Lecture / Ecriture
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Le Professeur de Charlotte Brontë

Charlotte Brontë
  Jane Eyre
  Villette
  Le Professeur
  Shirley

Charlotte Brontë (1816 - 1855) est une romancière britannique, soeur d' Anne Brontë et d'Emilie Brontë, toutes deux romancières.

Sheila Kohler a mis en scène l'écriture de "Jane Eyre" dans son roman "Quand j'étais Jane Eyre".

Le Professeur - Charlotte Brontë

La xénophobie et l’intolérance
Note :

   Il est des livres qu’il vaudrait mieux ne pas lire! Non seulement parce qu’ils sont mauvais mais parce qu’ils détruisent l’image idéalisée d’un écrivain que l’on a aimée depuis l’enfance. Tel est le cas du roman de Charlotte Brontë "Le Professeur" et je comprends qu’il ait été en son temps refusé par l’éditeur. Mais ce qui m’afflige davantage, c’est de découvrir la personnalité de Charlotte Brontë. Quand on aime un écrivain, on aimerait pouvoir aussi estimer l’homme ou la femme qui est derrière.
   
   L’intrigue?

   
   Un jeune homme de noble condition mais pauvre, William Crimsworth, perd l’appui de ses oncles en refusant d’entrer dans l’église car il ne se sent pas la vocation. Il est donc obligé de gagner sa vie pour vivre. Après un essai raté dans l’entreprise de son frère Edouard qui le traite en subalterne et ne cesse de l’humilier, il décide, sur les conseils d’un ami, monsieur Hundsen, de partir en Belgique. Là, il est engagé comme professeur dans un pensionnat de garçons et de jeunes filles. Cependant les intrigues de la charmante directrice, Mademoiselle Zoraïde Reuter, lui font perdre son double poste. Pourra-t-il retrouver un travail? Pourra-t-il épouser Frances, la femme qu’il aime?
   
   Charlotte Brontë fait appel pour écrire ce roman à sa propre expérience d’enseignante en Angleterre et à Bruxelles où elle est allée perfectionner son français.
   
   J’ai été horrifiée par la xénophobie, l’intolérance, le conformisme et l’étroitesse d’esprit qui  forment le fond de ce roman! Voilà la présentation des élèves du pensionnat belge de William Crimsworth qui les juge selon leur nationalité.
   
   Xénophobie et racisme

   
   Les jeunes filles :
   les flamandes : "Derrière elles, deux flamandes vulgaires, parmi lesquelles se faisaient remarquer cette difformité physique et morale que l’on rencontre si fréquemment en Belgique et en Hollande, et qui semble prouver que le climat est assez insalubre pour amener la dégénérescence de l’esprit et du corps."
   
   Les françaises : "Les deux premières ne sortaient pas du commun des mortels, leur physionomie, leur éducation, leur intelligence, leurs pensées, leurs sentiments, tout en elles était ordinaire; Zéphyrine avait un extérieur et des manières plus distinguées que Suzette et Pélagie; mais c’était au fond une franche coquette parisienne, perfide, mercenaire et sans cœur."
   
   L’espagnole : (mi-belge, mi-espagnole) Je suis étonné qu’en voyant cette jeune fille quelqu’un ait pu consentir à la recevoir sous son toit. (…) La partie supérieure de son crâne conique était large et saillante, et le sommet fuyant et déprimé (..) mais la couardise se lisait quelque part sur son visage.."
   
   La russe (mi-russe, mi germaine) "Quant au moral une ignorance crasse, une inintelligence complète"
   les garçons :
   "Certes, les deux garçons étaient belges et avaient la figure nationale, où l’infériorité intellectuelle est gravée de manière à ne pouvoir s’y méprendre: mais ce n’en était pas moins des hommes…"

   
   sentiment de supériorité britannique

   
   Les anglaises  sont nettement au-dessus des autres jeunes filles du pensionnat :
   "un visage moins régulier que celui des belges, mais plus intelligent, des manières graves et modestes (…) on distinguait du premier coup d’oeil l’élève du protestantisme de l’enfant nourrie au biberon de l’église romaine et livrée aux mains des jésuites."

   
    sentiment de supériorité de la classe sociale

   
   Mais si les anglaises s’en sortent mieux que les autres, elles ne sont pas exemptes de défaut quand elles sont de condition modeste!
   "et répulsives (plus d’un aurait appliqué cette dernière épithète aux deux ou trois anglaises solitaires, roides, mal habillées et modestes dont j’ai parlé tout à l’heure).."

