Lecture / Ecriture
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L'indésirable de Sarah Waters

Sarah Waters
  Ronde de nuit
  Caresser le velours
  Du bout des doigts
  Affinités
  L'indésirable

Sarah Waters est un écrivain britannique, née en 1966. Après une thèse en Littérature anglaise, elle a été libraire puis enseignante. Elle a publié son premier roman, "Tipping the Velvet" (Caresser le velours) en 1998.

L'indésirable - Sarah Waters

De main de maître…
Note :

   Faraday a 10 ans lorsqu’il voit Hundreds Halls pour la première fois. Il est impressionné par cette demeure mystérieuse, et où on ne pénètre pas comme cela. Les Ayres sont les propriétaires de cette superbe propriété où une foule de domestiques se pressent à leur service. Le jour de l’empire Day, Faraday arrive à y rentrer. Sa mère ayant conservé des amies parmi les servantes, elle le conduit en effet discrètement à l’intérieur par une porte latérale et il se retrouve dans la cuisine.
   
    Ayant gardé un souvenir ébloui de ces lieux, il est consterné quand il la revoit 30 ans plus tard, et constate les changements intervenus. Hundreds Hall n’est plus que l’ombre d’elle-même et la famille, désargentée, est réduite à la mère et deux de ses enfants, sa fille ainée Susan étant morte de scarlatine à l’âge de six ans et son colonel de mari n’étant plus lui non plus de ce monde. Il y revient par hasard, en tant que médecin, pour soigner la seule domestique qui reste, Betty. Il rencontre alors le fils ainé, qui souffre de sa jambe, abimée à la guerre, et Caroline, jeune fille qui ne quitte pas son chien. Peu à peu, le docteur Faraday va devenir un coutumier de Hundreds Hall et même un ami de la famille. Il prend ainsi l’habitude de passer chaque dimanche au Hall pour s’occuper de la jambe de Roderick utilisant l’électrothérapie pour soulager ses souffrances, tout en prenant le thé avec la mère et la fille.
   
   Car elle est loin l’époque des fastes et des réceptions… Pourtant Madame Ayres décide d’en organiser une, qui va se solder par un drame: le chien de Caroline, d’habitude docile, mord une jeune enfant, la défigurant. Et nous basculons ainsi, doucement, dans l’horreur: des événements, tous plus sordides les uns que les autres s’enchainent et la famille semble frappée d’une véritable malédiction.
   
   Oscillant entre réalisme et fantastique, ce récit est très prenant. Il n’est pas sans rappeler les récits de Jane Austen avec la campagne anglaise en toile de fonds et ces relations entre gens du monde mais peu à peu on sombre dans le fantastique sans savoir si cette maison est réellement hantée ou si les événements sont le fruit de l’imagination des gens qui l’habitent, à la façon du Horla de Maupassant. Car c’est bien cette maison le personnage principal du livre, cette demeure où il se passe des choses bien étranges, qui nous mènent à une lente descente aux enfers.
   
   Ce livre est une vraie réussite: écrit de façon magistrale, distillant une ambiance très british, démarrant dans la splendeur pour finir dans l’horreur, je m’y suis glissée sans pouvoir guère le lâcher malgré les 700 pages. La famille vit dans un tel dénuement, matériel et psychologique, un tel isolement, que le moindre petit événement prend des allures de drame. Et on se surprend à tourner les pages sans s’arrêter un instant tant le suspens est constant. C’est indubitablement un de mes derniers gros coups de cœur.

critique par Éléonore W.




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