Lecture / Ecriture
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Mort en lisière de Margaret Atwood

Margaret Atwood
  Faire surface
  Captive
  La femme comestible
  La servante écarlate
  L'odyssée de Pénélope
  Mort en lisière
  Le fiasco du labrador
  C’est le cœur qui lâche en dernier

Margaret Eleanor "Peggy" Atwood est une écrivaine canadienne née en 1939.

Mort en lisière - Margaret Atwood

Doux-amer
Note :

   Présentation de l'éditeur
   
   "Un jour, insidieusement, leur quotidien dérape. Sur un souvenir, un incident, une rupture, une prise de conscience. Le constat qu'ils dressent alors de leur propre existence a un goût doux-amer, lucide et ironique. Voilà le lien secret qui unit les protagonistes – hommes et femmes, femmes surtout – de chacune de ces dix nouvelles. Du Canada urbain à celui des grandes étendues sauvages, depuis des fouilles archéologiques en Écosse aux bureaux d'un journal à la mode, d'une disparition en montagne au microcosme d'une colonie de vacances, d'une traîtrise amicale à une exquise vengeance amoureuse, de la fin des années 1950 au début des années 1990, Margaret Atwood nous offre dix récits tendres et incisifs qui confirment son intelligence aiguë de la société contemporaine."

   
   "Selon son bon plaisir, elle mettait le feu aux toits et s'enfuyait avec le butin."
   
   Elles attaquent fort les nouvelles de Margaret Atwood! Pour ferrer le lecteur et l'embarquer dans ces récits traitant des relations hommes/femmes avec le regard aigu que l'on connaît à la grande écrivaine canadienne.
   
   Ce sont des mondes disparus, les années 60/70, mais les situations ont-elle vraiment évolué? A la journaliste qui a réussi, est devenue une vedette du petit écran, un ami confie: "Ils veulent savoir si tu portes des dessous de caoutchouc. Si tes crocs brillent la nuit. Si tu es vraiment une super salope. Alors Percy se met à bafouiller et dit qu'il t'arrive de te montrer sympa." Toute ressemblance...
   
   En outre, "C'était ce qu'ils voulaient: se libérer du monde de leurs mères, du monde des précautions, des fardeaux, du destin et des lourdes contraintes que les femmes faisaient peser sur la chair. Ils voulaient une vie sans conséquences. jusqu'à une époque récente, ils étaient parvenus à leurs fins." Mais le monde finit par rattraper les inconséquents et leurs vies basculent soudain... Les femmes ne sont pas pour autant des victimes, elles ne sont pas dupes, sont pleines d'énergie, savent lutter mais soudain, leurs forces semblent laminées, anéanties et le pire, ou quelque chose qui pourrait l'être, advient...
   
   Constat doux-amer qu'il faut prendre le temps de savourer à petites doses.
   
   371 pages toujours actuelles
    ↓

critique par Cathulu




* * *



Plombant !
Note :

   Mort en lisière est en réalité un recueil de dix nouvelles à ne surtout pas lire dans plusieurs cas :
   
   •Vous êtes un tant soit peu déprimé. Elle va vous plomber encore un peu plus le moral à chaque nouvelle. C’était mon cas ; je me suis retrouvée très triste à la fin du livre. En effet, pour tous les personnages des nouvelles cela ne se termine jamais dans la joie et la bonne humeur. Même si au départ ils étaient heureux, plein d’illusions sur le monde, à la fin, ils se retrouvent soit dans une vie qu’ils n’ont pas choisie, soit ils sont malheureux…
   
   •Vous avez encore quelques illusions sur l’humain, sur la vie telle que nous la vivons de nos jours. Vous voulez garder ces illusions : ne lisez pas ces nouvelles. Margaret Atwood va vous ouvrir les yeux sur la réalité.
   
   Passons aux résumés des nouvelles.
   •Courrier du cœur : un groupe de jeunes adolescents est en camp d’été surveillé par deux moniteurs et de jeunes serveuses. Une des serveuses va se retrouver enceinte d’un garçon dont elle n’osera pas dire le nom. Elle élèvera seule son enfant. Dix ans plus tard : on fait le point sur la vie de quelques protagonistes de cette histoire.
   
