Lecture / Ecriture
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Les dames de nage de Bernard Giraudeau

Bernard Giraudeau
  Les hommes à terre
  Les dames de nage
  Cher amour

Bernard Giraudeau est un acteur, réalisateur, scénariste, producteur de cinéma et écrivain français, né en 1947 à La Rochelle et décédé en 2010 à Paris.

Les dames de nage - Bernard Giraudeau

Les femmes de sa vie
Note :

   J’ai du mal à considérer que ces dames de nage, ces femmes dont Bernard Giraudeau nous égrène très sensiblement et poétiquement des morceaux de vie, soient autre chose que les femmes de sa vie. J’ai vraiment du mal à ne pas le penser. Donc, plutôt fragments autobiographiques pour moi. Mais l’important n’est pas là. L’important c’est dans la qualité de l’écriture à laquelle je ne m’attendais vraiment pas ! Bernard Giraudeau … acteur … cinéaste … il a écrit un bouquin parce que ça se fait quand on a un nom suffisamment connu … Ça aurait bien pu être mon idée initiale et la surprise n’en fût que plus grande. C’est remarquablement écrit. Ça décrit des sentiments très fins, ténus comme un cheveu d’amour au soleil du matin. C’est sensible, plein d’humilité …
   
   Bernard Giraudeau nous décrit là de belles rencontres, d’homme à homme – je veux dire d’homme à femme, quoique … pas toujours – de très belles rencontres en tout état de cause. On est loin du manichéisme macho idiot des productions usuelles du cinéma, de ce qu’on croit être l’amour. Il nous passe tout en revue là, Bernard Giraudeau. Toutes les gammes de l’amour; du platonique, du mièvre au plus passionné, au plus improbable.
   
   Ces femmes, ces amours, sont évoquées au fil des voyages qu’il a pu faire pour préparer des films, pour … voyager, pour exister en un mot, et c’est l’occasion de jolis passages aussi sur principalement l’Afrique et l’Amérique du Sud.
   
   « J'aime les aubes et j'attaquais le grand salar d'Atacama avant que le soleil ne se lève sur les volcans de la chaîne andine. Antôn conduisait. J'ai vu, comme dans les westerns de John Ford, des baraques en planches, des portes battues par le vent, un vieux et sa vieille, à l'ombre d'une tôle, assis sur des caisses, qui regardaient une poule picorer des miettes. Sourires sans dents, mais sourires tout de même. Ils étaient hors la route, hors la vie, enfin la nôtre. Je ne comprenais rien. Comment imaginer une vie possible ici sans terres à cultiver, sans eau que des bidons, sans vie que la poussière et les souvenirs? Je me suis arrêté pour filmer, piller ce qui restait de l'histoire de ces vieux, des bouts d'histoire, des fragments dispersés. La tôle pleurait sur l'ombre et l'une d'elles pendait comme une guillotine. Eux ne comprenaient rien à mon intérêt passionné pour leur misère. Ils m'ont offert un café.»

   
   Une belle découverte.
    ↓

critique par Tistou




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Long cours
Note :

   Les dames de nage sont ces encoches sur une embarcation et c'est avec poigne qu'on les saisit dans ce très beau roman de Bernard Giraudeau. Les critiques avaient été excellentes et je les partage en bonne part. Ces pages sont d'un vrai auteur qui nous convie à son univers duquel on sort en ayant mieux compris cet homme aux semelles légères, en partance comme l'y destinait sûrement le port de La Rochelle tout Ouest dehors. Quelques dames de sa vie traversent le livre comme des sillages marins sur les océans d'un globe terrestre, un de ces globes dont je rêvais enfant. Nulle exclusive géographique chez Giraudeau, de son premier amour d'adolescence en Charente au si douloureux travesti des bas-fonds chiliens en passant par Jo la soignante des bords de Niger. Rimbaud bien sûr mais aussi Loti et Artaud ont droit de citation d'Atacama aux Philippines. Giraudeau a fait là un très beau texte nuage et zéphyr, Gulf-Stream et désert. Cède-t-il un peu à une fascination du sordide? Peut-être ne doit-on pas le dire. Mais le voyage, quoiqu'il en soit, tout d'énergie et d'affections, reste emballant.
   
             Qu'il me soit permis d'écrire que malgré ses fulgurances planétaires à la Corto Maltese, malgré ses amis tragiques, Giraudeau m'a plus bouleversé encore parlant de Marguerite, voisine d'immeuble qui s'appelle en fait Irina, fragile vieille dame émigrée russe. A qui il n'a fait que sourire en rangeant sa moto sous sa fenêtre en indiquant de ses doigts la durée de son prochain voyage. Et quand il tient la main de sa vieille maman presque aveugle, sur un banc rochelais.
    ↓

critique par Eeguab




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Une grande émotion !
Note :

   Mais si, mais si, il n'y a pas d'erreur, Bernard Giraudeau est bien l'acteur (exceptionnel à mon goût) que nous connaissons!
   Et oui, il lui arrivait d'écrire aussi!
   Franchement, si je n'avais pas eu une heure à attendre un jour sans rien pour m'occuper, je n'aurais probablement jamais acheté ce livre.
   Mais voilà, il y avait un kiosque pas loin et je l'ai acheté. Et quelle ne fut ma surprise : je l'ai adoré!
   
   Je ne sais pas très bien dans quelle mesure ce livre est autobiographique, mais je suis sûre que beaucoup d'éléments de la vie de l'auteur y sont présents.
   
   C'est un livre de souvenirs : le narrateur s'est installé en haut d'une montagne sur une île de l'océan indien... et il nous écrit, il se souvient... de son enfance, de ses amours (et surtout du premier, le plus grand!), de ses voyages aux quatre coins du monde, de ses rencontres (souvent insolites)... tout cela s'entremêle, s'emboîte...
   
   C'est raconté sur un ton qui me touche beaucoup, un ton nostalgique, empreint d'une certaine sagesse, et le regard qu'il porte sur les choses est celui de quelqu'un qui a trouvé la paix. Je ne puis m'empêcher de faire le rapprochement avec la maladie de Bernard Giraudeau (il souffrait d'un cancer), mais lui-même ne le mentionne jamais...
   
   Extrait :
   
   "C'est un campement désert sur le flanc d'un mamelon, à la lisière d'une végétation dense, d'arbustes torturés par le sol de roche. Le premier matin, je découvris ce que la nuit m'avait caché et je suis resté à le contempler. Jour immobile sous les fleuves de sève incessants, comme l'effervescence d'un printemps impatient. La paix enfin. Poser son regard sur le jour éblouissant, regarder l'invisible, des heures, ne rien faire qu'être le moment, sans futur, sans griffe du passé, être maintenant, qui s'appuie sur chaque branche, chaque pétale ivre. Se baigner des parfums, inondé de lumière matinale, sans amertume en bouche. N'avoir à respirer que le silence, le souffle léger comme un murmure, avec la soie d'une brise de mer qui caresse la peau, boire le soleil doucement comme un lait d'or. Mêmes les ombres sont solaires, surtout les ombres, puisque dessinées par la lumière avec du bleu et des restes de nuit. Je regarde une grappe de feuilles, un éventail qui se penche vers les hautes herbes fragiles, des graminées élégantes, hautaines, qui se balancent sous la libellule attentive."

   Je répète et souligne : "ne rien faire qu'être le moment, sans futur, sans griffe du passé, être maintenant" ... 
   ... rien que pour cette phrase, je le remercie, Monsieur Giraudeau!

critique par Alianna




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