Lecture / Ecriture
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Le nazi et le barbier de Edgar Hilsenrath

Edgar Hilsenrath
  Fuck America
  Le nazi et le barbier
  Nuit
  Le retour au pays de Jossel Wassermann

Edgar Hilsenrath est un écrivain juif allemand né en 1926 à Leipzig.
Il a passé son enfance à Halle (ce que je précise car il attribue la même particularité à Jakob Bronsky, son héros de "Fuck America"). Pendant la guerre, Hilsenrath et sa famille furent déportés dans un ghetto roumain. A sa libération il vécut successivement en France, en Palestine, à New York et en Allemagne où il a fini par se fixer à nouveau.
Il écrit en allemand bien qu’ayant publié également aux Etats-Unis, et est très attaché à cette langue. Il a écrit de nombreux romans (ses œuvres complètes comptent 10 tomes) dont on trouve en français environ une demi-douzaine actuellement.

Le nazi et le barbier - Edgar Hilsenrath

Attention chef d’œuvre!
Note :

   Max Schultz, dont la mère est prostituée, est élevé par ses cinq pères. Bâtard mais aryen pure souche, il apprend le métier de barbier tant il est passionné par la coiffure. Il est le voisin, l’ami et le camarade d’école d’Itzig Finkelstein, qui est un enfant de confession juive, né le même jour que lui, dont le père tient un salon de coiffure juste en face de son appartement. Il y fera d’ailleurs son apprentissage. Malgré son amitié pour cette famille, il sera rattrapé par la politique nazie de l’époque, et deviendra SS, surveillant dans un camp de concentration - celui là même où seront déportés ses amis- et auteur d’un nombre incalculables de crimes.
   
   Après la fin de la guerre, afin d’échapper aux poursuites, il change d’identité et prend le nom de son camarade d’école juif Itzig Finkelstein, mort en déportation. Fort de ce faux patronyme qui le protège, il part se réfugier en Israël, échappant ainsi à un procès et se faisant le témoin des premières années de l’état d’Israël. On assiste alors à un véritable retournement de situation: Max, alias Itzig, devient sioniste militant, passe ses journées dans un kibboutz, apprend l’hébreu, et se retrouve finalement à combattre le peuple palestinien, devenant un héros de la guerre des six jours.
   
   Dès les premières lignes, le ton est donné. Avoir un «physique de juif», cinq géniteurs potentiels, une mère pute et une hérédité aryenne n’est certes pas banal et laisse présager d’un héros «hors du commun». L’auteur donne de fait la parole, sous une forme humoristique, à un ancien bourreau qui, à la fin de la guerre, usurpe l’identité d’un ami juif mort par sa faute, pour échapper à son triste destin. D’une qualité littéraire exceptionnelle, il nous offre un récit grotesque et gigantesque. Les situations sont toutes plus loufoques les unes que les autre permettant à l’auteur de nous donner une vision burlesque mais néanmoins toujours aussi tragique de la Shoah.
   
   Ce roman, magistralement et formidablement écrit, est certainement un des livres les plus brillants que j’aie lu ces dernières années, à tel point que je me le suis offert après l’avoir lu, d’autant que l’illustration de la première de couverture est de toute beauté. Quant au texte… Quel talent! Quelle force! En adoptant un ton désopilant pour donner la parole à un ex SS, Edgar Hilsenrath écrit un chef d’œuvre.
   
   Ce roman, à lire de toute urgence, traite de sujets peu abordés en littérature, à savoir le sort et la fuite des partisans nazis au lendemain de la guerre et la naissance de l’état d’Israël.
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critique par Éléonore W.




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Parce que plus rien n'est sacré
Note :

   Edgar Hilsenrath né en Allemagne en 1926 est un rescapé des ghettos. Toute son œuvre évoque cette période. Ecrit dans les années 60, ce livre est paru aux Etats Unis et traduit dans de nombreuses langues. Il connaît un succès considérable et confère à son auteur une renommée. En Allemagne, le livre est boycotté en raison de la manière dont il bouscule les consciences par sa vision burlesque et complètement décalée de la Shoah. Les allemands n'acceptent pas de tourner en dérision bourreaux et victimes! surtout de la part d'un écrivain juif! Ce n'est qu'en 1977 que le roman paraît enfin avec un succès teinté de scandale. Voilà pour l'histoire du livre.
   
    C'est l'histoire de Max Schulz, aryen pure souche, bourreau sans état d'âme de milliers de victimes, ni regret ni remord, anti-héros opportuniste qui finit dans la peau d'un Juif combattant pour la liberté du nouvel état d'Israël!
   
    Max Schulz est barbier, un métier, que le père de son ami juif Itzig, lui a appris. Mais quand Hitler prend le pouvoir, il adhère complètement à ses idées et devient un nazi convaincu. C'est au camp de concentration où il est affecté qu'il trouve sa vraie nature : assassin, tueur, bourreau de milliers de juifs y compris son ami Itzig. Tout est bien quand on est du bon côté. Aussi quand la guerre se termine et que les nazis doivent payer, il fuit pour sauver sa peau. Sans aucun scrupule, il prend l'identité de son ami Itzig et embrasse la cause sioniste. Il devient un farouche défenseur du peuple martyr comme il l'a été du Reich qui devait durer 1000 ans. C'est un bourreau impitoyable, sans cœur, cynique qui veut uniquement sauver sa tête. Surtout ne rendre aucun compte à personne et tout faire pour rester du bon côté. Même devant Dieu, il trouve le moyen de ne pas être jugé. Le lecteur risque même de le trouver sincère et repentant, mais... n'y arrive pas.
   
    L'auteur, à travers un texte percutant et sous l'apparence d'une comédie, nous interroge sur la culpabilité et le salut.
   
    Le rythme est fort et tenace et le livre devient inoubliable par le fait qu'il raconte la Shoah vue par un bourreau mais écrit par un Juif. C'est absolument fort par les situations cocasses et l'attitude impitoyable de ce Max Schulz alias Itzig.
    A lire.

critique par Marie de La page déchirée




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