Lecture / Ecriture
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Petit traité sur l'immensité du monde de Sylvain Tesson

Sylvain Tesson
  Petit traité sur l'immensité du monde
  Dans les forêts de Sibérie
  L'axe du loup
  S’abandonner à vivre
  Une vie à coucher dehors
  Berezina
  Géographie de l'instant
  Sur les chemins noirs

Sylvain Tesson est un écrivain-voyageur français né en 1972.

Petit traité sur l'immensité du monde - Sylvain Tesson

Un anti-guide de voyage!
Note :

   Réhabilitation du nomadisme, de l'appel de la forêt, des grands espaces à parcourir, le traité de Sylvain Tesson est tout à la fois l'évocation d'aventures personnelles, un hommage à la géographie, un culte à la solitude et à l'excentricité.
   
   L'auteur parcourt le monde à pied ou à cheval, ne recourant que le plus rarement possible à un engin motorisé comme cette moto "Oural" avec side-car pour faire le tour du lac Baïkal à la rencontre d'ermites fuyant la civilisation contemporaine à l'abri d'une cabane de rondins, avec pour tout bagage une hache, un fusil et une bible. — Réfléchissez rien qu'un instant à la raison de ce choix! — Ses aventures le portent d'un bout à l'autre de l'Ancien Monde, se réservant pour demain les forêts du Nouveau Monde.
   Chemin faisant, il savoure les paysages rencontrés en n'ayant pour seul guide que le "Précis de Géomorphologie" de Max Derruau. Mais notre homme n'est pas qu'agrégé de géographie, il est aussi un "hobo", ou plutôt un "wanderer" suivant les pas des romantiques allemands du XIXe siècle, en amoureux de toutes les créations de la nature et donc se sentant à l'étroit dans l'humanisme. «Apprendre à rester seul pour vivre plus intensément» pourrait être sa devise!
   
   L'étonnement monte d'un cran au chapitre 9 intitulé "Sur les vaisseaux de pierre". «Les cathédrales escaladent le ciel. Nous escaladions les cathédrales…» Le récit au singulier est passé au pluriel pour évoquer les aventures nocturnes de grimpeurs de gargouilles et d'escaladeurs d'arcs boutants, sans oublier des visites dans les célestes greniers. «Au sommet de chaque clé de voûte, un trou de quelques centimètres de diamètre servait autrefois à faire passer le câble des lustres. Ces orifices inutilisés sont aujourd'hui obstrués par un cylindre de bois. Nous avons souvent débouché ces trous et approché le visage pour sentir pulser l'air chaude de l'église, aspiré par la différence de température entre la nef et la charpente.»
   
   Les villes ne sont fréquentables qu'en y vagabondant, en évitant les contacts avec le pire, «l'Administration, cette gorgone inventée pour servir les hommes mais qui s'est retournée contre eux» au point de rendre impossible d'entrer à cheval dans Tachkent par la Grande Porte! Bref, ni les encombrements du Périphérique ni les ralentissements du débit sur la Toile ne figurent dans son quotidien.
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critique par Mapero




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Chemins de traverse
Note :

   Voulant découvrir "Dans les forêts de Sibérie", j'ai opté pour "Petit traité sur l'immensité du monde". C'est comme ça. Quand on choisit ses lectures, comme quand on vagabonde, on ne prend pas toujours le chemin prévu.
   
   Sylvain Tesson voyage. A pied principalement, à cheval, à bicyclette. Rarement autrement que by fair means.
   
   Qu'est ce qui le pousse?
   "C'est pour contempler le monde, boire à sa coupe et m'en gorger que je le sillonne."
   

   Géographe de formation, "la géographie, la plus belle des disciplines", il explique pourquoi la géomorphologie devint pourtant sa discipline préférée.
   
   Comme en Ouzbékistan, la déception est possible:
   "L'une des vertus du bon wanderer est de ne rien attendre du chemin qu'il emprunte. A chaque pas il cueille les émotions, il se gorge de nouveautés, mais il n'essaie pas de trouver des correspondances entre ce qu'il découvre et ce qu'il espérait trouver. (...) Le monde qu'on a sous les yeux sera toujours moins beau qu'une photo sépia ou que sa description dans une chronique ancienne.(...) Mieux vaut dans ce cas s'interdire, au moment de prendre la route, d'emporter avec soi ce que l'on sait déjà de l'endroit où on va. Un esprit vierge est la meilleure longue-vue pour balayer les horizons."

   
   Découvrant au fil de ses voyages l'oppression de la femme par l'homme, "le wanderer que je suis redeviendra humaniste lorsque cessera la suprématie du mâle", il a appris à rester seul et vivre plus densément.
   
   Bivouacs, hamacs dans les arbres, mais aussi escalades nocturnes et nuits dans les cathédrales, voilà ce qu'il évoque, avant de terminer par la rencontre d'habitants de cabanes au bord du Baïkal, qui sans doute font pressentir son séjour de six mois dans cette même région. La boucle est bouclée!
   
   "Vivre, c'est faire de son rêve un souvenir."
   

   Victor, occupant d'une cabane, ne possède que trois choses : "une hache pour n'avoir pas froid, un fusil pour n'avoir pas faim et une Bible pour n'avoir pas peur."
   
   Une lecture hautement recommandable, une bouffée de liberté. Le début m'a donné l'impression que l'auteur a la bougeotte, mais ensuite j'ai été fascinée par ses expériences... L'écriture est belle, ce qui ne gâte rien!

critique par Keisha




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