Lecture / Ecriture
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Avis de tempête de Susan Fletcher

Susan Fletcher
  La fille de l’Irlandais
  Un bûcher sous la neige
  Avis de tempête
  Les reflets d'argent

Susan Fletcher est une romancière britannique née à Birmingham en 1979.

Avis de tempête - Susan Fletcher

Un livre magique
Note :

   "Les balances à crabes orange devant la maison. La rangée de goélands argentés."
   
   Moïra,"Dure comme un galet", "dure, obstinée" tente de tisser un lien avec sa sœur cadette dans le coma suite à une chute inexpliquée.
   
   "Amy,c'est moi qui te parle,je veux que tu le saches. Ce ne sont pas des mots pris dans des livres,, ou des magazines. C'est moi qui les dis, moi qui me suis toujours si rarement exprimée par des mots, les mêmes que tout le monde mais par des nombres, par des symboles, des marques sur la peau. [...] Mais ces mots, ils sont aussi dans ma tête. c'est la voix de mon esprit, qui ne se tait jamais, et ce sont mes pensées: vives, miroitantes comme des écailles de maquereau. Elles surgissent par éclairs dans mon cerveau pendant que je marche, ou que je lis. Que je plante des jacinthes, agenouillée dans l'herbe de la pelouse. Que je ferme les fenêtres de cette chambre quand je sens venir la pluie."

   
   Moïra remonte le cours du temps, petit à petit les pièces du puzzle s'emboîtent et l'on comprend pourquoi la narratrice, toute sa vie s'est "tenue à la frontière" de l'amour, de l'amitié, de la vie.
   
   Une voix mesurée, calme et dense qui se fraie un chemin en nous. Un style imagé, dont on pourrait quasiment extraire des haïkus, charnel et placé sous le signe de l'eau. Une vraie et belle découverte. Un livre magique.
   
   Sorti en poche!
   
   (Mais comment peut-on faire des couv' aussi moches, bon sang!)
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critique par Cathulu




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Embarquée!
Note :

   Moïra visite sa sœur Amy, plongée dans le coma depuis cinq ans. Rongée par le remord de ne pas avoir été une aînée aimante, elle lui raconte petit à petit leur histoire, son histoire. Celle d'une fille de la mer, dure, sauvage qui s'éveille à la vie.
   
   Une des choses qui frappe dans "Avis de tempête", c'est la présence de la nature, de la mer qui se fait au gré des pages paysage, personnage, fatalité, et qui toujours, habite Moïra. Une drôle de fille Moïra, surdouée sans aucun doute, mais si peu sociable, si obstinée, si dure avec elle-même et avec les autres. Petit à petit pourtant, elle se livre à celle qu'elle a si longtemps détesté, racontant son amour fou pour ses parents, les failles qui apparaissent petit à petit, la jalousie qui ronge, la recherche d'une place qui soit la sienne. Jusqu'à enfin trouver l'apaisement.
   
   Au fil des pages, Susan Fletcher dessine une magnifique portrait, tout en nuances, révélant les parts d'ombre comme la lumière de Moïra à travers l'enfant sauvage, l'adolescente disgracieuse, la jeune femme torturée, décryptant les relations familiales, amicales, amoureuses, le long et parfois douloureux cheminement vers l'âge adulte avec finesse, humour et tendresse.
   
   C'est une belle histoire, pleine de secrets, de tromperie, d'amour, portée par une écriture superbe qui annonce la puissance évocatrice et la beauté de "Un bûcher sous la neige". J'ai été embarquée par la plume de Susan FLetcher.
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critique par Chiffonnette




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Une femme entière
Note :

   La lecture de "Un bûcher sous la neige" m'a donné envie de lire d'autres œuvres de Susan Fletcher. J'ai donc continué la découverte de cet écrivain avec "Avis de Tempête", qui, s'il ne m'a pas autant fascinée que le livre précédent, est un bon roman que j'ai lu avec intérêt.
   
