Lecture / Ecriture
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Imposture de Enrique Vila-Matas

Enrique Vila-Matas
  La lecture assassine
  Imposture
  Abrégé d'histoire de littérature portative
  Une maison pour toujours
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  Étrange façon de vivre
  Le voyage vertical
  Bartleby et compagnie
  Le mal de Montano
  Paris ne finit jamais
  Docteur Pasavento
  Dublinesca
  Explorateurs de l'abîme
  Perdre des théories

AUTEUR DES MOIS DE DECEMBRE 2010 & JANVIER 2011

Enrique Vila-Matas est né en 1948 à Barcelone. Après des débuts dès 18 ans pour lesquels il écrit dans une revue de cinéma, et après son service militaire, il vient passer 2 ans à Paris (26-28 ans) et se lie aux milieux littéraires de la capitale. De retour dans sa ville natale, il reprend ses activités de chroniqueur pour des journaux tout en développant son activité de romancier.

Principaux prix:
Prix Herralde de Novela en 2002
Prix Médicis étranger 2003 pour Le mal de Montano
Prix Fundación Lara et prix de la Real Academia Española 2005 pour Doctor Pasavento
etc.

Imposture - Enrique Vila-Matas

Auteur/imposteur
Note :

   Titre original: Impostura (1984)
   
   
   Barcelone. Le docteur/directeur Vigil et son secrétaire Barnaola se retrouvent pour noyer leurs solitudes au troquet du coin, sirotant l’anis local. Tous deux travaillent sans grande passion dans un établissement psychiatrique. L’histoire démarre quand l’un d’eux évoque un patient amnésique au doux nom/nombre de 2007. Ce mystérieux patient, jusque là sans intérêt aux yeux d’un directeur en attente de la retraite, devient le centre de cette histoire. L’inconnu.
   
   Désireux de percer le mystère et poussé par son secrétaire, le directeur décide de publier dans le journal la photo de ce malade. Immédiatement, il est reconnu par un frère puis par sa veuve qui ne veut plus du titre. Subsiste un doute quant à la disparition d’une cicatrice sur la joue. Cette famille Bruch d’intellectuels installés est rapidement adoptée par l’amnésique. Jusqu’à ce qu’un nouveau rebondissement survienne, l’inconnu est reconnu par une autre veuve, cette-fois ci, en un ancien typographe devenu escroc. Qui est-il vraiment? Un imposteur?
   
   Le thème central est l’identité. Non seulement celle de l’inconnu mais celles également tour à tour du secrétaire et du docteur.
   « C’étaient des jours, c’étaient des années où personne n’acceptait d’être soi, où tout le monde fuyait en silence jusqu’à son propre nom et se démenait coûte que coûte, quitte à en vendre son âme au diable, pour endosser la peau d’un autre, pour changer de lit, changer de maladie en ce gigantesque hôpital qu’était Barcelone. » P 49

   
   L’auteur joue avec nous. S’amuse de notre intérêt et du désir que l’on a de savoir. Jubilation de se sentir un imposteur-auteur. Comme exprimé ci-dessous.
   «C’est là, au milieu des balais déplumés et de pots de fleurs cassés, qu’il crut avoir découvert un beau jour que les écrivains n’entreprenaient de romans que dans le but unique et exclusif de fonder, en quelque fragment occulte de leur œuvre, un royaume pour le plus faible de leurs personnages.» P 91

   
   Le plaisir pris de nous embarquer dans son monde à lui, de nous berner (avec gentillesse toutefois) par son écriture, cette espèce de connivence qui s’installe, est agréable. L’auteur nous parle avec intelligence de toutes ces impostures consenties par chacun qui font le sel de la vie.
   ↓

critique par OB1




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Une quête d'identité
Note :

   "Imposture", un des premiers titres de Vila-Matas, révèle déjà, malgré sa brièveté, deux thèmes annonciateurs de ce qui suivra dans l'œuvre de cet auteur: le séjour en clinique psychiatrique et le jeu du changement d'identité. En revanche, le lecteur n'y trouvera pas encore l'immersion dans le monde de la fiction et des écrivains.
   
   Nous sommes en 1952 en pleine dictature franquiste, peu après le choc de la guerre civile. «C'étaient des jours, c'étaient des années où personne n'acceptait d'être soi, où tout le monde fuyait en silence jusqu'à son propre nom et se démenait coûte que coûte, quitte à en vendre son âme au diable, pour endosser la peau d'un autre, pour changer de lit, changer de maladie en ce gigantesque hôpital qu'était Barcelone.» L'action s'enracine dans l'hôpital psychiatrique dirigé par le vieux docteur Vigil et son jeune secrétaire Barnaola. Les deux hommes sont plus soucieux de se retrouver au café La Luna pour bavarder en sirotant un anis que de s'inquiéter de leurs patients. Pourtant, leur attention va se focaliser sur l'un d'eux, que la police a fait admettre un an auparavant, qui est totalement amnésique et dont ils ignorent l'identité.
   
   À la suite de la publication dans la presse d'une photo de l'inconnu, le notaire Bruch est persuadé de reconnaître son propre frère, Ramon, disparu sur le front russe où l'avait expédié la division Azul. Sa "veuve" qui le croyait mort est plus catégorique encore et projette de recommencer leur voyage de noces sur la côte basque. Mais les empreintes digitales de l'inconnu indiquent une tout autre piste, une autre "veuve" — pas éplorée celle-ci — se présente aux autorités. La justice et ses experts en graphologie devront trancher! L'inconnu est-il le professeur Bruch ou le repris de justice Claudio Nart, ouvrier typographe de son état?
   
   Si cette affaire n'ébranle guère le docteur Vigil qui attend benoitement l'heure de la retraite, elle tourmente davantage son secrétaire célibataire inquiet du vide de ses nuits. Celui-ci, qui se verrait bien en serviteur zélé d'un riche personnage, se met en tête d'enquêter par lui-même sur cet inconnu qui pourrait n'être qu'un imposteur. Le suspense ne durera pas longtemps et la solution trouvée par le romancier ironique sera assez peu réaliste, mais ce bref roman offre un plaisir de lecture tout simple qu'on aurait tort de mépriser.

critique par Mapero




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