Lecture / Ecriture
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Le compas de Noé de Anne Tyler

Anne Tyler
  Le compas de Noé
  Une autre femme
  A la recherche de Caleb
  Une bobine de fil bleu

Anne Tyler est une écrivaine américaine née en 1941 dans le Minnesota.
Elle a obtenu le Prix Pulitzer en 1989 pour "Leçons de conduite".

Le compas de Noé - Anne Tyler

C'était si bien parti!
Note :

   Liam Pennywell, enseignant dont la carrière n'a fait que décliner malgré sa culture, perd son travail alors qu'il a 61 ans. Chez nous, c'est (encore) l'âge de la retraite, mais nous sommes aux Etats-Unis et il -et tout son entourage- comptait travailler encore quelques années. Mais puisque ça s'est passé ainsi, il calcule que la maigre rente à laquelle il a droit dans ces conditions lui permettrait tout de même de vivre s'il réduisait ses dépenses au nécessaire et décide, plutôt que de chercher encore un nouvel emploi, de passer à "la dernière phase, la phase récapitulative. Celle où, assis dans son rocking-chair, il réfléchirait au sens de tout ça, au bout du compte."
   
   C'est que Liam vit seul. Ou presque. Il a divorcé et a 3 filles dont 2 adultes et une dernière adolescente qui vit chez sa mère. Je disais "ou presque" parce qu'en fait par la suite, il va voir la cadette squatter pas mal son logement, ce qui n'était pas prévu. Mais pour l'instant, Liam, solitaire et cultivé décide de renoncer à son bel appartement de centre ville pour en prendre un plus petit, plus modeste et surtout situé en périphérie. Il vend et distribue la majeure partie de ses affaires, étant arrivé à la conclusion qu'il a besoin de fort peu de choses pour être heureux et que ce peu de choses comprend ce rocking-chair et la liberté de son temps."Il avait accompli toutes les tâches qu'il convient d'accomplir: grandir, trouver du travail, épouser quelqu'un, avoir des enfants; maintenant il allait souffler.
   Voilà, se dit-il, j'y suis. La toute fin de l'histoire. Et il sentit un petit frémissement de curiosité naître en lui."

   Et en nous aussi. Car il y a quelque chose d'exaltant dans cette démarche d'épuration, cet abandon de l'inutile pour un recentrage sur ce qui, à la lumière du recul de l'âge, importe vraiment. J'étais toute prête à le suivre dans cette "dernière phase", celle où l'on "réfléchirait au sens de tout ça".
   
   Mais cela ne se fait pas.
   
   Tout d'abord, dès la première nuit dans son nouveau logement, un violent choc sur la tête lui fait perdre la mémoire sur quelques heures. Il dépense ensuite une énergie folle à tenter de retrouver ce qui s'est passé, non pas tant, explique-t-il abondamment par curiosité mais parce qu'il ne supporte pas qu'un extrait de sa propre existence lui échappe. Et déjà là, plus il explique cet acharnement, moins je le trouve convaincant. Il ne me semble pas que ce soit très bien vu de la part de l'auteur de supposer cette réaction. Pour ma part, je n'y crois guère.
   
   Au cours de cette phase de recherche, il rencontre une femme de la quarantaine assez godiche dont il tombe amoureux pour sa fraîcheur et sa bienveillance. Il l'aime vraiment, mais sans l'estimer beaucoup "Soit elle était admirablement à l'aise partout, soit elle manquait absolument de discernement; Liam ne savait trancher." Mais faute de trancher, il s'éprend et, comme elle est éprise également, il se désintéresse soudainement de toute recherche sur ses heures d'amnésie et tout ce pan disparaît de l'histoire. Arrivée à ce stade, je vois que ma quête existentielle sur le sens de la vie est en train de tourner à la bluette et je fais triste mine...
   
   Ce qui est annoncé, tout au long de ce roman, en plus de la part "bilan d'une existence" c'est, par l'intermédiaire de l'amnésie, des objets-souvenirs bradés pour gagner de la place, du perpétuel oubli où nous sommes de parties de notre passé, des maladies mnémo-dégénératives, du passé partagé dont l'on découvre qu'il a été vécu totalement différemment par les uns ou les autres, etc. une vraie réflexion sur la mémoire et son rôle dans nos vies. Anne Tyler ouvre un tas de portes qui semblent donner sur des contrées passionnantes mais finalement à chaque fois, elle semble parfaitement se contenter de les avoir ouvertes et n'en franchit aucune pour y aller voir les choses de plus près. En conséquence, soit, Liam étant bien sympathique, le lecteur se contente de ce papillonnage aux allures un peu intellectuelles ou philosophiques, soit il est en permanence frustré. Hélas pour moi, je me trouvais dans la seconde catégorie. Mais c'est agréable à lire... et aussi: j'ai aimé la fin.
   
   
   extrait:
   "Epictète dit que toute chose a deux anses: l'une par où on peut la porter, l'autre par où on ne peut pas la porter. Si ton frère a des torts, dit-il, ne le prends pas du côté par où il a des torts, prends-le plutôt par l'autre, celui où il est ton frère, et tu prendras la chose par où on peut la porter."

critique par Sibylline




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