   
   Intolérance religieuse

   
   "Je ne sais rien des arcanes de la religion et je suis loin d’être intolérant en matière religieuse; mais je soupçonne que cette impudicité précoce si frappante et si générale dans les contrées papistes, prend sa source dans la discipline sinon dans les préceptes de l’église romaine. Ces jeunes filles appartenaient aux classes les plus respectables de la société (…) et cependant la masse avait l’esprit complètement dépravé."

   
   la conception de la femme

   
   Le seul domaine où Charlotte Brontë fasse preuve d’ouverture d’esprit et soit en avance sur la société de son temps c’est lorsqu’elle parle du rôle de la femme et de l’épouse.
   
   Frances, la femme idéale dans "Le professeur" est douce mais sans faiblesse. Son mari peut avoir de l’influence sur elle mais sans la dominer. Elle est intelligente, curieuse et aime étudier. Elle est prompte à se révolter devant l’injustice. Elle affirme qu’elle préfèrerait se séparer de son époux s’il se montrait indigne et tyrannique. Enfin, elle veut travailler car elle s’ennuierait à son foyer en attendant son mari. Elle veut être active, entreprenante et préfère contribuer à l’entretien de son foyer.
   
   Il faut dire, cependant, que si Frances est un  femme supérieure c’est que, bien que belge par son père, elle est anglaise par sa mère et protestante, bien sûr! Ouf! On l’a échappé belle!

critique par Claudialucia




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Fin et subtil
Note :

    Incroyable! J'ai lu tous les romans de Charlotte Brontë! Jane Eyre (avant blog), Shirley, et Villette. « The Professor » est un roman posthume (1857), quoique écrit avant les autres, mais refusé à plusieurs reprises... Je crois qu'on l'a accusé d'être une œuvre moins aboutie, mais ce n'était pas l'avis de Charlotte Brontë, quand même la meilleure juge de l'affaire.
   
    Comme dans Villette, une partie de l'action se déroule à Bruxelles, dans une école de jeunes filles. Mais là le héros est un jeune homme, William Crimsworth, ayant refusé le sort le guettant en Angleterre (pasteur, mari d'un cousine ou clerc dans une usine) et tentant l'aventure en Belgique. D'abord professeur dans une école de garçons, avec succès, il est appelé dans l'école de filles voisine, où il remarque ou est remarqué par diverses jeunes femmes...
   
    Petits cœurs romantiques, passez votre chemin! Crimsworth semble toujours sur la retenue, l'examen ; il décrit ses méthodes d'enseignement, quelques types d'élèves (très intéressant). Il trouvera une âme sœur, oui, mais surtout il fera son chemin par ses propres moyens et sa seule énergie ou presque.
   
    Je me suis lancée dans cette lecture sans rien savoir, et ai quasi continuellement été étonnée des choix de l'auteur pour son personnage. C'est intrigant, peut-être agaçant, mais extrêmement intéressant. Hunsden, dont on fait la connaissance au début, et qui pousse Crimworth à fuir son triste sort, apparaît et réapparaît, mystérieuse personnalité. Bref, plein de détails dérangeants pour un lecteur amateur d'histoires plus confortables, et je comprends que cela ait pu gêner. Personnellement, cela contribue à me pousser à conseiller cette lecture.
   
    Aucune difficulté majeure à lire en VO. Certains dialogues sont en français (traduits pour le lecteur anglophone) et prouvent une maîtrise de cette langue par Charlotte Brontë, qui, rappelons-le, vécut elle aussi à Bruxelles!
   
    L'une des réussites du roman demeure la description de l'évolution de Frances, c'est fin et subtil, c'est d'ailleurs finalement l'une des caractéristiques du roman.
   
    Si on veut s'amuser à lire entre les lignes, l'on trouve une vision de la Belgique et surtout des Flamands que j'espère datée, pour Crimsworth Angleterre et protestantisme sont supérieurs à tout* ... Allez, je cite juste un "I was not then sensible of the horrors of the Belgian accent".

critique par Keisha




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