Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La Pension Eva de Andrea Camilleri

Andrea Camilleri
  La Démission de Montalbano
  La Voix du violon
  La Concession du téléphone
  Le tour de la bouée
  La forme de l'eau
  Le voleur de goûter
  La peur de Montalbano
  La patience de l'araignée
  Chien de faïence
  L'excursion à Tindari
  Privé de titre
  La couleur du soleil
  Un été ardent
  Petits récits au jour le jour
  Les Ailes du Sphinx
  La Pension Eva
  Pirandello, biographie de l’enfant échangé
  Le coup du cavalier
  Intermittence
  La lune de papier
  Le garde-barrière
  Le neveu du Négus
  Noli me tangere

Andrea Camilleri est un écrivain et metteur en scène italien, né en Sicile en 1925.

La Pension Eva - Andrea Camilleri

Anniversaire
Note :

   Pour ses quatre-vingts ans, Camilleri a écrit un roman autobiographique, non policier.
   
   Nous voilà dans la Sicile de la fin des années 30. Nenè est un petit garçon qui vit à côté d'une maison de tolérance. Il ignore ce qu'on y fait mais les femmes nues l'attirent déjà, vu que sa cousine et compagne de jeu Angela est assez délurée. En grandissant, il est admis avec deux de ses amis de lycée, à la pension. Mais bientôt la guerre mondiale arrive jusqu'en Sicile. Les péripéties que vivent les filles, les clients et la tenancière la Signura Flora vont se corser des divers tourments que peut rencontrer un pays en guerre.
   
   Et pourtant, on observe des miracles à la pension Eva. Par exemple Ambra, une jeune femme inspirée, voit descendre du ciel un ange nu qui atterrit sur la terrasse de la pension en repliant ses ailes... de parachute. Une autre va rencontrer saint Loca en personne. Un vieux monsieur très distingué retrouve sa fièvre virile à cause d'une bombe qui explose à ses côtés. Jacolino, un ami de Nenè, nul en latin et grec, s'améliore fortement en fréquentant la pension. Il arrive que l'amour naisse entre un client et une fille, et leur avenir n'est pas tracé d'avance...
   
   A la fois roman de formation, documentaire sans concession sur la guerre vécue chez les civils, et récit plein de fantaisie et d'esprit, ce roman est aussi bon, voire supérieur aux enquêtes policières. On peut noter aussi, que le langage est nettement plus classique que dans les romans policiers de l'auteur. Certains diront "moins inventif" d'autres "plus lisible"...
    ↓

critique par Jehanne




* * *



Des choses simples de la vie
Note :

   Que cache donc la pension Eva, cette bâtisse imposante et fermée devant laquelle Nenè, un jeune garçon d’une dizaine d’années, passe tous les jours en se rendant à l’école. Il paraît que les hommes s’y rendent pour contempler des femmes nues!
   
   Andrea Camilleri, sicilien né en 1925, nous emmène dans son île natale au moment de la prise du pouvoir par les fascistes et jusqu’à la défaite et au débarquement américain. Il rédige ce court roman à l’âge de quatre-vingts ans.
   
   Son parti pris est d’écrire dans un italien simple, fortement mâtiné de dialectes et de patois. La traduction respecte habilement cette approche au départ assez déroutante. Une façon de rendre immédiate la perception sans ambages des choses de la vie par des êtres simples.
   
   Nous allons suivre le parcours de Nenè, ses premiers émois amoureux, de la découverte du corps féminin grâce à son audacieuse et délurée cousine Angelica jusqu’à la possibilité de pouvoir enfin franchir le seuil de la pension Eva pour consommer, obtenir son passeport de petit mâle.
   
   Le récit réussit alors à s’écarter de la banalité, du mille fois ressassé dans lequel il se tient beaucoup dans toute sa première partie. L’intérêt réside dans l’approche originale voulue par l’auteur. Une approche qui consiste à donner à voir un bordel non comme un lieu de plaisir et de débauche, mais comme un microcosme social.
   
   Un microcosme qui a ses règles, ses rites. Un monde où les putes sont aussi et avant tout des femmes que Nenè, le désir brûlant enfin assouvi, va alors observer, écouter, consoler, chastement.
   
   Car Nenè est avant tout un tendre, un poète doublé d’un amoureux des choses simples de la vie.
   
   Alors, nous aussi nous découvrirons la compassion de ces filles qui changent à chaque quinzaine et nous assisterons aux petits miracles qui égayent leurs vies : la vision d’un saint tentateur et généreux, la descente d’un ange, aviateur nu accroché à son parachute, l’octogénaire ragaillardi d’avoir échappé par miracle à la mitraille du bombardement…
   
   Et puis, la guerre s’installant, les filles restant, de belles et simples histoires d’amour vont s’installer.
   
   Mais tout partira en fumée dans le déchaînement des bombes et des tirs anti-aériens. La paix revenue, il sera temps de devenir définitivement un homme en fumant sa première cigarette.
   
   Décidément, les rites ont la peau dure!
   
   Une curiosité, gentille. Un petit bonbon pour passer un petit moment.

critique par Cetalir




* * *