Lecture / Ecriture
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Le musée du silence de Yôko Ogawa

Yôko Ogawa
  La piscine
  La grossesse
  La formule préférée du professeur
  Les abeilles
  Les paupières
  Tristes revanches
  La Bénédiction inattendue
  Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie + un thé qui ne refroidit pas
  La marche de Mina
  L'annulaire
  Une parfaite chambre de malade
  La mer
  Cristallisation secrète
  Amours en marge
  Les tendres plaintes
  La Petite Pièce Hexagonale
  Le musée du silence
  L'hôtel Iris
  Parfum de glace
  Manuscrit zéro
  Les lectures des otages
  Petits oiseaux
  La Jeune fille à l'ouvrage

Yōko Ogawa (小川洋子°) est une écrivaine japonaise née en 1962.
Elle a obtenu:
Le Prix Akutagawa pour "La Grossesse" en 1991
Le Prix Tanizaki
Le Prix Izumi
Le Prix Yomiuri
Le Prix Kaien pour son premier court roman, "La désagrégation du papillon"


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le musée du silence - Yôko Ogawa

Poésie trouble
Note :

   Une fois encore, cette grande romancière japonaise contemporaine qu’est Yôko Ogawa nous plonge dans un environnement reclus et envoûtant. Moins violent et plus onirique qu’Hôtel Iris, Ogawa nous entraîne dans un univers où la normalité tient, au départ, de la bizarrerie.
   
   Un jeune homme répond à une annonce et se rend dans une campagne reculée du Japon pour mettre au point un musée privé. Une vieille femme, acariâtre et autoritaire, a amassé depuis des dizaines d’années des objets formant un immense bric-à-brac.
   
   Ces objets ont comme point commun d’avoir appartenu à des villageois maintenant décédés et d’avoir été volés, au lendemain du décès. Ils sont tous censés représenter fondamentalement leur propriétaire, donner en un coup d’œil à comprendre leur personnalité profonde.
   
   Entassés dans une remise glauque et humide, le muséologue professionnel va entreprendre de les classer, de les répertorier, de les purifier afin de leur donner une durabilité. Il est en cela aidé de la fille adoptive de la géronte et de cette dernière qui raconte l’histoire de chacun des objets au fur et à mesure qu’il sort de la remise.
   
   Mais le calme de la bourgade sera bientôt perturbé par une série de meurtres sur des femmes dont l’assassin découpe méthodiquement les mamelons.
   
   Quel rapport entre le musée et cette série de meurtres? C’est la question prétexte qui sert de trame à ce roman intriguant et à l’atmosphère renfermée.
   
   Ce roman est une superbe variation sur le thème du sens de nos existences, de la trace que nos vies auront laissée, de l’influence du vivant par nos souvenirs, nos fantasmes, nos phobies. En quoi le rapport au symbole peut être plus prégnant que la relation aux autres et que notre vision de l’autre est influencée par ces mêmes symboles.
   
   Un roman ô combien attachant, cursif et qui nous offre une montée en tension dramatique progressive. Un roman à lire d’une traite pour se laisser envahir par la poésie trouble qui s’en dégage.
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critique par Cetalir




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Que préserve un musée?
Note :

   Le narrateur, un homme jeune et solitaire, a une passion pour les musées. Cette passion est aussi son métier: il aide à leur installation. Il arrive ici en un lieu retiré, en réponse à une petite annonce passée par une vieille femme acariâtre qui veut ouvrir un musée tout à fait particulier. Depuis son enfance, elle vole à chaque décès dans son village, un objet représentatif du défunt. Ces objets s'accumulent fort nombreux dans une remise poussiéreuse mais elle se souvient de tous les détails de chaque objet et de chaque défunt. Elle veut que ce bric-à-brac soit organisé en un musée bien agencé et ouvert aux visites.
   
   Comme en général avec Yoko Ogawa, on ne peut situer exactement ni le lieu ni l'époque, sans doute parce que l'auteur vise des constantes humaines non dépendantes d'un contexte historique ou géographique. Les personnages principaux sont donc le jeune muséographes dont la préoccupation essentielle, obsessionnelle pourrait-on même dire, est de parvenir à ordonner "les fragments constitutifs de ce monde.". Le musée lui semble le meilleur moyen de "ranger" et de donner sens à tous ces éléments que l'existence fait pleuvoir sur nous, à tous ces évènements que l'existence fait pleuvoir sur lui. Vient ensuite l'étrange très vieille dame ni bonne ni méchante selon sa fille, mais tout de même très agressive et ne connaissant que les insultes voire les coups de canne pour alimenter ses relations au monde. Son maigre entourage lui est néanmoins très attaché et le muséographe le deviendra aussi. Il y a tout d'abord "la jeune fille", très jeune, presque une enfant, adoptée on ne sait pourquoi ni comment par la vieille dame; et un couple jardinier-cuisinière, très polyvalents tous les deux. Ils vivent tous dans le manoir à l'écart de la ville et ne fréquentent personne. Sauf peut-être parfois les étranges moines du silence qui partagent la montagne avec les non moins étranges "bisons des roches blanches".
   
    Le muséographe se passionne au rangement et à l'archivage des pièces hétéroclites de l'étrange musée. Le soin méticuleux du travail d'archivage des objets dont Yoko Ogawa donne une description extrêmement précise est le rituel de prise de possession des choses et, à travers elles, des évènements. Ce travail l'apaise. Sa vie personnelle se limite à l'envoi de lettres à son frère ainé adoré. Quand la vieille dame n'est plus en état de le faire, il accepte de prendre la relève et d'aller à sa place dérober des objets chez les morts. Entreprise non sans risque et à propos de risques, le monde extérieur est violent. Une fête populaire peut dégénérer, il peut y avoir des bombes dans les endroits publics et voilà que frappe un tueur en série... la police est sur les dents mais au manoir, la vie continue, entièrement orientée vers la création du musée.
   
   Un grand roman porté par une écriture superbe et dont je ne veux pas déflorer davantage les éléments tous très originaux. Une réflexion approfondie sur les tentatives de donner sens aux vies humaines, même si au monastère, on pense qu'il n'y a vraiment rien à dire.

critique par Sibylline




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