Lecture / Ecriture
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Le goût des pépins de pomme de Katharina Hagena

Katharina Hagena
  Le goût des pépins de pomme
  L'envol du héron

Katharina Hagena est une enseignante et écrivaine allemande née en 1967 à Karlsruhe.

Le goût des pépins de pomme - Katharina Hagena

A savourer jusqu'au trognon
Note :

   Trois générations de femmes, une maison et un jardin dans le nord de l'Allemagne, le décor est planté. D'abord la grand-mère Bertha et sa sœur Anna, partie trop jeune. Puis les trois filles que Bertha a eues avec Hinnerk Lünschen, Inga, Harriet et Christa, et enfin Iris la petite-fille, celle qui raconte l'histoire.
   
   Bertha vient de mourir et à la surprise générale, elle lègue sa maison à sa petite-fille plutôt qu'à l'une de ses filles. Iris, embarrassée par ce legs inattendu, va rester quelques jours sur place sous prétexte de régler la succession, en réalité pour renouer avec les souvenirs liés à la maison, tenus à distance depuis pas mal d'années.
   
   Il y a beaucoup de tendresse dans ce roman, de la cruauté aussi, de la peur, de la ruse, de la rosserie, mais tellement de vie et de chaleur. Il y a un ton indéfinissable entre mélancolie et bonheur perdu qui m'a ravie. La narratrice nous révèle assez vite que Rosemarie, la cousine d'Iris est morte là, l'année de ses 16 ans et c'est tout ce qui a amené à ce drame qu'elle va se remémorer pendant ces quelques jours.
   
   Cette plongée dans le passé est rendue plus légère grâce à l'éclosion d'une relation amoureuse entre Iris et Max, le petit frère de Mira, grande amie de Rosemarie. Max, maintenant adulte, devenu avoué et chargé de régler la succession Leur histoire naissante est ponctuée de touches d'humour et de gaieté
   "Nous avons fait comme si nous nous tenions face à face, tranquillement, sur le plancher des vaches, tâchant d'osciller le moins possible tout en pédalant vigoureusement sous l'eau pour ne pas couler. En même temps, je me creusais la cervelle afin de trouver au plus vite un sujet qui nous permît d'engager une conversation cordialement distanciée. J'étais nue comme un ver et lui, là, c'était mon avoué."

   
   L'histoire de chaque personnage est explorée à tour de rôle, Bertha, absente à elle-même depuis bien longtemps, Inga porteuse d'électricité parce que née un jour d'orage, Harriet et ses excentricités, Christa, la mal-aimée de ses sœurs, parce que préférée du père... A la génération suivante, les relations sont tout aussi riches entre Iris, sa cousine Rosemarie, et Mira son amie.
   
   Et puis, il y a la redécouverte par Iris de la maison, pièce après pièce, et du jardin, plante après plante et c'est un vrai régal. Je l'avais devant mes yeux cette maison, j'en sentais la chaleur des chambres, les contours, les méandres, le désordre, la beauté, la froideur des dalles, la présence des absents... un personnage à part entière.
   "Entre les groseilliers et les mûriers buissonnants, le potager prenait une allure plus sauvage. Mais cette partie du jardin était déjà complètement tapie dans l'ombre. Au delà s'étendait le bosquet de pins. Le sol y était de couleur rouille, nappé d'une épaisse couche d'aiguilles de pins. Le pas, dès que l'on marchait dessus, se faisait élastique, silencieux, et l'on avançait, comme ensorcelé, jusqu'au moment où l'on débouchait de l'autre côté, sur le grand pré planté de fruitiers. Autrefois, nous tendions, Rosemarie, Mira et moi, de vieux rideaux de tulle entre les arbres, et c'est là, dans ce que nous considérions comme nos maisons de fées, que nous jouions de longs et complexes drames d'amour".

   
   Les hommes ne sont pas absents de l'histoire, même s'ils sont au second plan. Hinnerk, le mari de Bertha avait une forte personnalité qui a pesé lourd sur la maisonnée. Le père de Rosemarie ne fait que passer, puis réapparaît fugitivement dans une scène cruelle. Et bien sûr, Max, qui apporte son point de vue (et son affection!) aux évènements passés.
   
   Après un démarrage un peu lent, j'ai été très séduite par ce roman et l'ai savouré page après page.
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critique par Aifelle




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Y a un pépin...
Note :

   Titre original : Der Geschmack von Apfelkernen, 2008.
    
