Lecture / Ecriture
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La fenêtre panoramique de Richard Yates

Richard Yates
  La fenêtre panoramique
  Onze histoires de solitude
  Easter Parade
  Un été à Cold Spring

Richard Yates est un écrivain américain né en 1926 et décédé en 1992.

La fenêtre panoramique - Richard Yates

Un livre/ un film
Note :

   Titre original : «Revolutionary Road» première parution en 1961.
   
   Présentation de l'éditeur
   
   "April et Frank Wheeler forment un jeune ménage américain comme il y en a tant: ils s'efforcent de voir la vie à travers la fenêtre panoramique du pavillon qu'ils ont fait construire dans la banlieue new-yorkaise. Frank prend chaque jour le train pour aller travailler à New York dans le service de publicité d'une grande entreprise de machines électroniques mais, comme April, il se persuade qu'il est différent de tous ces petits-bourgeois au milieu desquels ils sont obligés de vivre, certains qu'un jour, leur vie changera... Pourtant les années passent sans leur apporter les satisfactions d'orgueil qu'ils espéraient. S'aiment-ils vraiment? Jouent-ils à s'aimer? Se haïssent-ils sans se l'avouer?... Quand leur échec social devient évident, le drame éclate."

   
    
    Le roman est conforme au film que Sam Mendes en a tiré (Les Noces rebelles). Bien plus que je ne m'y attendais! La plupart des scènes ont été conservées, et sont présentées dans le même ordre que celles du récit, bien des phrases de dialogue se retrouvent aussi.
    
   Cependant, nous découvrons en détail le passé du couple Frank/April: ce troisième enfant qui les empêche de partir en Europe réaliser leur rêve de changement de vie, n'est qu'un remake: lorsque dix ans plus tôt ils vivaient dans le «Village», d'une façon bohème, ils espéraient déjà partir: April s'est trouvée enceinte pour la première fois et a hésité à se faire avorter...
   Enfants, ils n'étaient pas désirés par leurs parents. Et pour ce qui est d'April, elle fut confiée à une de ses tantes et ne voyait jamais ses parents.
    
   Installés dans leur vie de famille qui leur paraît étriquée, ennuyeuse, ils se querellent sans trêve. Le ratage de la pièce de théâtre inaugure une longue période de froid glaciaire. April ne veut pas se réconcilier.
     Lorsqu'un soir April le reçoit bien de nouveau, et lui reparle de partir en Europe, Frank  voit bien qu'elle se conduit à nouveau comme au théâtre « Et ce qu'il y eut de drôle, c'est qu'en dépit de sa profonde stupéfaction, il ne put s'empêcher de remarquer que la voix d'April... possédait une faculté de jouer la comédie, de prendre un ton d'intensité qui sonnait un peu faux: bref, un air de parler moins à lui qu'à une abstraction romanesque».
   Il lui emboîte la pas, ils  se joueront la comédie tous les deux, mais il veut croire que c'est pour un résultat positif.
   En outre, il trouve du plaisir à se regarder jouer un rôle, et jette de fréquents coups d'œil à la fameuse fenêtre panoramique qui lui renvoie son image.
   Dès l'âge de dix ans, lorsque son père l'emmène visiter l'usine dans laquelle il travaille, il se plaît à regarder son image reflétée dans une glace quelconque:
   «  Mais les yeux de Frank préféraient aux machines sa propre image que réfléchissait la glace de vitrage. Il se trouvait miraculeusement plein d'une dignité nouvelle grâce à son costume neuf, à son manteau et à sa cravate qui ressemblaient à ceux de son père ; et il était tout content de regarder le couple qu'ils formaient, le père et le fils, au milieu de la foule des passants sur le trottoir».
Ce geste intervient pour le rassurer car, en fait, il a détesté à la fois l'usine, le patron qu'on lui a présenté, l'attitude complaisante, voire servile de son père à l'égard du supérieur.
    
   La différence réside aussi dans les points de vue narratifs. Contée à la troisième personne, l'histoire est vue la plupart du temps par Frank. Ensuite, c'est Shep Campbell, le voisin amoureux d'April, qui prend le relais, ce qui en fait un personnage un peu plus consistant que dans le film.
   La narration est également confiée sur de courtes périodes à l'agente immobilière qui nous saoule, qui a rendu sourd son mari et dingue son fils...
    
   Pendant presque tout le récit April est vue par des yeux extérieurs, et connue par ses répliques dans les dialogues. Ce n'est que dans le final tragique, que l'on sait ce qu'elle pense vraiment... « la seule faute réelle, l'unique erreur, la seule déloyauté qu'elle pouvait se reprocher, c'était qu'elle l'avait toujours pris pour ce qu'il était, rien de plus. Oh, pour un ou deux mois, histoire de se distraire, ç'aurait pu être très bien de jouer ce jeu-là  avec un garçon; mais pendant tant d'années ... »
   
   Le propos d'April est sans appel. Elle s'est trompée depuis le début... 
    
   C'est un excellent roman, qui vaut la peine d'être lu, même après avoir vu le film.
    ↓

critique par Jehanne




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De savoureux portraits
Note :

   Quel beau titre que cette fenêtre panoramique, pièce maîtresse de l’intérieur où ont choisi d’habiter Frank et April, jeune couple s’installant dans la vie. Mais quelques années plus tard rien ne va plus pour les Wheeler…
   
   Le roman démarre par une pièce de théâtre amateur dans laquelle joue April. Mais le spectacle ce soir là se révèle vraiment mauvais, et le révélateur aussi de tout ce qui ne va pas dans la vie d’April. Frank a beau tenter de la réconforter et de relativiser, rien n’y fait et elle finit dans le canapé du salon. Et même lorsqu’ils reçoivent un couple de voisins et amis, les Campbell, le sujet de la compagnie théâtrale du Laurier devient un sujet plus que délicat pour Frank. La conversation bifurque d’ailleurs rapidement sur les enfants…
   
   April et Frank ont la trentaine, un garçon et une fille, un pavillon de banlieue, tout ou presque pour être heureux et nous allons assister à la lente désintégration de leur couple, à la guerre froide initiée par April.
   
   Une sorte de huis clos savoureux et tragique autour de la vie d’un couple. Un roman superbement construit où l’auteur distille tout doucement les multiples raisons de la chute d’une union. Les descriptions des relations entre les individus sont très bien rendues. Il faut dire que le roman est particulièrement bien écrit. Il montre à merveille la difficulté de vivre par le regard des autres, cette fenêtre étant l’endroit aussi d’où ils observent les autres et dont ils peuvent être observés, par cet effet de miroir que ce que vous faites aux autres est aussi ce qui risque de vous arriver. Le style de l’auteur est pour beaucoup dans la réussite de ce roman. Et le portrait des personnages et les liens qu’ils tissent m’ont particulièrement plu, ainsi que l’idée de ce départ pour l’Europe qui cristallise les relations. J’apprends qu’une adaptation cinématographique existe, et cela me donne très envie de la découvrir.
   
   Pour finir, je trouve l’objet livre et la première de couverture magnifique.

critique par Éléonore W.




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