. Il va donc faire ce (ces?) voyage vertical. Lui qui souffre d’un sérieux complexe d’inculture, au point de haïr son fils cadet qui lui a fait remarquer qu’il n’était qu’un homme d’affaires inculte, cadet à la prétention artistique qu’il méprise par ailleurs. Il va avoir l’occasion de se confronter à la culture au cours de ce voyage – le genre de voyage dont on ne revient pas – et tout ceci dans des conditions «Vila-Matasiennes», c’est-à-dire foisonnantes et peu sensées.
   
   Heureusement Enrique Vila-Matas écrit bien. Sinon sa manière de mener, de ne pas mener plutôt, une narration, deviendrait vite insupportable.
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critique par Tistou




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Introspection par procuration
Note :

   C’est une construction impeccable que ce livre. Un entremêlé de narration. Une façon admirable d’utiliser les retours en arrière. Un livre à l’envers évoquant le voyage intérieur d’un héros. Formellement, j’ai trouvé l’ouvrage bluffant.
   
   Catalan pur sang et fier de l’être, ancien parlementaire et homme d’affaires «self made man», Federico Mayol, 70 ans au compteur, est renvoyé du domicile conjugal pas sa femme Julia qui veut consacrer la fin de sa vie à mieux se connaître. Sa femme n’en démordant pas, ses trois enfants ne le soutenant pas, Mayol finit par accepter cette évidence qu’il n’aurait jamais imaginée possible, on le chasse! Il divague alors dans Barcelone, s’acharnant sur son fils artiste, Juliàn, qui l’exaspère.
   «En termes un peu plus simples mais aussi catégoriques que ceux qui vont être transcrits ici, Mayol en vint à dire à Juliàn que la voie de l’art était celle de l’imposture, que l’unique source de la beauté était l’action, et que l’art n’était, en fait, qu’un savoir-faire et non une façon de penser. L’important c’était l’action. » P87

   
    Malgré des difficultés à quitter sa ville de toujours et après les conseils du seul véritable ami qu’il a encore parmi ses connaissances, Mayol s’envole pour Porto. Les difficultés d’être un étranger l’assaillent. Les difficultés à nouer des contacts le dérangent. Il s’enfuit alors pour Lisbonne. Puis se laissant porter par l’intuition à qui il commence à faire confiance, il continue le voyage vers l’île de Madère. Là, il rencontrera le narrateur, qui accouchera de cette introspection par procuration…
   l « Puis il pensa: j’ai réussi sur tous les plans. A part la peur lors de l’excursion stupide avec le chauffeur de taxi, la lenteur et la facilité semblent présider à tous mes mouvements d’homme qui assiste à un goutte à goutte de journées par bonheur dépourvues de sens.» P174
   
   C’est à une évolution que nous assistons, l’évolution d’un vieil homme à la recherche de lui-même et qui va s’initier à tout un univers qui ne l’avait jusqu’ici jamais touché.
   « Quand on voyage avec quelqu’un, me dit-il, on a toujours tendance à trouver ce qui nous entoure étrange, tandis que quand on voyage seul c’est toujours soi qui est étrange.» P234

   
   Du bien foutu et du profond. A découvrir.

critique par OB1




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