Lecture / Ecriture
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Un long week-end dans les Ardennes de Hella S. Haasse

Hella S. Haasse
  Le génie du lieu
  Les seigneurs du thé
  Les routes de l'imaginaire
  Un long week-end dans les Ardennes
  En la forêt de longue attente
  Des nouvelles de la maison bleue
  La source cachée

Hélène Sérafia Haasse, dite Hella S.Haasse.
Auteur néerlandaise, née en 1918, décédée en 2011

Un long week-end dans les Ardennes - Hella S. Haasse

Pas indispensable
Note :

   L’honnêteté me porte à déclarer d’emblée que ce roman ne figurera pas parmi les indispensables de Cetalir. Non qu’il soit mauvais, mais tout simplement parce qu’il n’apporte aucune contribution particulière à la littérature contemporaine.
   
   Pourtant Hella S. Haasse figure parmi les grandes romancières néerlandaises contemporaines.
   
   Le problème avec ce roman est une intrigue compliquée à la manière d’un roman policier alambiqué aux forts relents de nationalisme et de nazisme. Tellement compliquée qu’on reste tout le temps totalement extérieur à une intrigue qui nous dépasse.
   
   En outre, le récit est très flamand et fait de nombreuses références au parti d’extrême droite qui pollue le débat actuel en Belgique et est l’une des causes du déchirement de ce petit royaume.
   
   Entre les références historiques au folklore qui met en scène les loups à travers les âges, les tentatives de liaisons entre les cultures germaniques, celtiques et serbes, l’apparition soudaine de personnages troubles dont on ne sait et ne saura rien, on s’y perd!
   
   Pour couronner le tout, la fin prend la forme d’une queue de poisson sans apporter la moindre explication logique. Comme si le roman constituait le premier épisode d’une série télévisée compliquée et réservée à un public noctambule.
   
   Quelques mots sur l’intrigue, tout de même. Une pianiste internationale, Edith Walschade, possède une propriété retirée dans les Ardennes belges où elle élève trois loups. Elle entreprend une correspondance unilatérale avec son amant disparu qui fut aussi le violon avec laquelle elle se produisait en duo. Edith est la fille d’un historien allemand dont le passé est émaillé de grands vides et dont le rôle vis-à-vis du nationalisme allemand est un point d’interrogation.
   
   Soudain surgit un personnage inquiétant qui se prétend son demi-frère et qui veut lui révéler à tout prix qui est vraiment son père. Les trois loups vont disparaître au moment même où d’étranges rites barbares et sanglants se déroulent dans la propriété de la pianiste, à son insu.
   
   Mais voilà, comme je vous l’ai annoncé, aucune réponse ne sera apportée aux multiples questions posées ce qui laissera le lecteur pour le moins dubitatif.
    ↓

critique par Cetalir




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Le silence des loups
Note :

   "Un long week-end dans les Ardennes" de Hella S. Haasse, écrivain néerlandais pose le problème de la Mémoire familiale liée à la guerre et au nazisme, à l'attitude que chacun a eue face à cette idéologie raciste qui niait les principes fondamentaux de liberté et d'égalité.
   
   Ce roman met en scène des personnages singuliers dans un étrange manoir au cœur de la forêt ardennaise. Il y a Edith Waldschade, une grande pianiste, qui défend la mémoire de son père, le professeur Erik Waldschade, éminent anthropologue qu'elle admire et qui a étudié les légendes et les superstitions populaires de l'Europe du Nord, notamment en ce qui concerne les loups.. Elle-même élève trois loups dans la forêt qui entoure son domaine. Elle entretient des rapports de haine-répulsion avec sa sœur qui dirige une secte suspecte de liens avec des groupes néo-nazis, avec son beau-frère qui vit à ses crochets et joue le gentleman farmer, et sa nièce, une évaporée sans cervelle, qui ne rêve que de célébrité. C'est dans ce contexte tendu que survient un homme qui affirme être son demi-frère et dont elle ignorait jusqu'à l'existence: Erwin Waldschade. Quel est son but? Pourquoi apparaît-il après tant d'années de silence, pourquoi accuse-t-il son père? Les théories du professeur Erik Waldschade allaient-elles vraiment dans le sens de l'idéologie nazie comme le pense Erwin? Ou bien, parce qu'il s'intéressait au patrimoine culturel allemand, a-t-il été à tort considéré comme suspect de sympathie au nazisme comme le croit Edith? A l'issue de ce drame étouffant qui va se jouer en grande partie dans ce huis-clos familial, Edith va découvrir pourquoi elle a été séparée de Yon, (Jonathan Altmann) musicien comme elle, qu'elle aime toujours mais qui est parti en Israel rejoindre sa sœur et qui ne lui a plus jamais donné de ses nouvelles.
   
