Lecture / Ecriture
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La Fille du fossoyeur de Joyce Carol Oates

Joyce Carol Oates
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  Johnny Blues
  Viol. Une histoire d’amour
  Les chutes
  La fille tatouée
  Je vous emmène
  Délicieuses pourritures
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  Blonde
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  Fille noire, fille blanche
  La Fille du fossoyeur
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  Le Mystérieux Mr Kidder
  Carthage
  Terres amères
  Sacrifice
  Paysage perdu
  Valet de pique
  Le triomphe du singe-araignée

Joyce Carol Oates est une poétesse et romancière américaine née le 16 juin 1938 à Lockport (État de New York).

Joyce Carol Oates a commencé à écrire dès l'âge de quatorze ans.

Elle enseigne la littérature à l'université de Princeton où elle vit avec son époux qui dirige une revue littéraire, la Ontario Review.

Depuis 1964, elle publie des romans, des essais, des nouvelles et de la poésie. Au total plus de soixante-dix titres. Elle a aussi écrit plusieurs romans policiers sous les pseudonymes de
Rosamond Smith et de Lauren Kelly. Elle s'intéresse aussi à la boxe.

Son roman "Blonde" inspiré de la vie de Marilyn Monroe est publié pratiquement dans le monde entier et lui a valu les éloges unanimes de la critique internationale. Elle a figuré deux fois parmi les finalistes du Prix Nobel de littérature."
(Wikipedia)

La Fille du fossoyeur - Joyce Carol Oates

Un grand roman social
Note :

      Titre original: The Gravedigger’s Daughter
    
       Rebecca Schwart travaille dans une usine de caoutchouc pour élever son petit garçon de trois ans Niley. Nous sommes dans la vallée du Chautauqua état de New-York en 1959.
        Rebecca a aussi un mari Tignor, délinquant et violent qui ne lui donne pas d’argent, et la bat.
           Sur le chemin de halage qui mène jusque chez elle, un homme la suit, qui l’appelle “Hazel Jones” puis disparaît. Rebecca rêve sur ce nom, qui lui semble tellement plus léger que le sien…
            Le récit se poursuit par un flash back: on remonte à la naissance de Rebecca, 23 ans plus tôt  sur le bateau qui transportait ses parents et ses frères, ainsi que d’autres juifs fuyant l’Allemagne nazie.
    
   Les Schwart, juifs allemands non pratiquants, issus de la bourgeoisie moyenne cultivée, se retrouvent tout en bas de l’échelle sociale, en tant que réfugiés aux Etats Unis. Après l’éprouvante traversée en mer, le père de famille, Jacob, est employé comme fossoyeur à Milburne petite ville de l’état de New-York. Le logement de fonction est une masure insalubre.
   
     La métaphore du gardien de cimetière, ne pousse pas Jacob Schwart à enterrer le passé, mais il ne peux pas non plus s'en prévaloir... c'est bien plus un mort qui garde les morts...
   Envahis par les soucis matériels, inadaptés au groupe social dont ils font désormais partie, poursuivis par un fort antisémitisme, les Schwarts se replient sur eux-même, maltraitent leurs enfants, sombrent dans la dépression et la paranoïa…
    
   Les flashback évoquant le passé de Rebecca alternant avec un présent guère plus réjouissant pour Rebecca. Victime des violences de son père, elle l’est aussi de son mari, épousé sur un coup de tête, pour oublier un passé traumatisant, et va bientôt fuir ce destin malheureux avec son petit garçon…
    
   Un gros roman qui relate la vie presque entière de Rebecca qui va s’efforcer de transformer son existence dangereuse et misérable, en vivant de petits travaux et de fuites perpétuelles. Puis des périodes de sédentarité de plus en plus longues
   Petit à petit la fille du fossoyeur fait son trou, rend possible à son fils l’épanouissement de ses facultés artistiques, et dans le dernier chapitre va se réconcilier avec sa filiation.
    
   C’est à sa grand-mère qu'est dédié le roman, dont JC Oates a relate l’histoire, une femme courageuse et pleine de ressources dans l’adversité.
   
   Un grand roman social qui montre l'antisémitisme, la difficile intégrations de réfugiés à peine tolérés, et met en scène comme presque toujours chez Oates les relations de victimes et bourreaux, la perversion et la maladie mentale, des thèmes qui lui sont familiers.
   
