Lecture / Ecriture
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Le Dieu manchot de José Saramago

José Saramago
  Pérégrinations portugaises
  Les intermittences de la mort
  L'aveuglement
  Histoire du siège de Lisbonne
  Le voyage de l’éléphant
  Le Dieu manchot
  La lucidité
  Caïn

José de Sousa Saramago est un écrivain et journaliste portugais, né le 16 novembre 1922 à Azinhaga (Portugal), il reste à ce jour l'unique auteur lusophone à avoir reçu le prix Nobel. Il est également détenteur du prix Camoes et est docteur honoris causa des universités de Bordeaux et Lille.

Issu d'une famille modeste du sud du Portugal, il est rapidement obligé d'abandonner ses études secondaires, commencées à Lisbonne, pour entrer dans une école professionnelle dont il sortira avec un diplôme de serrurier.

Il se passionne pour la littérature et la langue française.

Son premier roman paraît en 1947: "Terre du péché" (Terra do pecado). Il lui faudra cependant plus de 20 ans pour s'imposer dans le milieu littéraire, collaborant avec de nombreux journaux portugais, dont Diário de Notícias, pour lesquels il écrit des chroniques et des poèmes. Son second roman "L'Année 1993 "(O ano de 1993) ne paraît qu'en 1975.

José Saramago explique lui-même cette arrivée tardive dans le monde de la littérature par un manque de confiance en lui. Mais dès lors, sa production demeure ininterrompue et foisonnante. C'est son roman "Le Dieu manchot" (Memorial do convento) qui lui vaut à 60 ans une renommée internationale en 1982.

Il est décédé le 18 juin 2010 dans les Îles Canaries où il vivait.

(Wikipedia)

Le Dieu manchot - José Saramago

Pas le chemin de la facilité
Note :

   José Saramago est un écrivain portugais. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1998. "Le Dieu Manchot" raconte l’histoire de Balthazar Sept-Soleils, mercenaire, et de Blimunda Sept-Lunes, une sorcière, dont le don est aussi une malédiction. C’est devant un bûcher de l’Inquisition, là où la mère de Sept-Lunes va être brûlée, que les deux jeunes gens se rencontrent et vont apprendre à s’aimer. Le roman se déroule à Lisbonne au XVIII ème siècle à l’époque du roi Jean V du Portugal (1706-1750) et de la reine Maria Ana Josefa.
   
   Le récit est riche, délirant, toutes sortes de personnages étranges, haut en couleur, s’y côtoient; c’est l’époque de l’Inquisition toute puissante, l’époque aussi où l’or du Brésil, les épices et les soieries d’Orient se déversent sur le Portugal. La plus grande richesse coexiste avec la misère la plus totale et l’on assiste à de grands moments de l’Histoire portugaise. Ainsi pour pour fêter la naissance de sa fille, le roi fait construire le palais-couvent-basilique de Mafra au nord de Lisbonne. Le titre portugais du roman  "Memorial do Covento" fait  d’ailleurs allusion à ce gigantesque édifice élevé à grand renfort d’or du Brésil au milieu d’un peuple qui meurt de faim. C’est aussi l’époque où un homme, Bartolomeu Lourenço de Gusmao, chanoine et mathématicien, que nos deux héros vont seconder, va inventer une machine volante “La Passarola” qui volera au-dessus de Lisbonne en 1709.
   
   Le style de Saramago est luxuriant, baroque comme cet art qui est en train de se développer au Portugal sous le règne de Don Jao V à la gloire de l’église catholique. Saramago, en effet, est le spécialiste de ces phrases qui coulent comme un fleuve que l’on ne peut arrêter, sans respect de la ponctuation. Il est parfois difficile à lire et cette prose m’a fatiguée, non tant par la longueur des phrases que par l’abondance des situations, des idées, des images, des comparaisons. Il faut s’accrocher. Je ne l’ai pas lu comme je le fais d’habitude sans m’arrêter. J’y suis revenue à plusieurs reprises. Difficile d’analyser un tel foisonnement. Mais voilà quelques passages qui l’illustreront et que je trouve très puissants:
   
   Par exemple, cette réflexion  si douloureuse  et si vraie sur la condition humaine:
   Dona  Maria Ana, la reine enceinte: "…à un moment où l’infant dans son ventre était une gélatine, une larve de batracien, un animalcule doté d’une grosse tête, c’est extraordinaire la façon qu’ont les hommes et les femmes de se former, là, dedans leur œuf, indifférents au monde du dehors, pourtant c’est bien avec le monde du dehors qu’ils devront un jour se colleter, en qualité de roi ou de soldat, de moine ou d’assassin, d’Anglaise à la Bardade ou de chair à bûcher, mais toujours en qualité de quelque chose puisque aussi bien il est impossible d’être tout et encore plus de n’être rien. Car en définitive nous pouvons échapper à tout, sauf à nous -mêmes."
   
   Balthazar, le soldat, a perdu une main à la guerre. Il l’a remplacée par un crochet mais il se sent bien maladroit. Le père Bartolomeu l’encourage:
   "... moi qui te parle , je te dis que Dieu est manchot et pourtant il a fait l’univers.
   Balthazar recula, effaré, il se signa promptement, comme pour ne pas donner au diable le temps d’achever ses œuvres. Que dites-vous là, père Bartholomeu Lourenço, où est-il écrit que Dieu est manchot, Cela n’est écrit nulle part, je suis le seul à dire que Dieu n’a pas de main gauche, puisque c’est à sa droite que s’asseyent les élus,  jamais on ne parle de la main gauche de Dieu, ni les Saintes Ecritures, ni les docteurs de l’Eglise n’en font état, personne ne s’assied à la gauche de Dieu, c’est le vide, le néant, l’absence, d’où il résulte que Dieu est manchot. Le prêtre respira profondément et conclut, De la main Gauche."

   
   Un beau texte qui nous dit que l’Homme doit apprendre à se faire confiance, à se dépasser, qu’il doit oser s’accomplir malgré la faiblesse de sa condition.

critique par Claudialucia




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