   Moïra passe de longs moments au chevet de sa petite sœur Amy dans le coma depuis cinq ans après une chute accidentelle. Elle a longtemps détesté Amy dont la naissance a correspondu pour elle à son envoi en pension loin de ses parents. Elle a toujours éprouvé des sentiments négatifs envers elle, la tenant pour responsable de son éloignement, refusant de s'occuper de la fillette, la rudoyant ou affichant une parfaite indifférence.
   
   Le sentiment de culpabilité qu'elle éprouve envers sa sœur la pousse à lui raconter son histoire, une manière de lui demander pardon. Nous découvrons un personnage entier, sensible, sauvage, brillante élève dans les matières scientifiques mais repoussée par les autres à cause de son physique disgracieux. Moïra pense que personne ne peut l'aimer et lorsque un jeune homme la courtise, elle imagine qu'il veut se moquer d'elle. Plus tard, devenue son épouse, elle sera à nouveau en proie à la jalousie, ce qui l'amènera au bord de la rupture. Cette confession qui se poursuit de jour en jour permettra à Moïra de faire la paix avec elle-même.
   
   Au départ, j'ai été un peu déçue parce que je m'attendais à ce que le personnage d'Amy prenne une grande place dans le récit et dans l'analyse mais le récit est à une voix: C'est Moïra qui parle, qui présente le monde autour d'elle et si nous voyons Amy, c'est épisodiquement lorsque sa grande sœur la rencontre, c'est à dire peu souvent. Peu à peu, cependant, je me suis laissée prendre par le récit, par les souffrances de cette jeune fille qui se croit mal aimée de ses parents après la naissance de ce bébé qui naît onze ans après elle, alors qu'on ne l'attendait plus. Le monde de l'adolescence qu'elle décrit dans la pension n'est pas tendre avec les sarcasmes des camarades de classe, le harcèlement qu'elle subit de leur part, même s'il y a de temps en temps la gentillesse d'un professeur, le bonheur de l'étude avec son professeur de biologie.
   
   Les talents de conteuse de Susan Fletcher qui m'avait déjà frappée dans "Un bûcher sous la neige", sont bien présents. Certains passages sont très forts: celui par exemple où la mère enceinte fait une fausse couche dans la neige après avoir voulu porter secours à ses voisins privés d'électricité, celui où Moïra nage dans l'eau glaciale et escalade au péril de sa vie un immense rocher glissant, couvert de moules et d'algues, celui encore où l'on découvre Miss Bailey, dans l'escalier, la tête en bas, les jupes relevées, foudroyée par un accident cérébral...
   
   Susan Fletcher a aussi le don de faire vivre les personnages secondaires, de les croquer comme un peintre le ferait, sur le vif : on voit les parents de Miss Bailey pleurer, petits vieillards recroquevillés sur le banc érigé en l'honneur de leur fille morte, madame Bannister atteinte d'un grave maladie, dire en regardant une photo et en parlant d'elle-même: "comme elle était jolie!" ou encore Annie dégringoler du toit sur lequel elle s'était réfugiée pour échapper au vaccin qui la terrifie.
   Vous découvrirez aussi, dans cette pension de jeunes filles, un squelette facétieux qui prouve que l'humour est au rendez-vous.
   
   Mais c'est encore dans la description de la nature que Susan Fletcher excelle le plus: même si celle-ci est moins présente, hélas, que dans "Un bûcher sur la neige", la mer sur la côte-ouest du Pays de Galles, impose sa présence, si primordiale pour Moïra qu'elle fait partie de sa vie, qu'elle est son premier souvenir:
   "Quelque fois on allait en barque à Skomer Island: un ciel moutonneux et des ailes pour nous propulser. Je voyais des fous de Bassan, des cormorans huppés et des fulmars; des mouettes à dos noir et des cormorans. Des phoques s'ébattaient sur les rochers, des mouettes tridactyles hurlaient leur nom, et puis il y avait les macareux. Eux, c'étaient mes préférés. J'aimais leurs ailes rapides, leur façon maladroite de toucher terre, et leurs gros becs charbonneux."

critique par Claudialucia




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