Lecture / Ecriture
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B comme: Kiki de Montparnasse de José-Louis Bocquet

José-Louis Bocquet
  B comme: Kiki de Montparnasse
  B comme: Olympe de Gouges

B comme: Kiki de Montparnasse - José-Louis Bocquet

Elle était la reine de Montparnasse…
Note :

   Texte: José-Louis Bocquet
   Dessin: Catel Muller

   
   
   Elle était la reine de Montparnasse…
   
   … et elle y a côtoyé les plus grands, Kisling, Foujita, Man Ray, Desnos ou Jean Cocteau. Elle fut leur modèle, leur muse, leur maîtresse. Elle était gaie (alors que son enfance la prédestinait à une existence terne d’enfant bâtard). Mais après le succès, la chute.
   
   Le nom de Kiki de Montparnasse reste associé pour moi à une chanson de Juliette, "Rimes féminines", dans laquelle elle fait la liste des femmes en lesquelles elle souhaiterait être réincarnée, si d’aventure elle pouvait choisir. La liste est longue, certains noms me sont restés inconnus, mais je me souviens très bien que c’est un peu grâce à Juliette que j’ai lu Lou Andréas-Salomé ou Anaïs Nin. Elle fait rimer Maria Callas et Kiki de Montparnasse, bien que leurs répertoires aient été pour le moins différents…
   
   Le roman graphique de Catel & Bocquet qui reprend en couverture le célèbre «Violon d’Ingres», la photographie de Man Ray qui transforme le corps de Kiki en violon, la sublimant en égérie et en amante, entend faire connaître cette «figure» du Montparnasse des Années folles. Sa vie était son œuvre, elle a laissé des mémoires pleines d’anecdotes savoureuses. Hélas, le roman graphique peine à dépasser l’illustration méthodique des grands moments de la vie de Kiki. «Kiki, c’est Kiki!» rappellent régulièrement les personnages, et on devine qu’il s’agissait d’une femme flamboyante. Mais Kiki n’est dans la BD qu’un personnage sympathique qui ne semble être qu’un instrument des révolutions artistiques, et dont le chemin vers la création ne nous est pas montré: Kiki va d’amant en amant, et accessoirement peint, écrit, chante, sans que cet aspect soit excessivement étudié.
   
   Dommage que les auteurs n’aient pas choisi un parti-pris plus audacieux pour faire le portrait d’une femme que nous connaissons à travers des regards si divers. La BD n’en reste pas moins fort intéressante, mais plus comme une sorte de compte-rendu de la vie artistique de cette époque. Elle est dénuée de cette liberté qui semble si chère à Kiki. Et plus contrariant, à mon avis, elle abandonne Kiki à l’aube du déclin: les vingt dernières années de sa vie sont expédiées en deux chapitres, comme si Kiki n’existait que belle, entourée d’artistes, courtisée par tous. Quid de cet accordéoniste qui prit soin d’elle jusqu’à la fin? On retrouve le même irritant désintérêt pour les figures de second plan dans les biographies de fin de volume: rien sur Maurice Mendjisky, le peintre qui la surnomma Kiki et avec lequel elle vécut quatre ans, alors qu'on nous présente Picasso, qu'elle ne fréquenta pas vraiment.
   (Enfin, il faut tout de même reconnaître que la chronologie de la vie de Kiki et les biographies de ses contemporains m’ont beaucoup intéressée; certaines sont fort bien écrites, et elles permettent de découvrir les personnalités attachantes de Foujita ou Kisling, ou la dernière histoire d’amour tragique de Modigliani.)
   
   Un travail bien documenté, donc, mais un peu raté, qui nous berce de pas mal de clichés et ne transforme jamais la vie de Kiki en destin tragique, alors que c'est visiblement le projet des auteurs.
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critique par Rose




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BD culturelle
Note :

   La vie d'une véritable icône du Montparnasse des années 20, élue reine de ce quartier ô combien artistique à l'époque. Cette BD d'un peu plus de 300 pages revient donc sur le parcours d'Alice Prin, qui deviendra le modèle le plus côté pour sculpteurs et peintres sous le nom de Kiki. Née en 1901, Alice est élevée par sa grand mère, à la campagne. A douze ans, sa mère linotypiste à Paris la reprend chez elle pour lui apprendre un métier. C'est là qu'Alice fait la rencontre d'un sculpteur qui lui demande de poser pour lui. La suite n'est pas facile, car vivre de ce métier est difficile. Mais Alice est positive, elle est jolie, a bon caractère et tombe facilement amoureuse de ceux qui la peignent. Elle rencontrera et deviendra amie avec Soutine, Modigliani, Utrillo, et surtout Foujita et Man Ray avec lequel elle vivra pendant 7 ans et qui lui inspirera ses plus belles photos, les plus célèbres, dont celle archi-connue qui inspire la couverture du livre.
   
   Conçue comme une biographie chronologique s'attardant évidemment sur les années 20, l'âge d'or de Kiki, cette bande dessinée est d'une lecture à la fois intéressante et instructive. Souvent les livres -enfin ceux que j'ai lus, notamment la trilogie de Dan Franck- parlent de cette époque globalement ne se posant sur aucune des personnalité, ou alors sur les plus marquantes, Picasso, Modigliani... Là, le propos est centré sur Kiki, personnage haut en couleur qui a posé, chanté dans des clubs et des cabarets -des chansons osées : son tour de chant commençait quasi invariablement par "Les filles de Camaret". Elle a peint également. Ses toiles ont d'ailleurs remporté un succès certain. Ce qui fait également la différence de ce livre, c'est que Kiki est une femme dans un monde essentiellement masculin; Kiki est la pionnière de la femme libérée, émancipée, choisissant son style de vie, s'affichant ouvertement amoureuse de nombreux hommes, parfois plusieurs en même temps. Une femme pour qui la nudité n'est pas un problème, fort heureusement puisqu'elle a inspiré aux artistes de l'époque leurs plus belles œuvres.
   
   Elle rencontre tout ce que Montparnasse compte d'artistes plus largement que les peintres. Par exemple des écrivains, Desnos, Cocteau, Tzara, Breton et tous ceux qui composent le mouvement Dada et composeront celui des surréalistes. Elle a aussi joué dans des films, ceux très avant-gardistes de Man Ray notamment. Elle écrira aussi, ses mémoires, interdites aux États-Unis, pays qui ne lui réussit décidément pas puisqu'avant son livre, elle avait fait une tentative de cinéma avec Cecil Blount DeMille, avortée.
   
   Très belle mise en page, dessins noirs et blanc à la fois simples et travaillés qui semblent au plus près du physique des personnages. Le scénario est linéaire, très aisé à suivre, les personnages sont tous attachants, particulièrement Kiki qui ne s'embarrasse d'aucun principe, aime, jouit de la vie comme bon lui semble. Elle est d'une nature positive, optimiste, malgré un début de vie pas très facile.
   
   A noter à la fin de la bande dessinée, une biographie d'Alice Prin et des notices biographiques de tous les intervenants, bien faites, succinctes, juste pour se remémorer un peu le nom des illustres artistes que Kiki a côtoyés.

critique par Yv




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