   Iris a hérité de sa grand-mère une propriété avec un grand jardin. 
   La vieille dame vient de décéder d’une pathologie apparentée à la maladie d’Alzheimer. Iris était sa seule petite fille vivante.
     La jeune fille  prend possession de la maison, et réfléchit aux événements qui se sont déroulés là, quelquefois en sa présence, car elle venait en vacances y séjourner avec sa cousine et une amie. Des événements tragiques, en rapport avec le pommier du verger, mais aussi avec le tilleul… Elle découvre que la maison et le jardin sont entretenus par l’instituteur du village qui aimait beaucoup sa grand-mère.
    
   Plongée dans les souvenirs, mais toujours active, elle rencontre dans ses déambulations, un jeune homme qu’elle espérait trouver là, sans se le dire clairement, ni lui non plus. Ces quelques journées se passent donc en réminiscences parfois douloureuses, et flirt ironique dont la fin est attendue.
    
   C’est là un roman familial qui manque de presque tout ce qui faisait la force de «Purge». Il y a trop de romantisme dans ces pommiers qui se mettent à donner des fruits en juin après avoir accueilli des amants sous leur ramure la nuit précédente, dans ces héroïnes qui meurent à petit ou grand feu, dès la première déception sentimentale, et tout cela agace et ne tient pas vraiment la route. Les descriptions très soignées mais plates font penser à de bonnes rédactions scolaires.
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critique par Jehanne




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Pour mémoire
Note :

   Belle histoire que ce roman nous narre à travers la voix d'Iris qui démêle pour nous les fils du passé: histoire de ses grands-parents, de ses parents et de ses tantes. Le trait d'union? Cette maison et les pommiers qui les entourent, mais pas seulement... c'est toute la nature environnante à qui Katharina Hagena rend une certaine forme d'hommage, mais également les petits riens de l'existence, le quotidien de deux cousines et d'une amie qui participent à leurs jeux, au déguisement dans cette maison où tout est conservé, mémoire collective.
   
   Cette mémoire qui, suite à une chute (est-ce vraiment la cause?), se perd pour Bertha; elle oublie sa vie d'antan, son présent, petit à petit ne sait plus, ne reconnait plus ses filles, pas plus qu'elle ne se souvient à quoi sert une paire de chaussettes, pour finalement oublier à quoi sert de respirer. Cela pourrait être triste, mais c'est simplement le fil de la vie qui s'égrène devant nous, au fur et à mesure qu'Iris, elle, se remémore, les instants passés dans cette maison: heureux ou non. Qu'elle ordonne pour nous les faits, le passé de sa mère, de ses tantes, découvrant/redécouvrant ce qu'on lui a tu, caché ou simplement ce qu'elle ignorait du fait de son statut de benjamine de la famille.
   
   Mais la mort et l'abandon de cette maison ne sont pas à eux seuls une fin, c'est également une renaissance pour Iris grâce à tout ce chemin. Des retrouvailles avec son enfance qu'elle avait enfouie depuis le décès de sa cousine, si proche et parfois si lointaine. La vie continue et avec elle, la vie de cette famille.
   
   Un rien de tristesse vite dissolue par une histoire habilement menée qui nous entraîne à sa suite et qui m'a permis de me sortir provisoirement de ma panne de lecture. J'avais envie de savoir, non pas la chute qui me semblait évidente, mais le pourquoi/comment de la mort de Rosemarie, sa cousine. C'est ce dernier fil conducteur qui nous mène et nous entraîne avec Iris sur les pas de sa famille.
   
   Les descriptions sont belles à mes yeux et des petits gestes du passé m'ont parlé; les souvenirs sont là, ou les faits du présent tout simplement. Et vous comment mangez-vous les pommes? Dans ma famille, et plus particulièrement ma sœur, jusqu'au trognon... Eh oui, l'auteur n'a rien inventé, des contemporains le font encore....
    ↓

critique par Delphine




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Appel à nos cinq sens
Note :

   «Le goût des pépins de pomm » … à y réfléchir, le titre en dit long sur ce que livre va nous dévoiler: une histoire somme toute assez banale, mais qui nous rappelle que les choses les plus simples ont une saveur, une odeur, un aspect, une texture ou un son propres qui agissent parfois comme un filtre pour nous ramener en arrière et nous aider à nous souvenir, à retrouver des sensations enfouies ou oubliées. Je pense que tout le monde a fait cette expérience-là, que tout le monde tombe à un moment donné sur sa madeleine.
   
   Iris, la narratrice, revient après de longues années d’absence dans le nord de l’Allemagne, près de Brème, pour assister à l’enterrement de sa grand-mère. Contre toute attente, elle se voit hériter de la vieille maison familiale où, enfant puis ado, elle a passé toutes ses vacances. Après l’enterrement, elle décide d’y passer quelques jours seule pour explorer les traces laissées par le passé, pour replonger dans ses souvenirs, revenir à des endroits qui avaient autrefois marqué sa vie et se remémorer les petits et les grands drames qui ont agité la famille. C’est ainsi qu’Iris nous évoque son histoire, mais aussi celle de ceux qui ont habité la maison avant elle : sa mère, ses tantes, ses grands-parents… les pommes, les pommiers, en constituent en quelque sorte le leitmotiv.
   
