Lecture / Ecriture
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Un doux parfum de mort de Guillermo Arriaga

Guillermo Arriaga
  L'escadron guillotine
  Un doux parfum de mort
  Mexico quartier sud

Un doux parfum de mort - Guillermo Arriaga

Implacable et ironique
Note :

    Un village au fin fond du Mexique, perdu entre soleil et poussière. Pas d’électricité pour tout le monde, mais une misère partagée par tous. La jeune Adela, seize ans, est retrouvée poignardée. On se rassemble autour du corps, on discute, on suppose et bientôt, on affirme: Adela était la fiancée de Ramon Castaños qui tient l’épicerie, et c’est le Gitan qui l’a tuée, Ranulfo Quirarte les a vus ensemble le soir du meurtre. Mais Adela n’était pas la fiancée de Ramon, ils ont à peine échangé deux mots, et le Gitan n’était pas avec elle puisqu’il faisait l’amour avec Gabriela Bautista à ce moment-là. Pourtant au village de Loma Grande, ce qui se dit fait bientôt figure de vérité, même Ramon se persuade qu’Adela l’aimait secrètement et qu’il faut qu’il venge sa mort en tuant le Gitan.
   
   Bien des protagonistes de ce roman savent que rien de ce qui se raconte n’est vrai: Ramon sait bien sûr qu’il n’était pas fiancé à Adela, Astrid Monge, l’amie d’Adela, le sait bien aussi; Gabriela sait que le Gitan n’est pas coupable, mais comment le défendre sans avouer son infidélité… ; et même Justino Téllez, le délégué communal qui représente l’autorité comprend que le Gitan n’est pas coupable. Ranulfo le menteur sait qu’il a tout inventé, mais comment revenir en arrière sans s’attirer les foudres de la population?
   
   Implacablement, comme dans une tragédie, les éléments d’une vengeance inutile se mettent en place. Le mensonge et l’honneur font loi à Loma Grande sous le regard complice du capitaine des gendarmes qui empoche les bakchichs sans broncher.
   
   L’intrigue elle-même est très bien menée, mais ce qui est encore plus intéressant, c’est le village lui-même. Guillermo Arriaga nous introduit à Loma Grande en 1991 et on se croirait en un autre temps, celui de l’éclairage à la bougie et des charrettes à cheval. La misère est sans fin, mais décrite sans insistance, parce qu’elle fait partie de la vie.
   
   « Ramon entra chez Natalio Figueroa et Clotilde Aranda, promena son regard à l’intérieur; c’était une pauvre maison: quatre murs crépis et un toit de palmes. Une pièce sans cloison. Un foyer au centre. Sur les côtés, un lit de camp et un lit normal. Une table et trois chaises. Assiettes en étain bleu. Tasses en plastique rouge. Poêles crasseuses. Odeur de brûlé. Une grande armoire en bois brut. Images de la Vierge de Guadalupe et de l’Enfant Jésus. Boîtes de Nescafé transformées en lampes à pétrole. Deux fenêtres: l’une donnant au nord, l’autre au sud. Deux torchons sales en guise de rideaux. Un drap râpé en guise de linceul et Adela allongée sur le lit de camp dans lequel elle s’était réveillée pour la dernière fois.»

   
   La mort et la violence font aussi partie du quotidien de ces villageois car la maladie et les rixes sont choses communes. Les rêves trouvent toujours une fin tragique, que ce soit pour les jeunes qui cherchent à se rendre aux États-Unis ou pour les familles qui s’installent sur les terres confisquées aux narcotraficants.
   
   C’est un visage surprenant du Mexique que nous dévoile Guillermo Arriaga, surprenant car terriblement arriéré pour ce qui est de la médecine, de l’équipement, de la communication, bref, de tout ce qui fait la base du confort moderne. Rien, ils n’ont absolument rien ces villageois, si ce n’est des langues promptes à inventer et des rancunes tenaces. C’est implacable, ironique aussi, drôle parfois, en tout cas terriblement efficace, aussi dense qu’intense.
   
   Guillermo Arriaga n’a écrit que quatre romans; il est surtout connu comme scénariste ("Amours chiennes" et "21 grammes" de Alejandro Gonzales Iñárritu et "Trois enterrements" de Tommy Lee Jones, entre autres).
   
   
   Titre original: Un dulce olor de muerte, parution au Mexique : 1994

critique par Yspaddaden




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