   Le récit est intéressant de par la variation des points de vue entre le narrateur et deux personnages essentiels qui sont à la fois témoins et protagonistes de l'action:
   
   Mathias Crone, journaliste, écrit une encyclopédie sur les loups. C'est à ce titre qu'il s'intéresse à Edith Waldschade et qu'il parviendra à s'introduire dans le manoir, entrant ainsi dans l'histoire et y jouant un rôle non négligeable car il mène une enquête qui nous éclairera.
   
   Nous découvrons Edith par les lettres qu'elle écrit à Yon, non pour les lui envoyer puisqu'elle ne sait plus rien de lui mais pour entretenir son souvenir. A travers ces lettres nous sont révélés le passé et le présent de la pianiste, ses sentiments, ses pensées intimes.
   
   Le thème du loup est omniprésent dans l'histoire, génie tutélaire ou bête maléfique? Il est vu à travers le prisme des légendes et des superstitions et introduit une note fantastique dans le roman, en particulier avec le tableau gigantesque qui orne le mur d'une salle du château et peint le loup légendaire Fenrir en train d'avaler le soleil. Mais le symbolisme du loup est complexe. Pour le professeur Waldasche, Fenrir en avalant le soleil marque la fin de la civilisation occidentale "menacée par d'immenses flux migratoires". A cette affirmation Erwin répond:
   "Je partage sa conviction que cette immigration est le phénomène radical de ce siècle et probablement du suivant. Mais je le regarde d'une manière radicalement opposée. Pour moi, ce n'est pas une menace. Au contraire, je veux contribuer à ce processus migratoire, à ce mélange ethnique."

   
   Car Erwin est le personnage clef du roman. Il est plein de ressentiment et d'aversion pour ce père qui ne l'a jamais aimé et s'est débarrassé de lui dès qu'il a pu, assumant seulement son entretien matériel. Il est persuadé que c'est pour des raisons ethniques que son père l'a repoussé ainsi. En se faisant reconnaître par ses sœurs, il vient briser l'ordre établi, troubler la bonne conscience de cette société bourgeoise mais aussi les manipuler, jouer avec leur destin. A la fin du roman, Erwin va s'opposer à ce père disparu depuis longtemps, en prenant le contrepied: il crée un centre d'hébergement pour demandeurs d'asile, provoquant de la part des conservateurs et des groupuscules racistes des troubles sociaux.
   
   A t-il pour autant changé l'attitude d'Edith? Cette femme qui a toujours évité de parler à Yon de sa judaïcité, qui n'a rien voulu savoir de la famille Altmann disparue pendant l'Holocauste, qui a toujours évité de sonder le passé de son père, ne lui ressemble-t-elle pas, en fait?
   Erik Waldasche confiait à sa fille pendant la guerre:
    Nous sommes à l'ère des loups, la bêtise et la malveillance ont tôt fait de placer sous un mauvais éclairage des choses bonnes en elles-mêmes. Ne rien dire est encore la meilleure manière de protéger ce qu'on pense."
   
   Ne rien dire! C'est peut-être cela que Hella Haasse condamne, c'est ce que Erwin lui reproche à son père :
   "Intervenir, oui mais sans courir de risques personnels. Jamais il n'a osé prendre parti ouvertement avant ou après la guerre. Et jamais il n'a eu une parole après la guerre pour l'holocauste."

   
   Edith ne veut pas écouter son frère, prend congé de lui pour partir en concert. Elle se réfugie dans son art comme son père se cachait derrière ses livres et ses citations de Goethe, refusant de prendre parti. Rien n'a changé malgré le drame qui vient d'avoir lieu.
   "Voilà ma réponse; je n'ai rien de plus à te dire. Les mots s'arrêtent où commence la musique. Au revoir Erwin."

critique par Claudialucia




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