   •Un cadeau empoisonné : une femme vient de se faire opérer d’un kyste ovarien (avec des poils et des dents : comme si c’était un enfant) qu’elle garde dans un bocal de formol. Elle est journaliste et maîtresse de son patron marié. Elle le quitte mais envoie le kyste à la femme, comme l’enfant qui serait né de leur amour.
   
   •Isis dans les ténèbres : un poète raté raconte son amour de jeunesse non réciproque de Séléna. Il finit par se marier avec une autre femme mais garde toujours Séléna en tête.
   
   •L’homme dans la tourbière : une jeune femme couche avec son professeur marié. Il l’emmène en Écosse dans les tourbières car il est archéologue et on vient de retrouver un corps. Il la laisse plus ou moins de côté. Elle le quitte même si pour elle c’est le grand amour. Au bout de quelques années, elle se rappelle exactement l’Écosse mais l’amant n’est qu’une image floue.
   
   •Mort en lisière : Loïs accroche des tableaux de paysage dans son nouvel appartement. Cela lui rappelle le suicide de sa meilleure amie de camp de vacances que l’on n’a jamais retrouvée. Ne serait-elle pas cachée dans les tableaux?
   
   •Les oncles : une femme est élevée par sa mère et ses trois oncles qui la chérissent comme si elle était leur fille. Plus tard, elle travaille dans un journal et se lie d’amitié avec un homme qui ressemble aux trois oncles et qui va l’aider à construire sa carrière. Cependant, il la trahira après vingt ans et elle va se remettre en question.
   
   •Les années de plomb : histoire d’amitié – amour non consommé entre Vincent et Jane racontée après la mort de Vincent.
   
   •Hommage à Molly : une femme, dont la meilleure amie s’est fait tuer sous les coups de son mari, dine avec un homme. Et s’interroge sur ses réactions.
   
   •Dans la jungle des familles : un homme est marié avec une femme qui a deux sœurs. Il couche avec les trois sœurs, conséquences dans la famille...
   
   •Le mercredi d’une mercenaire : c’est la journée d’une femme comme les autres : elle a un mari révolutionnaire, écologiste qui dénigre le journal où elle travaille et dont elle craint de se faire virer même si elle n’a que des piges. Enfin elle vit sa vie.
   
   Je pense que le résumé des nouvelles vous permet de bien voir les thèmes de Margaret Atwood : les femmes (souvent journalistes d’ailleurs), les amours contrariés, l’amitié, la mort et la vie dans son plus simple appareil. Pas de bonheur, de mariage heureux. Elle dépeint des personnages courants, de notre vie quotidienne. Cela ne correspondait pas trop à ce dont j’avais besoin à ce moment là.
   
    Il faut cependant lui reconnaître un très grand talent : les nouvelles sont toutes de niveau égal (ce qui est quand même rare dans ce type de recueil), sont autour de même thème (c’est très homogène). De plus, elle a une écriture impressionnante dans le type d’images qu’elle peut développer ; c’est bref, acide mais on voit tout de suite la scène se dessiner devant nous. Un exemple sur les premières lignes de la première nouvelle :
   
   "Les serveuses se dorent au soleil comme une troupe d’otaries écorchées, leurs corps rose et brun tout luisant d’huile solaire. Elles ont gardé leurs maillots de bain parce que c’est l’après-midi. Aux premières lueurs de l’aube, ou bien au crépuscule, il arrive qu’elles aillent se baigner toutes nues – rester accroupis en proie à mille démangeaisons, au milieu des buissons infestés de moustiques qui se trouvent en face du ponton qui leur est réservé, devient alors infiniment plus attrayant."
   
   En conclusion, je continuerai la découverte de cette auteure en connaissant maintenant ce qu’elle écrit et les thèmes qu’elle aborde.

critique par Céba




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