Lecture / Ecriture
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Les uns sans les autres de Martin Walser

Martin Walser
  La guerre de Fink
  Les uns sans les autres

Les uns sans les autres - Martin Walser

Familles, je vous hais!
Note :

   Titre original: Ohne einander
   
   Pas 4 étoiles, car plus conventionnel que "la Guerre de Fink".
   J'ai voulu m'intéresser à ce titre paru en 1993 chez Suhrkamp avant "Mort d'un critique" car on y rencontre déjà un critique littéraire, Willi André König, surnommé "le roi des aulnes" (Erlkönig…); il est vrai qu'il n'est pas le personnage principal mais, en tant que critique littéraire d'un magazine, rival imaginaire du "Spiegel", il est redouté par le romancier Sylvio Kern, personnage clé du roman "Les uns sans les autres".
   
   C'est le roman de la famille éclatée à force d'individualisme et de refus de comprendre les autres. Sylvio Kern, auteur à succès devenu alcoolique, réside dans une villa de style chalet alpin au bord d'un lac bavarois. Il est marié à Ellen, la cinquantaine, et donc sa cadette de dix ans, journaliste à la revue "Das". Le couple a deux enfants dont les projets ont été massacrés: Alf, qui a appris le violoncelle, passe son temps dans un fauteuil à bascule et ne sort qu'une fois par semaine pour rejoindre une maison de retraite où il dirige un orchestre de personne âgées, tandis que Sylvi se consacre à la planche à voile après avoir brillé au piano dans les œuvres de Chopin même si elle préférait le violon.
   
   Le romancier vient de publier une trilogie romanesque en s'inspirant pour le personnage de "la brute" de l'ex-amant de sa femme, Ernest Müller-Ernst, alias E.M.E., un riche homme d'affaires, coureur de jupons à plus de soixante ans. Après une interview pour la revue, Ellen est tombée dans les bras d'E.M.E. pour compenser l'infidélité de son mari avec Annelie, une allumeuse rousse et tout de noir vêtue, qui a bientôt d'autres projets en tête que ce vieil alcoolique. À leurs côtés, quelques autres personnages peu sympathiques, tel le correcteur Koltzsch, un vrai Tartuffe tout imbu de ses subjonctifs.
   
   L'originalité du roman est de tenir en une intrigue ramassée en quelques heures en prenant successivement le point de vue d'Ellen, de sa fille et de son mari. Retenue au bureau pour rédiger en urgence la critique d'un film où l'on pourrait, sans doute à tort, trouver un penchant pour le nazisme, Ellen avertit sa fille de l'arrivée à la villa d'E.M.E., demandant de lui réserver un bon accueil et d'éviter les esclandres avec Sylvio. Mais rien ne se passe comme prévu par Ellen: le bellâtre n'est pas venu pour elle mais pour sa fille. Tandis que le fœhn souffle et que Sylvi souhaite s'entraîner pour sa compétition, Ernst s'estime assez en forme pour tenter de séduire la belle quitte à la suivre imprudemment sur le lac. Pendant ce temps Sylvio déguste seul son bourgogne, faute de flatteurs avec qui évoquer son dernier livre.
   
   Cette description acide de la société allemande redevenue prospère dévoile un auteur très critique à l'égard des milieux aisés emportés dans une course à l'hédonisme au nom de quoi ne se refuse aucune faiblesse, aucune lâcheté, quitte à torpiller la cellule familiale. L'envers du miracle allemand en quelque sorte.

critique par Mapero




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