   Une écriture très simple mais qui sonne juste.
    ↓

critique par Jehanne




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Passionnant et riche de sens
Note :

   Avec "La fille du fossoyeur", Joyce Carol Oates s’inspire de l’histoire de sa grand-mère, Blanche Morgensten, à qui le livre est dédié. La fille du fossoyeur a donc réellement existé avant de devenir un personnage romanesque.
   
   Dans le roman, Rebecca Schwarz dont le père a fui le régime hitlérien pour immigrer aux USA naît sur le bateau au moment de l’arrivée dans le port de New York. C’est ce qui la distingue du reste de sa famille, ses parents et ses frères qui ne sont pas américains et subiront leur vie durant les quolibets et les injures réservés aux étrangers qui parlent mal la langue et qui, de plus, sont allemands donc assimilables aux yeux de la population aux ennemis et aux nazis. Le père, professeur de mathématiques en Allemagne obtient un emploi bien au-dessous de sa qualification; il devient fossoyeur, profession peu considérée et qui lui vaut la condescendance voire le mépris des notables. Obligé de s’humilier devant eux, il cultive la haine qu’il éprouve envers “ces autres”, ceux qui l’accueillent si mal, il s’aigrit, boit et se venge sur sa famille, ses enfants surtout. C’est ainsi que vit Rebecca jusqu’au drame qui va transformer sa vie et la pousser vers d’autres lieux. Après un mariage malheureux, elle va fuir avec son petit garçon, Zachs, à travers les Etats-Unis, toujours en mouvement, jusqu’au jour où elle rencontre Gallagher…
   
   Je résume brièvement "La fille du fossoyeur" pour laisser le plaisir de la découverte mais l’intrigue est étoffée et complexe et de nombreux personnages rentrent en jeu. En fait, le roman comporte trois parties distinctes:
   
   La première intitulée: "La vallée de Chautauqua" raconte l’enfance de Rebecca à Milburn, état de New York et sa vie de femme mariée à Chautauqua Falls.
   La seconde: "Dans le Monde" est l’errance de la jeune femme et de son fils, poussés tous les deux par la peur de cet homme violent, leur mari et leur père…
   La troisième: "Au-delà" est un échange de lettres entre Rebecca, âgée, malade, et sa cousine Freida, réchappée des camps de la Mort.
   
   Le roman de Joyce Carol Oates est passionnant car l’on suit les péripéties de la vie de Rebecca hantée par la tragédie familiale, poursuivie par le malheur mais forte, courageuse, digne. C’est une femme hors du commun qui parvient à rester maîtresse de sa vie. Les personnages qui gravitent autour d’elle avec leurs faiblesses, leurs souffrances, leur désespoir, sont toujours décrits en évitant le manichéisme, avec les subtilités d’une analyse qui s’efforce de comprendre l’homme sous la brute: comme le père de Rebecca qui devient bourreau alors qu’il est victime. La densité des évènements et les nombreuses rencontres qui jalonnent la route de Rebecca renouvellent sans cesse l’intérêt.
   
   Au départ, pourtant, le sujet me paraît plus classique que les autres romans de Oates; il me rappelle "Sang Impur" de Hamilton qui traite du même thème, une famille allemande qui fuit le nazisme mais cette fois-ci en Irlande. il y a un peu, aussi, de "La nuit du chasseur" dans la longue fuite de la mère et l’enfant. Mais c’est aussi un roman sur l’identité, Rebecca rejetant son passé, reniant son origine et les blessures de son enfance, se forgeant une autre personnalité. C’est un thriller mais traité d’une manière originale avec l’histoire d’un serial killer qui court en filigrane tout au long du récit, que l’on finit par oublier et qui revient à la fin, récit dans le récit, totalement imbriqué, qui peint la femme comme une proie.
   
   De nombreux thèmes viennent encore s’entremêler au récit principal: le travail et l’exploitation des ouvrières à la chaîne à l’usine de Niagara Tubing, la musique qui est si importante dans la vie de Zachs et devient une raison de vivre, le racisme, l’antisémitisme, le rejet de l’autre qui est à l’origine du drame. Enfin, plus fort que tout est la dénonciation de l’attitude des Etats-Unis pendant le seconde guerre mondiale, son refus de prendre parti, le renvoi criminel d’un bateau contenant des centaines d’immigrés qui ont péri dans les camps.
   
    Un beau livre!

critique par Claudialucia




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