   J’ai aimé ce roman qui m’a procuré un sentiment douillet de bien-être (le grand drame familial de la fin mis à part, bien sûr). Suivre cette femme qui revient sur le lieux de son enfance, respirer avec elle les odeurs des pommes, groseilles, aromates, boiseries, tiroirs, armoires ; retrouver avec elle les bruits familiers de la maison, des escaliers, portes, robinets ; toucher le tissu de vieilles robes, broderies, dessus de lit, ustensiles de cuisine ou de jardin ; observer les grands arbres, pommiers, tilleuls, les rosiers grimpants, les massifs de fleurs envahis par les mauvaises herbes ; sentir la chaleur de l’été extérieur et la fraîcheur des vieilles dalles en pierre de la cuisine… j’ai été touchée et je me suis totalement reconnue dans cette rencontre avec le passé.
   
   Au détour d’un poulailler, la grande Histoire fait irruption dans la petite histoire familiale quand Iris tombe sur le passé nazi de son grand-père et ses conséquences. Mais plus important pour elle, l’ombre jetée par la maladie d’Alzheimer de la grand-mère et la déchéance mentale qu’elle a entraînée en même temps qu’une multiplication de petits billets pense-bêtes… billets qui reflètent la progression de la maladie : nombreux et assez clairs au début, leur nombre diminue au fur et à mesure, et les inscriptions deviennent de plus en plus singulières jusqu’à ne plus comporter que le seul prénom de la grand-mère, Bertha, « comme si elle devait s’assurer qu’elle était encore là. » Ces passages sont assez poignants, mais sans aucun misérabilisme ou apitoiement.
   
   Donc, ne vous retenez surtout pas si ce livre vous tente!
    ↓

critique par Alianna




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Livre de genre
Note :

   Si les livres avaient un sexe, celui-ci serait féminin... "Pour sûr!", ajouterait le rustre paysan de sa campagne nord allemande d'où est situé l'action de ce livre... En fait d'action, nous avons essentiellement des souvenirs évoqués par Iris, petite fille de Bertha et Hinnerck, fille de Christa, nièce d'Inga et d'Harriet, cousine de Rosemarie, et amie de Mira et de Max, le principal élément masculin du roman.
   
   Nous remontons, par strates successives, en alternant avec un présent plutôt fleur bleue où l'avoué Max croise la célibataire Iris, le cours de l'histoire familiale. Le lieu et les circonstances s'y prêtent, Bertha vient de mourir effaçant une génération, et laisse la maison en héritage à sa petite fille, submergée alors par les émotions procurées par ce lieu tellement familial. Cette dernière laisse venir à elle les flashs que lui procure sa mémoire.
   
   Elle raconte sa grand-mère et sa perte de mémoire de fin de vie. "Lorsqu'on perd la mémoire, le temps passe d'abord beaucoup trop vite, ensuite plus du tout." Et l'on apprend que l'ancien instituteur aurait eu une liaison avec Bertha par le passé.
   Elle raconte sa mère et ses deux sœurs, Inga la beauté, Harriet la mystique...
   Elle raconte le grand-père au passé trouble puisque nazi.
   Elle raconte la cousine, morte jeune, et c'est le suspense autour du pourquoi et du comment de sa disparition qui nous tient en haleine.
   
   Les réflexions sur le souvenir, la mémoire sont nombreuses, certaines intéressantes.
   "J'en déduisis que l'oubli n'est pas seulement une forme du souvenir, mais que le souvenir est aussi une forme de l'oubli."

   
   Beaucoup de destins de femmes dans ce livre. Des destins contrastés marqués par la gravité et par les souvenirs de traumatismes. L'histoire d'une famille, l'histoire de toute famille en somme. Facilement, on se sent bercé par les souvenirs d'Iris qui raconte les caractères, les événements familiaux de manière mélancolique. Le problème, quand on est bercé un peu longtemps, c'est le risque d'endormissement. Le présent est moins bien raconté que les passés, il lui manque du recul. Ceci est somme toute normal et ressemble à la vraie vie, n'est-ce pas? Je me trouve donc un peu sévère. Ceci dit, mon sentiment est que le livre est agréable à lire, usant de ficelles bien arrangées mais il me semble aussi que je l'oublierai vite. Peut-être aussi est-ce en raison d'un style (ou d'une traduction) que j'ai trouvé plan plan, sans fulgurances...

critique par OB1




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